Notes de Prod. : Boy A

    en DVD le 23 Septembre 2009

Conversation avec l'équipe du film

Connaissiez-vous le roman de Jonathan Trigell dont BOY A est l’adaptation ? (NT : le livre est publié en France sous le titre « Jeux d’enfants »)

John Crowley : Non, mais Channel 4 m’a appelé un jour et m’a dit : « On a plusieurs choses qui pourraient vous intéresser, dont un scénario de Mark O’Rowe d’après le roman Boy A ». Ils savaient que je connaissais Mark, que nous avions travaillé ensemble sur mon premier fi lm, Intermission, et que nous développions un autre scénario ensemble depuis 3 ou 4 ans. Channel 4 m’a demandé de jeter un œil au scénario de Boy A, même s’ils ne pensaient pas le mettre en production avant l’année suivante. Le scénario de Mark m’a fait l’effet d’un coup de poing. Immédiatement après l’avoir lu, j’ai appelé Channel 4 et je leur ai dit : « Je veux faire le fi lm et est-ce qu’on peut commencer hier ?! » Mark était aux anges en apprenant que j’allais le faire et que je voulais foncer. Tout est allé très vite. On était tous à bout de souffl e à la fi n.

Andrew Garfi eld, qui joue Jack, a créé un personnage très naïf et sympathique. Ce n’est plus un enfant mais il n’est jamais vraiment devenu adulte…

John Crowley : Choisir un acteur avec lequel on sympathiserait immédiatement, c’était la clé de tout. On a vu énormément de jeunes et brillants acteurs, puis Andrew Garfi eld, qui tournait à l’époque Lions Et Agneaux à Los Angeles, a envoyé un enregistrement. A la seconde même où j’ai vu son audition, ça a été évident pour moi.

Mark O’Rowe : Lorsqu’on le rencontre, Jack est un jeune adulte très gentil. La structure du fi lm est importante pour le rôle, on apprend à le connaître et on s’embarque dans un voyage émotionnel avec lui. On sait que Jack a fait quelque chose d’abominable, mais on ne sait pas vraiment quoi. On a donc fait en sorte que le public apprécie le personnage de Jack avant de révéler la raison de sa condamnation, qu’il soit d’abord de son côté. En fait, le public passe presque tout le fi lm avec lui avant de découvrir le crime qu’il a commis.

John Crowley : Jack est un jeune garçon dans un corps d’homme. Il sort de prison alors qu’il a une vingtaine d’années, il ne connaît rien de la vie. Par exemple, c’est très touchant de le voir s’empêtrer devant Michelle, sa petite amie, quand il essaie de lui demander un rendez-vous. On veut l’aider. On veut lui souffl er ce qu’il faut dire. C’est émouvant aussi de le regarder pendant son premier jour de travail. Le peur d’être pris, le besoin désespéré d’être aimé par les gens, la hâte de plonger dans la vie, de vivre toutes les choses qu’on considère comme allant de soit : aller au travail tous les jours, sortir boire un verre avec une fi lle. Il a tellement envie d’aller de l’avant qu’on veut qu’il puisse vivre sa vie et que tout aille bien pour lui.
Puis, au fur et à mesure que l’histoire se déroule, le destin se resserre autour de lui, parallèlement aux fl ash-backs où on découvre peu à peu pourquoi il a été emprisonné. Il s’agissait de montrer la personnalité intérieure du personnage avec laquelle les spectateurs peuvent immédiatement sympathiser. Et si on espère que tout se passe au mieux pour lui, on peut s’embarquer pour la partie plus compliquée du voyage : un thriller moral. Peu à peu, le spectateur est placé dans une situation un peu plus délicate et inconfortable par rapport à ses actions passées. Cela, c’est la totalité du voyage.

Katie Lyons : Non seulement filtrer graduellement son passé va tenir en haleine le public mais aussi les personnages autour de lui. Jouer la petite amie de Jack était une gageure. De bien des façons, c’est le personnage auquel la plupart des gens vont s’identifier. Elle se rapproche de lui et le connaît mieux que personne... et pourtant, elle ne le connaît pas du tout.
Vu tout l’amour qu’elle ressent pour Jack, s’il n’arrive pas à la convaincre, sa nouvelle vie sera fi chue. C’était un personnage diffi cile à interpréter car, en tant qu’actrice, je savais ce dont le personnage était capable. Il fallait que j’oublie que ça se terminait tragiquement pour faire ressortir la sincérité des sentiments de Michelle et éviter qu’ils soient forcés, douteux. Heureusement pour moi, la plupart de mes scènes ont été tournées en ordre chronologique, ce qui m’a beaucoup aidée.

John Crowley : L’idéal aurait été de tourner tout le film en ordre chronologique. On était une petite équipe. On tournait rapidement. Mais le planning, comme c’est souvent le cas, dépendait de la disponibilité des acteurs. Pour Andrew, on n’a pas pu tourner toutes ses scènes dans l’ordre chronologique. Quand c’était possible, je demandais à l’assistant réalisateur de respecter cet ordre. Tout comme Katie, le public apprend progressivement plus de choses sur Jack et est soumis à une introspection qui peut être douloureuse.

En effet le film suscite beaucoup d’émotions mais pose également énormément de questions.

John Crowley : Cela montre juste que BOY A est une œuvre complexe. A certains moments, en tant que réalisateur, vous voulez absolument unifi er le public dans une direction donnée. C’est impossible avec un fi lm comme BOY A. Les gens ont des réactions très différentes. C’est un film qui vous renvoie à vos propres préjugés et qui les remet en question. Certains pourront être dérangés à cause de cela, mais il les forcera quand même à regarder des choses qu’ils n’ont pas envie de voir. C’est ce qui m’a poussé à faire ce fi lm. Je ne savais pas moi-même ce que je ressentirais si soudain on me disait que quelqu’un avec qui je travaille, que je connais très bien – que je pensais très bien connaître – n’est pas la personne qu’elle dit être… Si, quand cette personne avait 12 ans, elle avait été impliquée dans un crime horrible, est-ce que vous laisseriez vos enfants l’approcher ? Est-ce que vous laisseriez votre fi lle l’approcher ? Qu’est-ce que vous ressentiriez ?

BOY A pose aussi la question du Mal… comportement inné ou acquis ?

Andrew Garfield : Affirmer qu’un enfant est né « maléfique » fait montre d’ignorance et nie toute responsabilité personnelle. Quand on arrive immédiatement à cette conclusion, on se distancie de tout moyen de comprendre et on écarte toute autre possibilité. J’ai accepté le rôle en sachant que le film allait être controversé mais en pensant aussi que cela pourrait nous amener à regarder ce garçon sous un jour différent, pas simplement comme un fait divers qu’on lit dans le journal. Le défi , c’était de rendre humain l’inacceptable.

Katie Lyons : J’ai toujours pensé que les parents doivent accepter la responsabilité des crimes de leurs enfants. Andrew Garfield : J’espère que le film fera réfléchir les gens sur la rédemption et le pardon. Mark O’Rowe : Finalement la question c’est de savoir si le spectateur change ses sentiments envers Jack et si, ayant appris à le connaître, il peut lui pardonner ou pas. BOY A parle surtout du fait de donner une deuxième chance.

Justement, parlez-nous de la manière dont le crime est montré dans le film.

John Crowley : C’était important de garder une distance par rapport à cet événement car il y a une frontière qu’on ne peut traverser déontologiquement. L’autre gamin est de loin le plus violent des deux. Ce sont deux marginaux dont la rencontre provoque une tempête parfaite : une rencontre horriblement fatidique. L’un des garçons, en l’occurrence Jack, est passif et influençable. Il développe une loyauté envers l’autre car c’est le seul qui se soit lié d’amitié avec lui, qui l’ait défendu, et qui lui ait donné un certain pouvoir. Malheureusement, il se lie avec un enfant qui est maltraité et qui reproduit cette brutalité, la répercute autour de lui.

Mais Jack n’est pas qu’un témoin ; l’intention du livre et de l’histoire est claire, même si c’est très subtil et ambivalent à la fi n : il a pris part au crime. Puis, au fur et à mesure que le fi lm se déroule, le déni est présent : on veut se dire « Non, non, je suis sûr qu’il n’était que complice. Je suis sûr que ce n’est pas lui, c’est l’autre garçon ».
Mais à la fi n, on se rend compte qu’il a ramassé le cutter et qu’il est allé sous le pont. Et là, on doit décider : coupable ou non coupable ? Et qu’est-ce que ça signifie par rapport à notre capacité de jugement ? Par rapport à la personne avec laquelle on a sympathisé durant tout ce temps ?

Bien qu’il se soit passé 14 ans depuis le crime, les médias tentent de racoler avec la sortie de prison de Boy A…

Katie Lyons : Le film conteste le système pénal et sa façon de corriger et réinsérer. Plus pressant encore est le thème de la culpabilité et du pardon d’une personne. L’histoire de cette personne et les faits sont souvent perdus dans la frénésie médiatique qui suit ce genre de crimes. Ce sont des questions qui me mettent mal à l’aise, encore plus depuis le tournage de Boy A.

Naviguer dans un monde qu’il a quitté enfant et qu’il retrouve adulte, est pour Jack une tâche redoutable qui n’est possible que grâce à Terry, son assistant social…

John Crowley : Peter Mullan a été mon premier choix pour interpréter Terry, car sa chaleur, son intelligence et son autorité étaient exactement ce que je voulais. Son interprétation de Terry est absolument merveilleuse. C’est un rôle diffi cile parce que pour Jack, il est une sorte d’oncle, quasiment une fi gure de père. L’échec du système et l’échec des parents se rejoignent. Le désir qu’éprouve Terry de faire le bien en réinsérant Jack est au prix de sa propre vie de famille et cela a de graves conséquences.
En se centrant ostensiblement sur ce cas, il a laissé la relation avec sa femme se détériorer et n’a formé aucun lien avec son propre fi ls. Quel que soit le bien qu’il fasse à Jack, ses problèmes avec son propre enfant sont en fi n de compte la cause d’une destruction terrible.

Andrew Garfield : Ce qui était merveilleux, c’est que notre relation à l’écran refl était notre relation dans la vie réelle. Je pense que ça a rendu cette relation authentique, parce qu’elle l’était. On a créé des liens dès qu’on a commencé les répétitions. Peter m’a beaucoup soutenu et beaucoup appris car, indirectement, je cherchais son avis sur le métier d’acteur, l’industrie du cinéma, comment vivre dans ce milieu et continuer à être moi-même sans me perdre.
Peter a toujours été un mentor pour moi et il l’a été immensément pendant le tournage. Quand les caméras tournaient, on n’avait pas besoin de se demander ce qu’on ressentait l’un pour l’autre. J’étais avec quelqu’un que j’aimais et que je respectais vraiment, et j’aspire à développer ses qualités. C’est quelqu’un de très généreux. Ca se lit dans ses yeux et sur son visage.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 273 entrées
  • 1er jour IDF : 2 355 entrées
  • 1ère semaine IDF : 20 396 entrées
  • Cumul IDF : 45 581 entrées

  • 1ère semaine France : 35 101 entrées
  • Cumul France : 90 042 entrées