L'équipe parle du film
Le goût du cinéma
« J’ai grandi en regardant la télévision, puis à l’adolescence j’ai découvert le cinéma, qui a pris le relais. C’est un art qui m’a toujours passionné. Tout jeune, j’étais plutôt fan de cinéma américain, mais le goût du cinéma français est venu avec la maturité. La réalisation m’a intéressé très tôt, dès que l’on a commencé à faire des sketches avec Kad. Il fallait alors décider des axes caméra et c’était toujours moi qui mettais en scène et qui montais. Cela s’est fait naturellement, je m’en occupais et je me suis rendu compte que cela ne répondait pas seulement à une nécessité, mais aussi à un goût. J’aime ça ! »
L’origine et l’évolution du projet
« Cyril Colbeau-justin, Jean-baptiste Dupont et Alain Terzian sont venus me proposer . Il s’agissait d’une adaptation de la bande dessinée de Dupuy-Berbérian, «Monsieur Jean», sur laquelle Michel Delgado et Jean-paul Bathany avaient déjà travaillé. J’ai d’abord été hésitant parce que je me demandais si j’étais capable de m’en occuper, et c’est là qu’Alain Terzian m’a proposé de me le réapproprier complètement en me laissant carte blanche. Je n’ai pas lu la BD et avec Jean-paul Bathany, nous avons donc tout repris pour rapprocher vraiment le projet de mon univers. On a gardé les personnages et la trame et on a travaillé.
La première version était beaucoup plus romantique. Il ne s’agissait pas pour moi d’effacer cet aspect-là, mais de le mélanger à de la comédie. J’avais envie que le spectateur puisse vraiment rire entre deux moments d’émotion, voire pendant ! Je n’avais pas trop d’inquiétude sur l’humour parce que j’ai un peu d’expérience, mais j’étais plus timide sur la romance ! Alors j’ai avancé pas à pas en écoutant, en me posant beaucoup de questions, en demandant l’avis des comédiens et des proches collaborateurs. On a vraiment fait un travail d’équipe. (…) Le ton du film s’est défini naturellement. Je n’ai pas cherché le décalage systématique par rapport à une comédie romantique classique. Je suis rentré dans l’histoire, et c’est l’approche que nous en avons eue et ce que je suis qui lui ont donné son propre ton. Il ne s’agissait pas d’être parodique ou cynique, mais de raconter une romance atypique avec un esprit qui n’est pas celui habituellement employé pour ces films. Nous avons aussi travaillé pour valoriser le potentiel de la situation de départ, qui est originale. Le socle du film, ce n’est pas un amour aussi idéalisé qu’improbable. L’attachement entre Lætitia et Alex est là. Toute la question est de savoir s’ils peuvent passer à l’étape suivante et vivre ensemble pour de bon. »
 L’influence du monde de la comédie et de l’impro
« L’enjeu était de densifier toutes les scènes, de ne jamais se contenter d’une situation ou d’un dialogue alors que je sentais que l’on pouvait l’emmener plus loin. Nous n’avons eu que cinq semaines de préparation et un mois de réécriture, mais le processus s’est prolongé jusque pendant le tournage. L’expérience des sketches et de la télévision où nous écrivions pour le jour même nous a appris à être réactifs, à décider très vite et à ne pas hésiter à changer. (…) Cette façon de travailler rapide, ouverte, nous a permis de ne jamais nous laisser enfermer dans quelque chose qui ne nous emballait pas. Quelquefois, la veille du tournage, je retouchais, je proposais aux comédiens et soit ils étaient d’accord, soit ils rebondissaient sur mes idées pour aller encore plus loin. C’était un processus très vivant, qui a encore renforcé l’esprit d’équipe et nous a permis de vraiment aboutir l’histoire, les personnages et les dialogues. C’est ainsi qu’est née la scène de lit entre Mélanie Doutey et Philippe Lefebvre, qui parlent de la façon dont ils ont fait l’amour comme d’un concert. Entre Jean-Paul qui est scénariste, Philippe Lefebvre qui l’est aussi et Kad et Mélanie qui ont d’excellentes idées, nous avions de quoi faire ! »
Le choix des acteurs
« Il y a très longtemps que je voulais travailler avec Mélanie Doutey (…). JeanPaul était déjà sur le projet. J’avais eu l’occasion de travailler avec lui sur des sketches et au cinéma en tant qu’acteur. Paradoxalement, on se connaissait plus par l’aspect collègues de comédie que personnellement, et j’ai eu l’occasion de le découvrir humainement sur ce film. C’est quelqu’un de profond, d’humain, qui réfléchit beaucoup. J’aimais aussi l’idée que l’on puisse le découvrir dans un registre inédit, où il apparaît plus tendre, plus serein, sans rien perdre de son humour. (…) Je trouve que lui et Mélanie sont cohérents, les personnages qu’ils ont composés fonctionnent mal à la perfection ! Le rôle de Mélanie était exigeant parce qu’elle devait avoir le charme, mais aussi l’énergie, le côté pétillant. Elle devait pouvoir mener le jeu tout en étant fragile. Dès le premier jour de tournage, j’ai été impressionné. Elle dégage quelque chose de spontané, de vif et de tendre tout en étant crédible en manipulatrice qui va prendre Alex à son propre jeu.»
 « Une des choses qui m’ont attiré sur ce projet, c’est le fait que ce soit une comédie sentimentale construite à l’envers. Dans une comédie romantique classique, deux personnes qui n’ont rien à faire ensemble vont se découvrir et fi nir par se rapprocher. Là, c’est le contraire. Alex et Lætitia ont tout à faire ensemble, mais ils veulent se séparer ! Le point de départ de ce film est la fin d’une comédie romantique traditionnelle. (…)
Je connaissais Olivier pour avoir joué avec lui sur «La Grosse Émission», mais je n’avais jamais travaillé avec lui en tant que metteur en scène et moi acteur. Il est d’une précision incroyable. Il propose toujours des pistes de jeu auxquelles on n’a pas pensé, il vous amène là où vous ne vous attendiez pas. Il invente, il écoute, il rebondit ; avec lui, la mise en scène est toujours vivante ! (…)
Mélanie, je la connais bien dans la vie, mais nous n’avions jamais joué ensemble. C’est une personne très attachante. Au-delà de sa beauté et du glamour, elle a un côté «mec» que j’aime beaucoup. On peut rire avec elle ! Je trouve que le film met en valeur des aspects de sa personnalité et de son talent que l’on n’avait pas forcément beaucoup vu jusque-là. J’avais envie de jouer avec elle, j’aime ce qu’elle fait en tant que comédienne, elle envoie bien, elle s’adapte super vite et elle a énormément de métier. Jouer avec elle est un plaisir. (…)
Je connaissais Kad, comme Olivier, pour avoir joué avec lui. Je l’aime vraiment beaucoup comme acteur, depuis toujours. Que ce soit dans les sketches ou dans le film pour lequel il a remporté un César, il est toujours au même niveau. Il n’y a rien à faire : quand on joue bien on joue bien ! C’est un vrai acteur. Il s’en fout d’être bien, il veut être le personnage. Seul petit problème avec lui, nous sommes aussi rieurs l’un que l’autre et on attrape des fous rires terribles sur presque toutes les scènes. Olivier était derrière le combo, il riait aussi et savait nous laisser le temps de nous calmer.
(…) Il y en avait par contre deux (scènes) que j’appréhendais (...). Celles où l’intimité, la fragilité du personnage s’expose, et je suis toujours timide avec ça. J’ai du mal avec la sincérité amoureuse ! Mélanie a été très bien et m’a aidé. J’ai toujours tendance à prendre ce genre de moment par le biais, je fais le malin et je balance une petite blague... Olivier et elle m’ont poussé à me lâcher plus.
Le film était plutôt écrit, mais on pouvait parfois rajouter des petites choses. Comme Olivier est aussi auteur, il est très réactif, et il n’hésitait jamais à modifier pour améliorer. Il était très ouvert, avec toujours de bonnes idées. Il a le sens du rythme et de la comédie. Le découvrir comme metteur en scène est un des excellents souvenirs que me laisse ce film.(…) »
 « La façon dont Olivier a abordé les personnages, le décalage qu’il a apporté, l’humour et le rythme ont rendu le projet encore plus intéressant. Même si Olivier a beaucoup d’expérience, c’est son premier film et j’aime l’énergie spécifique qu’il offre. Je suis toujours heureuse de voir quelqu’un s’épanouir à travers sa passion. J’étais curieuse de le voir s’attaquer à une fiction d’une heure et demie et sur un sujet où on ne l’attendait pas forcément. Il y avait là un mélange prometteur.
Le fait de jouer avec Jean-Paul m’attirait également beaucoup. C’est quelqu’un que j’apprécie énormément, et le voir dans un rôle aussi inhabituel était intéressant. (…) Ce qu’il y a de génial avec Jean-Paul, c’est qu’il est d’une sincérité absolue dans tout ce qu’il fait. Quand on joue, il est complètement dans la scène. Il ne joue jamais en donnant l’idée que le moment de la vanne approche. (…) C’est en plus quelqu’un d’extrêmement généreux dans son jeu. Il joue avec vous. Il m’a mise en confiance, il a pris le temps de me donner quelques trucs. C’est aussi quelqu’un qui s’adapte remarquablement vite.
À mes yeux, une des qualités du scénario était de proposer un personnage féminin fort sur lequel repose aussi une partie de l’énergie comique. Souvent, les femmes se contentent d’être un enjeu et de réagir alors qu’en l’occurrence, Lætitia n’est pas dupe. J’aimais beaucoup ces aspects-là, qui sont assez atypiques. (…)
L’autre envie était de jouer tout cela face à Jean-Paul d’abord, mais aussi face à Kad, et le tout sous le regard d’Olivier. De par leur expérience dans les sketches, tous trois ont une maîtrise à laquelle se frotter était un vrai bonheur. Même si chaque film est l’occasion d’apprendre encore plus, celui-là m’a permis de travailler avec une fraîcheur, une curiosité et une réactivité exceptionnelles. (…) J’ai rarement travaillé avec des gens d’une telle écoute.
(…) J’aime le rythme de la comédie, ce film me l’a encore confirmé. Ce rôle est un cadeau, Lætitia est un personnage comme on en voit peu au cinéma. En découvrant le film terminé, je me suis amusée, mais j’en suis aussi ressortie avec un sentiment de douceur, d’affection, comme après un bon moment passé avec des amis. »
 « Jacques est l’éditeur d’Alex, mais c’est aussi son pote. Il a un gamin, Eugène, qui le ramène un peu sur Terre et lui donne de l’épaisseur. J’aimais bien que derrière ce type un peu revenu de tout et excentrique, on sente une humanité. Il n’est pas fait pour le quotidien et le scénario était très bien écrit à ce sujet, il suffisait de se glisser dedans. Quand on le voit découvrir une cuisine, on comprend le bonhomme... On peut cependant compter sur lui. Il a bon cœur, mais il ne fallait pas le sortir de Paris pour l’emmener en Normandie. Ce genre d’individu ne survit pas au-delà du périph’, après, il étouffe !
J’ai bien aimé interpréter les scènes où mon personnage doit jouer la comédie et faire semblant. Il se retrouve en porte-à-faux et même si c’est assez difficile à jouer, c’est génial. Il faut jouer à la fois assez pour que le spectateur lise dans son jeu et pas trop pour qu’il reste crédible face aux autres protagonistes. Le tout est d’impliquer le spectateur sans se trahir dans la scène. Avec Olivier, on a déjà pratiqué cela dans nos sketches, et c’est un excellent directeur d’acteurs.
Avec Jean-Paul, j’avais eu l’occasion de travailler sur «La Grosse Émission» et nous avions un peu peur parce qu’à plusieurs reprises, notamment sur Qui A Tué Pamela Rose ? où il jouait le flic, nous avions eu un énorme fou rire, du genre de ceux qui font mal. Nous redoutions ce qui pouvait arriver si nos regards se croisaient... Nous avons eu beaucoup de moments joyeux, mais pas au point de gêner le travail. En plus, Jean-Paul apparaît ici dans un registre un peu nouveau pour lui.
Pour moi, c’est un film forcément essentiel parce que c’est le premier film d’Olivier et que même si on prépare son deuxième ensemble, celui-là est très important. Pour moi le besoin de mettre en scène n’est pas absolu. J’y pense parfois mais je suis tellement heureux dans mon travail d’acteur que je risque de prendre mon temps. Il m’arrive d’y penser, je sais ce que je veux raconter, je me suis même dit que j’avais déjà le début de mon film, mais je vais y aller à mon rythme, quitte à me laisser surprendre ! »
Les anecdotes de…
Olivier Baroux
« C’est (…) Mélanie qui a eu l’idée qu’Alex ne soit pas le seul à tromper sa partenaire et qu’il y ait une réciprocité de la part de Lætitia. Elle avait raison ! Pourquoi la jeune femme aurait-elle été seulement une victime comme c’est souvent le cas ? Ce genre d’apport a nourri le décalage et la richesse des situations. »
« (…)Tourner à New York sur le pont de Brooklyn restera un moment très fort. Me retrouver en hélico, au-dessus de cet endroit mythique, est inoubliable. J’étais sur un nuage, épuisé, c’était le dernier jour de tournage, j’avais toutes les images dans la tête et toutes les émotions dans le cœur. C’était géant ! »
Jean-paul Rouve
« Pour la scène où je déambule déguisé en Père Noël, Olivier avait besoin de Times Square désert. On n’avait pas l’autorisation, c’est un plan volé ! On y est allé à quatre heures du matin il n’y a qu’à ces heures-là que cet endroit est à peu près vide. J’étais en Père Noël, la caméra était cachée dans un van. On a débarqué, on a posé le matériel, et hop ! Juste quand on finissait, un flic est arrivé ! Heureusement, il a été super cool. »
Kad Merad
« Il y a de cela quelque temps, j’ai vécu un an dans le 6ème arrondissement, le quartier des maisons d’édition, et un jour, j’ai croisé un type qui pourrait être Jacques. Il était éditeur, à la fois dandy, bobo, habillé avec un costume et un manteau comme seules des rock stars peuvent en porter. Je l’ai vu s’acheter des truffes à 1 500 euros le kilo qu’il mangeait ensuite comme des Ferrero Roche d’Or ! Il était hors du monde, il ne faisait plus attention ni à l’argent ni à la vie, planant dans son univers. Je n’ai jamais oublié ce gars et lorsqu’on a parlé du personnage avec Olivier, c’est son image qui m’est venue. C’est pour cela que j’ai proposé les cheveux longs filasse et les costumes en velours fuchsia. » |
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