Qu’est-ce qui est plus épuisant, faire l’acteur, écrire ou tourner un film ? Sur le plateau de
Caos Calmo, je me suis senti bien, parce que, pour la première fois, je me sentais protégé. Il m’est arrivé à plusieurs reprises de faire l’acteur, comme dans
La Seconda Volta de Mimmo Calopresti, ou
Le Porteur De Serviette de Daniele Luchetti, mais c’étaient des films produits par Angelo Barbagallo et moi pour la Sacher. Cette fois, il s’agissait d’un autre cinéaste et d’une autre société de production, la Fandango : travailler avec eux a été une joie, et surtout celle d’avoir la possibilité de me concentrer sur l’interprétation. Que je sois spectateur, cinéaste, ou, ici, acteur, je n’aime pas ces acteurs ou actrices qui s’identifient tellement à leur personnage qu’ils finissent par disparaître en lui. Moi, je cherche à comprendre le personnage, et surtout à comprendre ce que le metteur en scène et le film veulent raconter à travers lui.
Je me souviens que je suis une personne en train d’interpréter un personnage. Dès que j’ai lu le livre, j’ai eu envie d’interpréter Pietro Paladini, parce qu’il y a simultanément dans ce personnage des choses proches de moi et des choses lointaines. Je ne me joue pas moi-même, je ne joue pas non plus l’un des personnages de mes propres films. Je sais que je ne peux pas tout jouer, mais je savais que je saurais le jouer lui.
Le roman de Sandro Veronesi a rencontré un grand succès en Italie, à mon sens pour deux raisons : sa qualité littéraire, et le fait de montrer un homme qui a réussi sa vie professionnelle, et qui à un certain moment abandonne ses collègues, son bureau, son appartement, et s’installe en face de l’école de sa fille pour réfléchir. Raconter cette image dans un livre ou la montrer dans un film est une chose belle et importante. Elle restera, je crois, dans la mémoire des spectateurs. En tant que scénariste, le plus compliqué a été de simplifier le roman, d’éliminer des parties qui étaient très réussies. Surtout des éléments très littéraires : quand Sandro Veronesi décrit Pietro en train de lire les mails adressés à sa femme, il écrit des pages très littéraires. Il ne nous paraissait pas opportun de rivaliser avec lui en cherchant une transposition cinématographique. Il a fallu aussi ajouter des choses : en écrivant le script et en adoptant le point de vue des spectateurs, nous avions l’impression d’attendre un effondrement du personnage, qui n’arrivait jamais. Et nous avons pensé à la scène des larmes. Comme si se retrouvant devant l’école de sa fille, il la découvrait d’un œil différent, il la voyait avec le regard des spectateurs, et il se voyait lui-même ces derniers jours sur la place. Naturellement surgit alors toute la douleur qu’a provoqué ce choix, ce changement dans sa vie.
J’ai raconté la paternité dans
La Chambre Du Fils. Je pense qu’un acteur n’a pas besoin d’avoir vécu telle ou telle expérience dans la vie pour la rejouer à l’écran. Mais en ce qui me concerne, moi qui ne suis pas sûr d’être un véritable acteur, le fait d’être père m’a aidé, aussi bien quand nous écrivions le script avec
Laura Paolucci et
Francesco Piccolo que quand je devais jouer avec la petite fille. Et puis il y a la mort, qui fait partie de la vie. C’est un thème qui résonne peut-être davantage au fur et à mesure qu’on vieillit. Les réactions à la douleur et à la mort sont différentes selon les films, et l’âge où je les ai faits. Dans
La Chambre Du Fils, le noyau familial se brise en mille morceaux, dans
Caos Calmo, il se transforme, c’est un nouveau noyau qui se crée, composé du père et de sa fille.
Je crois que cette expérience m’a rapproché des acteurs, de leurs doutes, de leurs problèmes, de leurs petites névroses. Cela m’aidera sans doute dans mes prochains travaux de metteur en scène, qui ne sont pas proches, parce qu’aujourd’hui, je ne ressens que le chaos et pas encore le calme dont a besoin un scénariste-réalisateur. Le calme est nécessaire pour donner une forme et un ordre aux sentiments que tu veux communiquer au public à travers le film. Pour l’instant, seul le chaos est là.