Notes de Prod. : Cars - quatre roues

    en DVD le 06 Juin 2007

Entretien avec John Lasseter, le réalisateur

Naissance du projet

Comment cette histoire un peu personnelle vous est-elle venue à l’esprit ?
J’ai grandi à Los Angeles, où la voiture est reine. Ma mère enseignait l’art et j’ai toujours adoré dessiner. Mon père travaillait pour un concessionnaire et vendait des Chevrolet. Je travaillais avec lui le week-end et l’été. C’était l’époque des grosses voitures américaines. Elles me fascinaient et je n’arrêtais pas d’en dessiner. Ce film mêle donc les deux passions que m’ont transmises mes parents.
Son message est également né d’une leçon que j’ai moi-même apprise. Entre 1990 et 1999, j’ai travaillé sur les trois premiers longs métrages de Pixar, Toy Story, 1001 Pattes et Toy Story 2, et je suis devenu père de cinq enfants. Un jour, ma femme m’a dit qu’ils entreraient à l’université avant que j’aie eu le temps de les voir grandir. Elle avait raison, alors, après Toy Story 2, à l’été 2000, j’ai pris des vacances. Nous avons acheté un camping-car et nous avons parcouru les Etats-Unis sans itinéraire précis, au gré de nos envies. Après avoir trempé nos pieds dans l’océan Pacifique, nous nous sommes dirigés vers l’Est dans l’idée d’atteindre l’océan Atlantique un jour, quelque part, et d’y tremper nos pieds avant de rentrer chez nous.
Je voulais que mon prochain film ait pour personnages des voitures, mais je n’avais pas encore d’histoire. Elle m’est venue cet été-là, où j’ai appris à voir la vie comme un long voyage plutôt qu’une course contre le temps. Tous nos exploits et nos trophées ne valent rien sans la présence et le soutien de ceux qu’on aime.

Le film parle donc plus de voyage que de voitures…
Exactement. Malgré les nombreuses scènes d’action, il s’agit avant tout d’une histoire émouvante et très personnelle. Voyant mon enthousiasme face au projet, ma femme, qui ne partage pas ma passion pour les automobiles, m’a dit de veiller à ce que le film touche aussi ceux qui ne voient dans la voiture qu’un simple moyen de déplacement - soit 99 % des automobilistes, selon elle.
Nous avons travaillé dans cet esprit tout en respectant les caractéristiques de chaque véhicule pour ne pas décevoir les fans et rendre le film crédible. Les réalisateurs ont tendance à montrer des courses de voitures complètement surréalistes. Pour éviter cela, j’ai fait des études précises avec des experts sur les formes et couleurs, le bruit des moteurs. Je tenais à rester réaliste même si, dans CARS, QUATRE ROUES , les voitures sont avant tout des personnages qui parlent, bougent et portent l’histoire.

Connaissiez-vous la Route 66 ? Quel travail de recherche avez-vous effectué ?
Le travail de recherche est primordial. Le film parle des routes nationales américaines et de leur histoire. Les plus anciennes desservaient les petites villes de campagne. Le long de ces grandes routes, dans chaque ville, il y avait des petits restaurants proposant des spécialités régionales – rien à voir avec les grandes chaînes de restauration que nous connaissons aujourd’hui.
Le réseau autoroutier permet de se déplacer d’un point à un autre le plus vite possible. Larges, plates et agréables, ces routes se sont multipliées, envahissant les vallées, traversant les montagnes. Elles contournent les agglomérations afin de nous faire gagner du temps. Cependant, elles se ressemblent toutes et, d’un bout à l’autre des Etats-Unis, il est désormais possible de s’arrêter dans le même restaurant pour y manger le même hamburger. On ne passe plus dans les communautés rurales, qui se meurent. Leurs habitants aimaient se lever chaque matin sans savoir quelle rencontre surprenante ils allaient faire. Ils n’avaient pas besoin de se déplacer. Le monde venait à eux mais, sous prétexte de permettre aux automobilistes de gagner du temps, cela leur a été retiré. Leur histoire nous a beaucoup touchés lorsque nous avons parcouru la Route 66. Certains vivotent tant bien que mal, beaucoup ont déserté la campagne pour s’installer sur la côte ouest.


Donner vie à des voitures

Comment vos voitures sont-elles devenues des personnages ?
Pour donner vie à des objets inanimés, il faut d’abord définir la tête pour déterminer les mouvements du corps et créer l’illusion que le personnage pense. En général, quand on va vers un objet, on commence par le regarder. Nous utilisons ce principe afin de faire croire que les déplacements de nos personnages sont induits par la pensée.
Les phares nous apparaissent assez naturellement comme des yeux. La tête est à l’avant et le corps à l’arrière. Le personnage se profile un peu comme un serpent. Or, il est difficile de donner une impression de longueur. En plaçant les yeux sur le pare-brise, c’est l’ensemble de la voiture qui forme la tête. Le capot symbolise le nez et la bouche se situe au niveau de la calandre et du pare-choc. Cela donne une voiture un peu plus vivante, à la manière d’un personnage à quatre pattes.
Nous tenions à rester fidèles à la matière : le spectateur doit considérer les voitures à la fois comme des personnages à part entière et de véritables automobiles. Grâce aux images de synthèse, nous avions la possibilité de créer de vrais reflets chromés, de belles couleurs métalliques, des pneus en caoutchouc et des pare-brises qui aient l’air authentiques. Cependant, si on déforme une telle création comme si c’était de la pâte à modeler, elle perd toute sa crédibilité. Les animateurs se sont donc efforcés de préserver l’aspect rigide d’une voiture tout en lui donnant du mouvement. Les roues sont en caoutchouc avec des jantes bien brillantes et lorsqu’elles heurtent un trottoir, le pneu s’enfonce légèrement, comme dans la réalité. Nous avons en outre mis au point un système qui restitue avec réalisme les secousses occasionnées par une route cahoteuse. Les personnages ne se servent pas de leurs roues comme de mains. Ils ne font que se pencher un peu et parler.

Les voix sont très importantes dans la construction des personnages…
Absolument. Nous avons suivi les étapes habituelles : premièrement, trouver de grands acteurs ; deuxièmement, étudier leurs voix et leur personnalité pour voir quel personnage leur correspond le mieux. Nous n’accordons guère d’importance à la célébrité des acteurs mais nous sommes tout de même contents quand une star telle que Paul Newman, un fan de voitures, se joint à nous.
Nous choisissons des acteurs capables de s’approprier le rôle, comme Owen Wilson pour Flash McQueen, le personnage principal. Son jeu est riche et original. Par exemple, Flash McQueen a un autocollant avec un éclair qui projette de la lumière. C’est son autocollant porte-bonheur. Chaque personne produit des bruitages différents lorsqu’il s’agit d’imiter une arme ou un klaxon, par exemple. C’est particulièrement vrai chez les enfants. Lors d’une séance d’enregistrement, j’ai demandé à Owen Wilson d’imiter la foudre et il a produit des sons très drôles dont « Kachow ! » auquel je ne m’attendais pas du tout. Cela m’a beaucoup plu et c’est devenu son « cri de guerre » en quelque sorte.
Il en va de même pour Chick Hicks. Michael Keaton a fait un travail formidable. Il s’est inspiré du cri d’Owen Wilson pour en produire un également très drôle et moins tonitruant qui convient parfaitement à son personnage. J’aime échanger ainsi avec les acteurs et travailler sur l’improvisation.
Il faut quatre ans pour faire un film d’animation. Chaque image, chaque pixel nécessite un travail rigoureux. Je profite des séances d’enregistrement pour laisser place à l’improvisation avec des acteurs au jeu riche et spontané, comme Bonnie Hunt qui prête sa voix à Sally la Porsche.

Vous avez choisi des voitures très connues : une Porsche, un bus Volkswagen des années 1960 et une Hudson Hornet des années 1950…
Ma passion m’a incité à choisir des grands symboles de l’industrie automobile. Nous avons veillé à leur authenticité. Même la couleur de notre Hudson 51 est une peinture classiquement utilisée pour les Hornets. Nous nous sommes inspirés de modèles grandeur nature. Nous en avions donné une liste au département du son qui a passé des mois à les dénicher chez des collectionneurs et à les enregistrer. Même les sons sont authentiques !

Pixar est à l’origine de bien des innovations en matière d’animation par images de synthèse. Avez-vous encore innové dans ce domaine avec CARS, QUATRE ROUES ?
C’est la précision que nous avons atteinte qui est vraiment nouvelle. L’image d’une ville desservie par la Route 66 en dit long sur son état d’abandon. Les peintures s’effacent et s’écaillent. L’herbe a poussé entre les briques de murs portant des panneaux publicitaires devenus illisibles et des enseignes lumineuses toutes rouillées. En observant, on voit que cet endroit a une histoire et qu’il était très vivant autrefois. C’est ce sentiment que je voulais restituer, mais l’ordinateur avait du mal à le rendre crédible. Il a fallu du temps à nos animateurs pour parvenir à de bons résultats.
L’ordinateur a tendance à tracer des lignes bien droites, ce qui fausse la vision de notre monde. Dans la réalité, avec le temps, les constructions s’affaissent un peu, les lignes se courbent. Reproduire ce phénomène complexifiait considérablement le travail de création. La ville de Radiator Springs est aussi détaillée qu’un décor de studio. C’était très impressionnant et tellement passionnant que nous nous sommes amusés à l’explorer. Nous sélectionnions un endroit et Jeremy, le directeur de la photographie, réalisait des prises de vue sous différents angles. Nous découvrions alors de nouveaux aspects, comme les montagnes qui apparaissaient en arrière-plan. Nous savions que nous les avions placées là, bien sûr, mais procéder ainsi nous les faisait découvrir sous un angle complètement inédit. Nous avions vraiment l’impression de tourner dans des lieux réels.
Nous avions aussi remarqué que sur ce type de route, les voitures soulèvent toujours de la poussière. J’étais conscient des difficultés que nous allions rencontrer mais c’était essentiel à la crédibilité du film. Je voulais que le spectateur soit toujours pris entre le réalisme des voitures et leur côté extraordinaire, puisqu’elles parlent et sont animées. Qu’il puisse à la fois admirer les chromes et s’émouvoir de ce qui arrive aux personnages…
Après avoir entraîné les spectateurs du monde entier dans le monde magique des jouets, des insectes, des monstres, des poissons et des super héros, les maîtres de la magie et de l’animation des studios Pixar (« Les Indestructibles », « Le Monde de Nemo », « Monstres & Cie »…) et le réalisateur oscarisé John Lasseter (« Toy Story », « Toy Story 2 », « 1001 Pattes ») tracent la route avec une comédie d’aventure sur les chapeaux de roues dans le monde automobile.

Les personnages

FLASH McQUEEN
Flash McQueen est un champion de la course automobile, un jeune bolide qui en veut. Il en a sous le pied et il est bien parti pour devenir la plus jeune voiture à avoir jamais remporté la célèbre Piston Cup. Son seul objectif ? Gagner, et avoir les avantages qui vont avec… Il en rêve depuis toujours. Pourtant, lorsque McQueen se retrouve par hasard dans la petite ville perdue de Radiator Springs, il va faire des rencontres qui vont le pousser à reconsidérer sa route…
 

Box-office au 10 Février 2010

  • 1ère semaine IDF : 102 181 entrées
  • Cumul IDF : 388 575 entrées

  • 1ère semaine France : 438 793 entrées
  • Cumul France : 2 081 296 entrées