Qu'est-ce qui vous attirait le plus dans ce projet?
Le fait que CARNETS DE VOYAGE dévoile un paysage humain et physique propre à l'Amérique latine tout en étant un extraordinaire récit initiatique. C'est l'histoire de deux jeunes gens qui trouvent leur place dans le monde. C'est un voyage à travers un continent qui déterminera pour une large part l'avenir de ces deux hommes, tant sur le plan émotionnel que politique.
Pourquoi avez-vous choisi José Rivera comme scénariste?
De tous les écrivains que j'ai rencontrés pour CARNETS DE VOYAGE, José est celui qui avait la vision la plus lucide de ce que devait être ce scénario. C'est l'humanisation de ces deux personnages si singuliers qui l'intéressait prioritairement. Le film évoque huit mois cruciaux de la vie d'Ernesto Guevara et Alberto Granado, durant lesquels ils furent confrontés à une réalité bien différente de celle qu'ils avaient connue à Buenos Aires. José avait compris cela dès le départ.
Quelles recherches avez-vous mené pour tourner ce film?
Nos recherches ont duré plus de trois ans. José et moi avons lu les biographies consacrées à Ernesto Guevara, dont celle de l'écrivain mexicain Paco Ignazio Taibo qui est à mes yeux la plus fascinante. Je me suis rendu plusieurs fois à Cuba pour rencontrer Alberto Granado, un jeune homme de 82 ans, et la famille de Guevara. Le soutien de sa veuve, Aleida, de ses enfants et l’accès à leurs archives, nous a été essentiel. Enfin, nous avons refait le parcours des deux hommes et effectué des repérages approfondis à travers l'Argentine, le Chili, le Pérou.
Considérez-vous le film comme une rencontre entre documentaire et fiction?
CARNETS DE VOYAGE s'inspire d'événements qui se déroulèrent en 1952 dans la vie d'Ernesto Guevara et Alberto Granado. Ce n'est pas un documentaire sur cette aventure, mais un effort pour capter l'esprit originel de ce voyage, commencé sur une vieille moto, la "Poderosa", et poursuivi, tant bien que mal, à pied et en stop. Le cours de ce périple fut ponctué de multiples rencontres. Dans des lieux comme Cuzco ou le Machu Picchu, par exemple, nous avons encouragé les acteurs à dialoguer avec la population locale, comme l'avaient fait Alberto et Ernesto. Ces échanges spontanés furent ensuite incorporés dans le scénario de
José Rivera.
Quel impact ce voyage a-t-il eu sur l'avenir politique de Guevara?
CARNETS DE VOYAGE est un film sur Ernesto Guevara avant qu'il ne devienne le Che. Cette définition n'est pas de moi, je la tiens de son fils Camilo. Par ailleurs, Alberto nous a dit à maintes reprises que ce voyage avait été décisif pour tous deux, et qu'il avait largement contribué à forger leur avenir. Souvenons-nous que c'était leur première traversée de l'Amérique latine, leur première rencontre avec les vestiges de la civilisation Inca, leur premier contact avec les ouvrages de penseurs latino-américains comme Mariategui. Des expériences aussi diverses et extraordinaires les ont certainement aidés à repenser le monde.
Pourriez-vous décrire les personnalités de Ernesto et Alberto à cette époque? Quelles raisons avaient-ils d'entreprendre ce voyage ?
Au début du film, Alberto a 29 ans et vit à Cordoba, en Argentine. Il travaille en milieu hospitalier et n'apprécie guère la façon dont sont traités les patients. Il rêve depuis longtemps de traverser l'Amérique latine et tient absolument à le faire avant d'avoir 30 ans. Son jeune frère Tomas a pour meilleur ami Ernesto Guevara et c'est ce dernier qu'il choisit pour partager cette aventure.
Ils quittent Buenos Aires en janvier 1952. Ernesto a alors 23 ans. Il appartient à une famille de la bourgeoisie, mais sa curiosité et ses intérêts vont bien au-delà. Il a beaucoup lu et circulé à travers l'Argentine sur un petit vélomoteur, bricolé de ses propres mains. Son asthme est, depuis l'enfance, un souci permanent, mais Ernesto a appris à le combattre. Étudiant en médecine, il n'est qu'à quelques semaines de ses examens lorsqu'il décide de faire ce voyage avec son ami Alberto.