La partie parisienne du film a été tournée en numérique, et les images ont par la suite été travaillées afin de donner l’illusion d’une pellicule d’époque. Les images d’archives de 1962 (provenant de l’Office National du Film du Canada) ayant servi de références et celles tournées dans le Paris contemporain se sont ainsi fondues les unes aux autres pour créer une ville mi-réelle et mi-imaginée que Jacqueline et Laurent parcourent à pied.
Bien que
Jean-marc Vallée soit préoccupé par les questions esthétiques, il ne voulait surtout pas que l’image en vienne à éclipser le récit et les personnages. Les métaphores récurrentes (pensons à l’avion fendant le ciel) participent ainsi à l’onirisme de l’histoire, puisqu’elles évoquent sans les élucider certains des sentiments et des émotions qui habitent les personnages.
Ancré dans un certain réalisme, Café de Flore penche aussi du côté du conte – un pas vers la fable, que souligne la voix off murmurant un texte aux allures de féerie (« Et ce jour-là, à cet instant précis, Carole et Antoine avaient souhaité s’aimer jusqu’à la fin des temps »), un autre vers le mystique, la voie dans laquelle s’engage Carole, de plus en plus profondément, jusqu’à l’inéluctable.
Ainsi,
Jean-marc Vallée s’est amusé à semer tout au long du film des indices qui permettent de suivre le personnage dans sa quête de vérité, dans ses errances et ses errements, tout en offrant une explication rationnelle au mystère ; ultime preuve du fait que Carole est en proie à une sorte de délire, le microsillon de Laurent, anachronique puisque Matthew Herbert n’a enregistré « Café de Flore » qu’en 2000, laisse deviner que l’enfant et sa mère sont tous deux le fruit de l’imagination de Carole. Mais le réalisateur a aussi pris soin de laisser au spectateur une liberté d’interprétation, sans lui imposer de réponses. Carole a-t-elle vraiment versé dans la folie, sa souffrance trop grande l’a-t-elle poussée à inventer de toutes pièces une explication à son malheur ? Ou bien y a-t-il quelque parcelle de vérité dans ce que certains verront plutôt comme une hallucination ? Et si la vérité était plus complexe, multiforme, si la souffrance, plus forte que la raison, pouvait façonner sa propre réalité ? Le cinéma ne permet-il pas justement d’explorer ces différentes possibilités, d’entrevoir par le regard des personnages ces mondes que nous imaginons et dans lesquels nous croyons vivre ?
Impressionniste et traversé de poésie, Café de Flore s’affranchit du réel pour entraîner le spectateur jusqu’à cet « effet de rêve » propre au cinéma. C’est sans doute
Evelyne Brochu (Rose) qui offre la plus belle raison d’aller voir – et revoir – le film : « Pour l’amour de la musique. Pour l’amour du cinéma. Pour l’amour tout court. »