Notes de Prod. : Bus Palladium

    en DVD le 07 Septembre 2010

La production de Bus Palladium

Écrire avec Thierry Klifa
Bus Palladium est le quatrième film écrit avec Thierry Klifa après Une Vie à T’attendre, Le Héro De La Famille et Les Yeux De Sa Mère (en tournage actuellement). Avec Thierry, il y a une confiance et une intimité à la fois dans la vie et dans le travail. On se connaît depuis presque vingt ans. On était amis avant de travailler ensemble. Il y a une générosité dans le travail de scénariste, parce qu’on travaille pour l’autre. Quand Thierry participe à mon scénario, il le fait pour moi. Quand je travaille sur son film, c’est pour lui. On se complète, on a des réflexes d’écriture différents dont la confrontation se révèle très fructueuse. C’est sur ces différences que nous nous appuyons pour avancer. Écrire un scénario est un travail très âpre et souvent décourageant. Mais nous savons que si l’un faiblit, l’autre est là pour le ramasser. Pour Bus Palladium, quand je partais dans des directions très personnelles, Thierry faisait en sorte que les idées reviennent servir l’intérêt du scénario. Que cela ait un rapport réel avec le récit. À travers le travail avec Thierry, mon expérience personnelle s’est transformée en une fiction à part entière. Bus Palladium n’est donc pas complètement autobiographique.

Mettre en scène
L’énergie que véhicule la musique dans le film, je voulais qu’elle se retrouve à l’image. Avec Rémy
Chevrin, le chef opérateur, on a cherché une image qui ne soit surtout pas lisse mais contrastée, parfois granuleuse. La caméra est très mobile. C’est un âge et une musique qui traversent beaucoup de turbulences... J’ai aussi montré à Rémy et aux acteurs de nombreux films parmi lesquels Gimme Shelter, One + One, Dig, ou Cocksucker Blues. Des documents étaient très utiles pour expliquer l’esthétique et l’état d’esprit que je voulais pour ce film. Et puis il y a le choix d’aller vers une lumière de plus en plus vive et aveuglante à mesure que les personnages s’approchent d’un paroxysme dans leur relation, comme dans ce plan final où Rizzo se tourne vers la fenêtre et vers l’avenir.

La musique
Que la musique et les musiciens soient crédibles, c’était fondamental. Lorsqu’on voit les répétitions ou les concerts, qui sont des moments-clés pour l’histoire des personnages, je voulais que le spectateur soit complètement avec eux, parmi eux, immergés dans leur univers, sans jamais douter de leur passion et de leurs capacités. Ici, être «dans» la musique, c’est être «avec» les personnages.
Il y a trois concerts dans le film. Chacun a sa tonalité et raconte un moment charnière de l’histoire du groupe : le trac de la première fois, puis l’extase de Manu, et enfin la réconciliation de Manu et Lucas à travers la musique. Je ne voulais surtout pas tomber dans le piège du clip ou de la captation.
Je ne me serais pas lancé dans la tentative très risquée de filmer les concerts et la musique en général sans l’expérience d’en avoir fait longtemps moi-même. Tous les détails des concerts sonnent juste au son mais aussi à l’image. On a fait très attention avec Yarol Poupaud et l’équipe déco à soigner les détails du backline, des instruments ou des amplis qu’utilise le groupe. Très tôt, grâce à mon beau-père Albert Koski qui produisait tous les grands concerts de rock en France dans les années 70 et 80, j’ai fréquenté les «backstages». Je crois que cela m’a profondément marqué et a contribué à mon désir de filmer cet univers.

Yarol Poupaud
Je savais ce que je voulais pour la musique du film, mais j’ai cherché longtemps et très en amont le musicien qui pourrait me l’apporter. Je l’ai trouvé avec Yarol. Il a cette culture et l’énergie qui font les groupes. Il en a l’expérience et, de plus, il a le talent de l’insuffler aux autres.
Une fois que les chansons étaient prêtes et que Arthur Dupont était embarqué pour jouer Manu, Yarol et lui ont commencé à travailler et ont très vite écrit ensemble les paroles sur la plupart des titres. On a ensuite programmé un calendrier de répétitions pour que les acteurs soient à un bon niveau personnel et collectif.
Je voulais une musique pour le groupe qui ne soit pas du tout typée années 80. J’aime le rock blanc à base de blues noir, une musique intemporelle. On s’est très vite retrouvés sur cette base commune avec Yarol et c’est la musique que l’on entend dans le film. Pendant le tournage de toutes les scènes musicales, Yarol était présent comme compositeur et comme coach du groupe. Nous voulions être dans la réalité de la musique, des lieux et des instruments tout autant que dans celle des personnages. Cyril
Moisson, l’ingénieur du son s’est adapté aux conditions particulières de chaque lieu pour enregistrer les concerts, en prise «live» pour ce qui concerne les voix.
Dans un deuxième temps, pendant que le montage progressait, il m’a paru évident que Yarol devait aussi écrire les musiques additionnelles qui constitueraient le score du film.

...et la participation de Benjamin Biolay
Pendant tout le film, on vit au rythme des chansons de LUST. À la fin du film on bascule dans la musique solo de Manu. Je voulais qu’on perçoive, musicalement, ce moment de rupture. J’avais rencontré Benjamin sur le tournage de Didine de Vincent Dietschy où nous étions tous les deux acteurs. J’ai pensé que son univers pourrait venir en complément de la musique du groupe sur laquelle nous travaillions avec Yarol. Il a lu le scénario et a réagi très vite en écrivant deux chansons : «Raté» et «Non madame», que l’on entend sur le générique de fin. Je cherchais aussi à avoir une dernière chanson dont le texte ne soit pas redondant mais complémentaire par rapport à ce que ressentent les personnages. Il fallait être un peu décalé, comme l’est Manu, qui est seul à la fin. «Raté» est une chanson qui n’appartient pas au groupe. Elle est avec Manu, un peu ailleurs. Le style de Benjamin Biolay marque cette différence, même si Yarol a signé les arrangements pour que l’on garde une cohérence avec l’ensemble.

La bande son
À l’écriture du scénario nous avions déjà précisé, sur certaines séquences, quelles musiques accompagneraient, dans l’idéal les images. Certains choix sont ceux que l’on entend aujourd’hui dans le film, comme «Let it Loose» des Stones, «Rock’n roll suicide» de Bowie ou «Denis» de Blondie... Mais il faudrait citer tout un univers rock/soul : celui de Betty Davis, un R’n’B rauque et violent, celui de Candi Staton, Ten Years After et aussi le country rock de The Band… Tout ce que j’aime et qui fait partie de l’héritage musical des personnages du film.
Dès les premières images, on voit le 33 tours de «Exile on Main Street» des Stones posé sur la platine. Le choix de «Let it Loose» est très important pour moi. C’est à la fois une chanson douce et amère, blues et soul, intime puis lyrique. Exactement le ton que j’ai cherché dans le film. C’est une chanson qui donne l’identité musicale des personnages. Comme le décrit avec enthousiasme Mario : «LUST, ce sont des petits Blancs au coeur noir, avec les pieds bien ancrés dans la boue du Delta». Et c’est toute une mythologie qui va colorer le film - cette période qui se rattache à la fin des années soixante et amorce le début des années 70 avec mon album préféré des Stones, où ils puisent dans leurs racines musicales, vers le Gospel, le Country blues...

Bus Palladium
C’est une boite mythique où pendant les années 70/80, il y a eu un DJ fantastique, Jean-Charles, qui a réussi à mélanger du rock et de la soul, créant une bande son qui a marqué une génération. À l’époque, c’est Josy qui tenait l’endroit et c’est elle, avec Jean-Charles qui nous ont aidés à faire revivre le lieu comme ils l’avaient connu. C’est le repaire de LUST. Le refuge où la musique et les personnages ont rendez-vous. C’est un lieu de vie nocturne, emblématique, et c’est devenu le titre du film comme le lieu symbolisant la bande et l’un des endroits-clés de leur parcours.

Sur le tournage de Bus Palladium

Le 3 Avril 2009 - Christopher Thompson passe à la réalisation

Bus Palladium, tel est le titre du premier film réalisé par Christopher Thompson, co-scénariste attitré des comédies de sa mère, Danièle Thompson. L’histoire s’attache aux péripéties de quatre copains qui décident de lancer un groupe de rock dans les années 1980, faisant écho au mythique lieu chanté par Gainsbourg le Bus Palladium.

Entretien avec Christopher Thompson, réalisateur de Bus Palladium

Passages
Il y a un fort engagement à choisir un sujet sur lequel on va passer plusieurs années de sa vie. C’est encore plus vrai pour un premier film. J’ai longtemps trouvé ce choix impressionnant. Entre les scénarios que j’écrivais avec ma mère, Danièle Thompson, ou avec Thierry Klifa, qui est mon coscénariste ici, j’avais plusieurs idées autour desquelles je tournais depuis un an ou deux ; et puis je suis passé un jour devant une bande de jeunes et, en les regardant, je me suis souvenu de moi à cet âge-là, du sentiment d’amitié très fort, de l’aventure collective comme un cocon protecteur, qui rassure, mais peut aussi devenir un enfermement. Je les regardais de loin et en même temps j’avais l’impression d’être parmi eux. Je me sentais, finalement, à bonne distance, observateur et complice, avec l’intuition qu’il y avait là la matière d’un film.

Les personnages de Bus Palladium

Lucas - Marc-andré Grondin
Tout tourne autour de ses décisions. De son ambivalence. Il est le pivot de Bus Palladium. Le groupe se lance lorsqu’il revient, et se dissout lorsqu’il part. À travers Lucas, Bus Palladium parle du renoncement et de l’acceptation d’une réalité qui s’impose vis-à-vis d’un rêve. Il voit qu’il n’arrivera pas à s’installer dans une vie de musique et prend une autre direction. Il revient par amour pour son copain, et pour ses copains en général, mais plus que les autres, il est conscient de la fragilité de ce qu’ils construisent et il ne cesse de flirter avec l’option d’une autre vie. Son retour est, en quelque sorte, un adieu. Marc-andré Grondin a une délicatesse et une maturité qui font ressentir tout le conflit que Lucas porte en lui, dès le début de l’histoire : cette lucidité où se côtoient la joie et le pressentiment de sa fin.