Notes de Prod. : Cabaret

    en DVD le 18 Mars 2004

Réactions à propos de Cabaret

"Chorégraphe célèbre et célébré pour ses multiples "musicals" mis en scène à Broadway, Bob Fosse passe à la réalisation en 1968 avec Sweet Charity, reprise musicale des Nuits De Cabiria de Fellini. Après la gloire des planches en tant que danseur et chorégraphe, Fosse connaît un renom international avec Cabaret en 1972. Le film reçoit huit Oscars dont celui du meilleur réalisateur et de la meilleure actrice, portant soudain Liza Minnelli au rang d’icône.
Nous sommes au début des années 70, et le cinéma s’est lui aussi mis aux couleurs des changements naissants et des mouvements contestataires. Hollywood renouvelle ses héros et offre à des cinéastes l’occasion de mettre en images des scénarios plus sulfureux. Alors qu’Easy Rider de Dennis Hopper ouvre la voie en 1968, et devient une oeuvre fondatrice du mouvement hippie au même titre que les écrits de Kerouac, les salles voient apparaître un nouveau cinéma, plus violent, plus dérangeant. Entre 71 et 72, des oeuvres aussi brutales que Les Chiens De Paille (Sam Peckinpah – 1971), Délivrance ( John Boorman – 1972) ou Le Dernier Tango à Paris (Bernardo Bertolucci – 1972) inondent le cinéma américain et européen. Et si Hollywood recycle des mythes pour mieux en créer de nouveaux (Dirty Harry – 1971), les studios renouent avec des genres depuis quelque temps mis de côté. C’est le cas de la comédie musicale, dont l’âge d’or se situe entre 1945 et 1960. Silhouettes mouvantes sur des standards, couples immortels tels Gene Kelly et Ginger Rogers et cinéastes comme Vincente Minnelli (père de Liza) ou Stanley Donen se mêlent pour offrir au public un show visuel équivalent à ceux de Broadway. Cabaret s’inscrit à sa manière dans cette mouvance de rupture. Si Bob Fosse ne cherche pas à révolutionner un genre déjà largement développé, il l’utilise néanmoins comme vecteur à la narration d’un drame, cas peu répandu jusqu’alors.
La première surprise du métrage provient de son ton ouvertement libertin et plutôt sulfureux. Alors que la comédie musicale "classique" tendait vers un spectacle tous publics, extrêmement populaire et pétrie de bons sentiments, Cabaret dépeint le Berlin pré-hitlerien dans toute sa folie et toute sa liberté. La "divine décadence" évoquée par Sally n’a jamais été aussi probante que dans le récit de ses amours déçues et intéressées (...)
En effet, la problématique du sexe est ici clairement posée par Fosse, dans un Berlin où les repères sexuels ont explosé en éclats. Et ce n’est pas simplement d’homosexualité dont il s’agit (le personnage de Brian sous-entend des doutes quant à ses attirances), mais plutôt d’une configuration s’apparentant au Jules Et Jim de Truffaut (1962). Moins scandaleux que son aîné, Cabaret se permet tout de même d’installer un trio amoureux, Sally/Brian/Max, duquel ne ressortiront jamais d’actes concrets mais dont le traitement visuel (une ronde aux regards évocateurs) indique toute la complexité. Et alors que l’on croit déjà Bob Fosse vidé de ses considérations sulfureuses, il ajoute au final une évocation de l’avortement plutôt marquante, qui dût très certainement beaucoup choquer en son temps dans certains milieux conservateurs.
En dépit d'être un contre-pied total au genre, Bob Fosse réalise un film bien plus profond qu’il ne laisse à penser et surprend par sa subtilité quant au traitement de la situation historique. Si la suite de sa carrière se verra placée sous le signe de l’inconstance, Cabaret marque à ce jour un tournant dans l’utilisation narrative du film musical et offrait à Liza Minelli des partitions devenues classiques. En mélangeant ainsi la vie et le spectacle, Bob Fosse affirmait la proximité de ses créations avec un univers plus contemporain et annonçait ainsi All That Jazz qui sortira en 1980."

Pierre de Parscau

"Un film hallucinant sur le Berlin pré nazi et le portrait d’une société en pleine décomposition. Liza Minnelli retrouve le charme canaille de Marlene Dietrich mais dans un autre registre et Joel Grey est un meneur de jeu inquiétant. C’est probablement le meilleur film de Bob Fosse."

Jean Tulard