Notes de Prod. : Cahier intime

Interviews du réalisateur Attilio Azzola

Quel a été le point de départ de l’écriture du film ?

L'idée du “Progetto Diari” était de réaliser un film sur l'adolescence avec l'implication directe d'un groupe de jeunes qui ont contribué au film, aussi bien devant la caméra, en tant que comédiens, que derrière, en qualité d'assistants techniques. Durant les sept mois précédant le film, nous avons réalisé des interviews, ateliers de théâtre et des jeux devant la caméra avec plus de 500 jeunes de la région de Milan, et province Lombarde.
De cette base, nous avons sélectionné un groupe plus restreint qui a formé le noyau du casting et des techniciens. Ce fut une aventure très prenante, mais qui m'a vivement inspiré pour l'écriture du scénario. Les histoires du film, quant à elles, sont issues de mon imagination, mais aussi de celle de mes co-auteurs (Beba Slijepcevic et Mario Nuzzo), même si je dois admettre que nous nous inspirions beaucoup des jeunes que nous fréquentions, alors, quotidiennement.

Le film est composé de trois parties: comment l’idée d’une telle structure est-elle apparue? Etait-ce quelque chose que vous aviez décidé dès le départ ou qui s’est imposé avec le temps ?

L'idée de faire un film composé d’épisodes liés les uns aux autres est venue tout de suite, même s’il est clair
que certains aspects se sont modifiés avec le temps. Dès le départ, je savais que le cœur du conflit des personnages était la figure paternelle, et nous avons donc décidé de poursuivre notre écriture en procédant par contrastes « thèse, antithèse et synthèse ». Dans le premier épisode, Leo a grandi dans une famille féminine avec un père lointain ou absent. Dans le second épisode, Ali au contraire, se mesure à un père plus traditionnel et présent. À la fin par contre les deux jeunes, une fois leurs problèmes personnels résolus, affrontent le monde
extérieur. Michel représente pour eux une obligation professionnelle, mais il est aussi un "père putatif" qui leur transmet d'une façon ou d'une autre un savoir. Il me semblait intéressant que cette transmission de valeurs d'un âge à l'autre arrive à travers les codes de la danse en duo. Comme lorsque Michel enseigne aux deux jeunes comment danser, et comment vivre à deux. L’idée générale a été de tracer, en quelque sorte, un parcours évolutif entre les différents épisodes, qui se retrouve aussi dans les relations avec l'autre sexe. Au début, Leo vit une histoire avec un garçon qui n’a rien à voir avec elle. Beaucoup se demandent, d’ailleurs, ce qu'elle fait avec lui, et dès la première difficulté elle se retrouve seule. En revanche, Ali s'éprend de Sara car elle est la fille la plus jolie de l'école, bien qu’il soit clair dès le début qu’ils ne sont pas faits l’un pour l’autre. Dans le troisième épisode, le rapprochement et les points communs des deux protagonistes les amènent à s'entraider. Leur
relation s'en trouve, alors, grandie et plus mûre.

Les deux premières parties ont pour point commun de raconter l’histoire de personnages qui cachent leur identité à d’autres. Comment expliquez-vous ce choix ?

Même si c'est une chose qu'aujourd'hui les jeunes nient, la pudeur est une des composantes les plus forte et les plus poétiques de l'adolescence. Cacher ou créer un alter ego cela fait partie du monde des ados, de leur besoin de se protéger de différentes manières avant de se confronter au monde et à leurs propres sentiments, comme nous l’avons tous fait à cet âge. D'autre part, même pour les adultes, exposer publiquement sa propre intériorité représente toujours un risque, c'est pour cela que les poètes depuis des siècles se choisissent des noms d'artistes où des pseudonymes.

L’un des thèmes centraux du film est la communication ou plutôt, la difficulté à communiquer, et ce à différents moments de la vie. Qu’est-ce qui vous intéresse plus particulièrement dans ce sujet ?

Les amours tourmentées sont un sujet cinématographique plus intéressant que les amours idylliques avec ses happy-end. La difficulté à communiquer est un sujet plus original dans cette époque de communication excessive. En réalité, le thème central du film est la communication entre les générations et la difficulté à se comprendre même entre des personnes liées sentimentalement.

Pouvez-vous nous présenter les principaux personnages de votre film ainsi que les acteurs qui les incarnent et la façon dont vous les avez choisi ?

J'ai toujours choisi mes acteurs par coups de cœur: souvent le personnage m'apparaît et je n’ai plus de doute. C'est arrivé pour les personnages d’Amine (Alì), Antonio, Michele, mais le cas le plus éclatant est celui de Roisin (Léo): Nous étions à près d'une semaine du début du tournage. Après quelques mois de casting, et tous les rôles assignés, l'héroïne manquait encore. Malgré une grande confiance, une certaine inquiétude régnait au sein de la production. Se présente Matilde pour un bout d'essai, elle sera choisie pour le rôle de Sara du second épisode. Elle vint accompagner de Roisin sa meilleure amie:une jeune fille genre dark et un peu punk sans expérience du jeu d'acteur et pas vraiment décidée à participer au casting. Elle semblait sortie hors des pages de mon histoire, et dès que je l'ai vue, je savais que c'était elle l'héroïne, « Mon » héroïne malgré ses réticences.

Quel souvenir gardez-vous de votre Prix à Cannes (Grand Prix Ecran juniors) ? Et le fait que le Prix ait été décerné par un jury de jeunes de l’âge des personnages du film ?

L'expérience d'Ecrans juniors est un des plus beaux souvenirs liés au film. À vrai dire nous avions fini de le monter depuis peu, et nous ne nous attendions pas à ce que le film soit choisi, et encore moins qu’il gagne un prix, et à Cannes, qui plus est. « Cahier Intime »a été bien plus qu'un simple projet cinématographique, ce fut une expérience de vie formidable pour toute la troupe, et il nous semblait juste que tout le monde puisse y participer. Nous avons ainsi loué un grand bus, rebaptisé "Diaribus", adolescents, musiciens, acteurs, sons,
dessinateurs de BD, techniciens et scénographes, tous direction Cannes. Un groupe d'à peu près soixante-dix
personnes, dans les rues bondées de Cannes. C'était des jours euphoriques, le couronnement de long mois de
travail ensemble. Vous ne pouvez imaginer l'enthousiasme qui s'est emparé de nous quand le jury nous a
nommés vainqueur du Grand Prix Écrans Juniors 2008. Personnellement, une des choses qui m'a fait le plus plaisir, c'est quand le jury des jeunes a cité ses motivations pour le prix. Ils avaient enfin vu sur grand écran des adolescents dans lequel ils pouvaient se reconnaître.

Quels sont vos projets ?

Pour paraphraser Peter Brook: un réalisateur a toujours des projets en tête, sinon quel genre de réalisateur serait-ce ? Pour le moment, je travaille sur trois projets: Le premier est un projet expérimental réalisé cet hiver avec un groupe d'acteurs de théâtre de Milan inspiré de "Shadows" de Cassavetes qui est déjà en phase de post-prodution. Le second se situe en Afrique du Nord et est en phase avancée de développement. Si tout va comme nous l’espérons, il devrait voir le jour au printemps 2011. Le troisième est en phase d'écriture ce sera un film musical, avec de jeunes musiciens de tous les coins de l'Europe.







Projet Diari

Le film est le résultat d'un projet qui s’est développé aux abords de Milan (Italie) pendant toute une année. Avant même la réalisation du film tous les adolescents ont participé à des activités artistiques à travers des ateliers de jeux théâtraux et des séminaires dirigés par le réalisateur Attilio Azzola et Maria Grazia Biraghi. C’est au terme de ce travail d’un an, qu’a été déterminé le choix des personnages et la construction de l'histoire. Le film a pris forme grâce à la participation du groupe d'étudiants qui a aidé les acteurs et l'équipe technique à créer le projet Cahier intime. Chaque phase du film a, d’ailleurs, été enregistrée pour tenir lieu de document de travail et témoigner du parcours accompli par les étudiants.

Notes du réalisateur

Il y a deux ans, environ à cette même période, je m'apprêtais à débuter le Projet Cahier intime : « un long parcours d'enquêtes sur le monde des adolescents qui, à travers des interviews, séminaires de cinéma et laboratoires de jeux théâtraux, m'a conduit à réaliser mon premier long-métrage ». Au delà des bonnes intentions, plus que tout, une question me taraudait: « Mais il y a t’il vraiment besoin d'un autre film sur l'adolescence ? ». La réponse, je crois, me vint spontanément : certainement pas. Les jeunes sont maintenant surexposés, pas seulement dans le cinéma: il suffit d'allumer un téléviseur pour être bombardé de messages crus sur les habitudes des adolescents italiens : ils abusent d'alcool, de sexe et de drogue, et comme si ça ne suffisait pas, ils sont la jeunesse la plus ignorante d'Europe. Un chœur de blâmes et de peurs qui semble avoir relégué la perception de la traversée de la vie en deux macros extrêmes d’une part, cette jeunesse brûlée, adonnée à tous les excès sans aucune limite; de l’autre, cette jeunesse contemplative, victime passive de la société de consommation, accrochée aux portables et aux émissions télévisuelles.