Qu’est-ce qui vous a tentée dans ce projet ?
Je ne suis pas forcément fan des thrillers horrifiques ou des films de genre, mais le scénario m’a vraiment séduite. On y sentait déjà une réelle tension, sans les excès parfois grotesques que l’on peut voir souvent. Il y avait aussi un vrai personnage à défendre. La rencontre avec Yann m’a définitivement convaincue. Lorsque nous nous sommes rencontrés, quelque chose dans son regard m’a tout de suite rassurée. J’ai aussi été touchée par sa vision du rôle et la façon dont il m’envisageait dedans. Il avait une perception de moi, à la fois féminine et athlétique, que jamais personne n’avait décelée. Par un joli hasard, je connaissais déjà Yann pour avoir fait partie d’un jury à Gérardmer qui avait récompensé son brillant court métrage, « Echo ». Malgré son jeune âge, Yann est très cinéphile, précis et déterminé. Il portait ce projet de façon viscérale. C’est aussi son premier long métrage et on sentait chez lui l’enthousiasme et la ferveur d’une première œuvre. Nous avons tout de suite fonctionné sur la même longueur d’onde. Yann n’est pas là pour paraître, il est là pour faire. Je l’ai tout de suite beaucoup aimé et j’ai eu envie, comme toute l’équipe, de le suivre jusqu’au bout de l’horreur !
Comment avez-vous approché Carole, votre personnage ?
Sa fragilité, sa part d’ombre et son passé ont été mes premiers points d’accroche. Tout l’enjeu pour moi était de m’inscrire dans un registre que je n’avais jamais touché, et, pour ce film particulier, de quitter le domaine de la comédie même si je l’aime beaucoup. Je ne veux me laisser enfermer dans aucun type de rôle, ce qui n’est jamais évident pour une femme. Avec ce personnage, j’ai cherché les points communs et j’ai essayé de la faire venir à moi plutôt que d’aller vers elle. Même s’il n’y a pas beaucoup de dialogues, nous avons beaucoup répété avec Yann, et fait de nombreuses lectures. Le mot sobriété revenait souvent dans ses indications. Il voulait cette sobriété pour éviter de tomber dans la caricature. Je crois qu’il avait raison, tout n’en paraît que plus vrai et plus épouvantable et c’est ce qu’il cherchait. J’aime en plus beaucoup être amenée vers cela.
Aviez-vous conscience de l’implication Physique que nécessitait le rôle ?
Pas vraiment ! Le projet m’emballait et ce n’est qu’une fois sur place que j’ai compris ce que le rôle exigeait. Je me suis jetée à l’eau. Yann m’avait avertie et, sans vraiment parler de préparation physique, j’ai quand même suivi un léger entraînement, en courant notamment. Mais la préparation commence d’abord par la pensée. Dans ce style de film, ce ne sont pas les dialogues qui vous permettent le plus d’exprimer vos émotions mais tout ce que vous dégagez au-delà des mots. Je me suis donc beaucoup appuyée sur les regards, les attitudes et les respirations. C’est une autre façon de travailler, on est dans l’action plus que dans la pensée. C’est aussi là que le cinéma prend tout son sens : on arrête d’intellectualiser et on agit.
Certaines scènes vous faisaient-elles peur ?
Sans aller jusqu’à la peur, j’appréhendais particulièrement la scène où je découvre que mon ami s’est fait retirer les entrailles... D’une manière générale, je redoutais toutes les visions d’horreur qui se déroulent sous le regard de Carole et auxquelles elle doit réagir. Il faut alors une intensité de jeu plus que de la sur-réaction. Yann et moi avions le même point de vue et il m’a toujours aidée à revenir à l’essentiel.
Cette expérience vous a-t-elle donné envie d’autres types de rôles ?
Je serais heureuse que ce fi m puisse être une passerelle vers d’autres films de genre. J’ai envie de faire des choses très différentes. Modestement, j’ai l’impression que je peux tout faire et j’ai bien envie d’essayer. J’aime ce métier pour les découvertes, pour expérimenter et aussi pour des rencontres avec des gens différents. J’aimerais aussi tourner d’autres fi ms avec Yann pour approfondir notre rencontre. J’aime bien l’idée de construire des familles autour de réalisateurs éclectiques.
Comment avez-vous travaillé avec yann ?
Le fait d’être de la même génération est un atout, mais ce n’est pas l’essentiel. Il s’est instauré entre nous un très joli rapport fait de respect et de pudeur. Les choses se sont passées de façon idyllique, tant sur un plan personnel que professionnel. L’univers de Yann m’intéressait et il m’y a fait entrer. Il a une vraie culture cinématographique qu’il a su me faire partager. Il m’a ainsi montré certains fi ms, dont Les yeux sans visage de Georges Franju – un film incroyable, mais également La jeune fille à la mort de Roman Polanski. Par rapport à mon rôle, il m’a parfois comparée à Sigourney Weaver, un personnage à la fois physique, capable de jouer avec son corps et de transmettre des émotions. Explorer un tel personnage dans l’enfermement m’a beaucoup intéressée. Il y a aussi quelque chose que j’ai vraiment apprécié chez Yann. Pour son premier fi m, il ne s’est pas lancé dans la démonstration. Son but n’était pas de monter qu’il est intelligent mais de faire le fi m le plus efficace possible pour le public. Il a eu l’élégance de se mettre au service de son fi m alors que beaucoup font l’inverse. C’est assez rare pour être souligné.
Parlez-nous de vos partenaires...
Bien que je les connaisse par leur travail, je n’avais jamais joué ni avec
Eric Savin, ni avec
Arié Elmaleh. Tout s’est très bien passé entre nous. Même si nous n’apparaissons pas souvent ensemble à l’image, nous l’étions sur le plateau. Nous avons eu une vraie complicité de comédiens. Le contraste entre l’amitié de ces personnages qui enchaînent les missions humanitaires et l’horreur qui les rattrape était l’un des éléments qui m’avaient attirée. Heureusement, nous n’avons pas connu l’horreur, mais il y a eu beaucoup d’entraide et d’amitié.
Le fait d’avoir à jouer des situations extrêmes vous a-t-il fait réfléchir sur vous-même et sur la vie ?
On ne joue pas ces situations impunément. On réfléchit, on réagit, comme les spectateurs le feront. On a commencé par les scènes de prison et d’enfermement où nous avons vécu tous les jours avec nos personnages. Quelque chose de terrifiant s’est installé sans que nous ayons eu besoin de le provoquer. Je crois que cela a vraiment nourri notre jeu à tous, au-delà même de notre conscient.
Quel souvenir garderez-vous de Ce tournage ?
Je retiens surtout un ensemble, une qualité humaine, une atmosphère particulière et la chaleur ! Nous tournions dans la région de Strasbourg et il faisait très lourd. Yann a su insuffler son enthousiasme à tout le monde. Autant le propos du fi m était dur, autant la bonne humeur régnait. L’équipe était jeune et aimait l’histoire. Nous avons rencontré des gens incroyables, mention spéciale à ceux qui jouaient les méchants.
Savez-vous aujourd’hui ce que représente ce film pour vous ?
C’est une rencontre, la découverte d’un nouveau registre de jeu et un nouveau regard sur moi dont je remercie Yann. Je trouve aussi qu’il est bien d’avoir une héroïne qui ne subit pas mais réagit, à travers qui on vit les choses. C’est un thriller qui s’accroche à un regard féminin. Yann a très bien traité la dualité des femmes, leur mélange de force et de fragilité. C’est d’autant plus original dans les épouvantables situations que le personnage va traverser.