Je connais Eric depuis ses tout débuts dans la production. Il avait produit un court métrage de Laurent Heynemann auquel j’avais participé. Il m’a parlé de Cash avant même que le scénario ne soit écrit. Son idée de base m’intéressait vraiment et lorsque j’ai découvert le script achevé quelques mois plus tard, je l’ai trouvé formidable. Impossible de s’arrêter, on veut aller à la page d’après pour savoir. Beaucoup d’images de grands classiques me revenaient,
L'Arnaque, même
Usual Suspects ou
Ocean'S Eleven, mais Cash avait pour moi une dimension en plus : l’humanité et quelque chose d’authentique.
On ne se contente pas d’admirer les protagonistes, on vit l’histoire avec eux. Bien que connaissant l’histoire, le film achevé m’a encore procuré une excellente surprise. On est face à un bel objet, tout est soigné, la musique, le cadre, les décors, les costumes. Tout est haut de gamme avec du rythme, du brio.
Jean Dujardin a quelque chose de Belmondo en héros viril, sympathique, positif. Il est difficile de communiquer sur ce film sans tout dévoiler et ce serait vraiment dommage pour le public. Chaque élément prend sa place à la toute fin et pourtant, il n’y a aucun mensonge pendant le film. C’est la lecture des faits qui se modifie au fil des informations. Eric réussit à tout nous montrer mais on se fait avoir quand même !
Mon personnage, François, est une espèce de maître artisan, un faussaire. Il me fait penser à ces personnages des années cinquante incarnés par Jean Gabinou Paul Frankeur, avec quelque chose de parisien, de concret, à l’aise dans un atelier avec les lunettes sur le bout du nez. D’ailleurs, beaucoup de personnages du film ont ce côté parisien au sens classique du terme.
Le scénario est conçu autour d’une bande de petits futés avec un parfum Ménilmontant ou gamins de Montmartre. Je suis le plus vieux, avec
Roger Dumas qui a lui aussi son côté titi parisien. C’est pourquoi j’ai l’accent de Paris, laissant à
Jean Reno le côté bande internationale. Le film est jubilatoire. En le voyant, j’ai été soufflé par le jeu de tous les comédiens, qui sont tous au mieux de leur forme.

Le rôle de François n’était pas simple parce que c’était le seul personnage à avoir des moments de vérité. Par moments, lui n’est plus dans la manipulation. Il est le seul qui veut vraiment arrêter le casse, s’en éloigner. Cela apportait une autre couleur au film mais ce n’était pas facile à jouer dans l’ambiance globale. C’est le personnage qui amène des moments de panique et de danger. Il donne au spectateur le sentiment d’authenticité : celui-ci ne peut plus douter. L’autre point qui le caractérise, c’est que je l’ai toujours imaginé dans la plainte. Nous en avons parlé dès le départ avec Eric. François geint en permanence ! C’est sûrement pénible pour ses comparses mais c’est assez joyeux pour le spectateur ! Je ne suis pas du tout directif sur le domaine de l’apparence. Ma seule exigence était d’avoir le crâne rasé. Je laissais tout le reste à l’appréciation de la costumière. Elle a fait un boulot admirable –j’ai bien fait de ne pas y mettre mon grain de sel !
J’aime beaucoup les scènes dans la salle de billard. Je les trouve jolies et elles renvoient à un imaginaire cinéma qui rappelle bon nombre de classiques. Il y a une atmosphère. Là encore, Eric a su jouer avec l’image que l’on a des choses pour mieux nous balader. Certaines scènes, comme celle où je joue les milliardaires dans un palace en pédalant sur mon vélo avec mon coach, étaient très drôles à tourner. Le tournage a été idyllique. Travailler avec Eric et tous ces acteurs qui avaient une vraie complicité était un pur bonheur. Eric a su, par son calme olympien, son sang-froid absolument extraordinaire, créer une ambiance sur le plateau où tout le monde était détendu, sympathique. Je crois que nous étions tous heureux de jouer un bon tour aux spectateurs. Nous savions quel plaisir ils prendraient à découvrir l’histoire et je crois que cela nous motivait dans notre fonction de comédiens. Le fait est que même en connaissant l’histoire, j’ai vraiment été bluffé par ce film. Il vous donne du plaisir et l’impression que vous avez quelques neurones en plus ! C’est une belle expérience.