«Ceci n’est pas un appartement lumineux à Téhéran,
Jafar Panahi convie son ami Mojtaba
Mirtahmasb à le rejoindre d’urgence. Il a besoin d’un alter ego pour entreprendre
un transformé. C’est le risque à prendre et la raison pour laquelle cet étrange objet
cinématographique et passionnant a pour titre de dissuader la censure, manière aussi de dire qu’il est en quelque sorte l’esquisse d’un la condamnation au silence pèsera sur les épaules du cinéaste Panahi. Mais ce dernier a un talent extraordinaire pour tisser un récit à partir de peu. Assis dans sa cuisine, il prend son petit déjeuner tout en parlant au téléphone avec son avocate. Ainsi les nouvelles du monde lui parviennent, et il nous fait l’amitié de
nous les transmettre aussitôt en direct. A un moment, il raconte l’histoire d’un film qu'il aimerait réaliser, lit quelques pages du scénario et se met à mimer la mise en scène dans son salon, inscrivant les marques sur un tapis délimitant l’espace, le champ et le hors-champ.Pur moment de mise en scène. Le cinéma, comme un rêve éveillé. Le cinéma, d’abord espace mental, virtuel.
Jafar Panahi, mieux qu’un autre, vit et respire au rythme de cette idée, de cette pulsion. Seul chez lui, en compagnie de son iguane (en fait celui de sa
et rêvant, parlant à voix haute ou se taisant,
Jafar Panahi avec nous, et nous
avec lui : nous appartenons au même monde.
On ne dira jamais assez l’impact positif des petites caméras numériques qui
permettent à ce genre de film d'exister pour trois francs six sous, avec une image impeccable, un son tout à fait convenable. Le film de
Jafar Panahi et
Mojtaba Mirtahmasb est sorti d’Iran dans une clé USB cachée à l’intérieur d’un gâteau qu’une femme a transporté jusqu’à Paris. C’est ainsi que le Festival de Cannes qui prit l’heureuse initiative de le programmer. Le Festival de Cannes sert à beaucoup de choses, mais aussi à protéger les cinéastes en danger.»
Serge Toubiana
http://blog.cinematheque.fr/