Notes de Prod. : Ce cher mois d'août

    en DVD le 23 Septembre 2010

Secrets de tournage...

D’une chanson à l’autre, de bal en bal, de nuit en nuit, de village en village, de paysage en paysage, c’est d’abord ainsi, avec toute la patience et l’amour pour les bruits de la vie, que nous arrivent les personnages et leurs récits. Un documentaire qui verse dans la fiction, alors? Si l’on veut. Mais dans une bascule qui prend son temps. Le temps, vaguement désœuvré, d’un mois d’août en Arganil, cette région pauvre et dépeuplée baptisée « cœur du Portugal » où viennent s’égayer et s’égarer quelques touristes, où les locaux reviennent de leur exil urbain. Le temps aussi, et surtout, de guetter l’éclosion lente d’un fantastique du quotidien. Construction organique qui reflète fidèlement la manière dont Miguel Gomes a entrepris ce second long-métrage. Si un trio amoureux un peu grinçant, un père, sa fille et le cousin de celle-ci, fabriquait l’intrigue initiale, manquait à ces personnages leur corps. Gomes a choisi de chercher leur incarnation sur place.A longuement filmer les lieux dans sa quête d’acteurs, il a trouvé en même temps d’autres histoires, des légendes miniatures qui s’entrecroisent et prennent petit à petit le poids des énigmes.

L’Arganil ne se contente plus d’être un décor pittoresque, Ce Cher Mois D'Août en fait une terre où le mythique reste possible, mais avec assez de pudeur pour ne pas dire son nom. Et c’est pourquoi le tournage se permet d’entrer clandestinement, et par touches très discrètes, presque de petits accidents, dans le film. Non pour rejouer une énième mise en abîme, mais pour que chaque place, chaque rôle puisse à la fois sourire de son sérieux, et trouver, entre le fabriqué et le hasardeux, une libre correspondance. Lier les choses par la grâce de leur mouvement plutôt que par l’artifice d’un scénario stérilement autoritaire, voilà le choix de ce film, à l’image de ces dominos que le personnage du réalisateur, Gomes lui-même, arrange pour les faire s’affaisser soudain en une longue traîne blanche à ras du sol. Il y gagne, et nous avec, de laisser place au mystérieux, d’entendre ce qu’on ne voit pas, ainsi que le preneur du son le revendique à la fin du film: créer du merveilleux avec les moyens du bord. Manifeste de modestie, certes, mais qui refuse de céder sur les puissances d’un enchantement à cueillir ici ou là.

La vie n’est pas toujours simple, mes amis! En juillet 2006, une petite calamité survient. Le tournage du film, prévu pour le mois suivant, est reporté à une date incertaine. Il manque de l’argent à la production pour un scénario exigeant d’être tourné à l’intérieur du Portugal pendant les fêtes du mois d’août, et des options de casting du réalisateur. Rapidement remis du choc, celui-ci décide de partir sur le terrain avec une caméra 16mm et une équipe composée de cinq éléments – petite mais brave! –et filmer tout ce qui lui semblait digne d’être enregistré, se compromettant à recomposer la fiction en conformité. Cette histoire et celles qui l’ont suivies, vous pourrez les retrouver dans le film; bien que, par amour de la vérité, on se doit de reconnaître que les apparences sont trompeuses et que certains réalisateurs ont une tendance à la mystification. Documentaire? Fiction? Au milieu de ce film, on voit un pont: le pont roman de Coja sur la rivière Alva, duquel se jette Paulo «meunier». Sans vouloir me faire passer pour Confucius, je dirais que depuis n’importe lequel des bords que le pont relie, on peut voir parfaitement l’autre. Et que la rivière est toujours la même.

 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 68 entrées
  • 1er jour IDF : 305 entrées
  • 1ère semaine IDF : 2 641 entrées
  • Cumul IDF : 6 119 entrées

  • 1er jour France : 384 entrées
  • 1ère semaine France : 3 837 entrées
  • Cumul France : 9 786 entrées