Comment est né ce projet de réalisation ?
Cela a commencé avec l’envie de raconter une histoire, cette histoire. Une fois qu’elle a été terminée, elle a été lue, et puis petit à petit la petite roue a entraîné la grande. L’avance sur recettes m’a donné confiance en moi, cela a été un moteur incroyable ! et puis il y a eu
Paulo Branco! Il s’est engagé dans l’aventure sans avoir peur ni de mon inexpérience, ni de rien. Claude Berri a également été important au moment de chercher de l’argent, et Gérard Depardieu et Micheline Rozan…
Racontez-nous le premier jour de tournage de Fanny, metteur en scène…
Je me souviens que le premier jour de tournage c’était la scène entre Pashko (
Abraham Belaga) et Ilaria (
Madalina Constantin), au bord de la rivière. Nous nous sommes levés de très bonne heure. Je suis arrivée dans une prairie au milieu de la brume. Il n’y avait personne et je suis restée longtemps au bord de l’eau à imaginer les répliques des deux personnages. Tout à coup, quand je me suis retournée, j’ai vu des camions, des caravanes, des chevaux, des tentes, des voitures, toute une vie qui attendait. Voilà, c’était parti. c’est à ce moment précis que tout est devenu concret.
Comment se sont passés vos rapports avec l’équipe de tournage ?
Ils m’ont tous protégée, soutenue, conseillée. J’étais toujours partagée entre l’imaginaire et le concret. J’aimais que
Gérard De Battista me pose des questions. Je lui parlais en termes bizarres et lui il traduisait en objectif, en travelling et en panoramique.
Pierre Tucat, le chef du son, aussi m’a beaucoup appris sur la patience, l’écoute et le détail.
Comment s’était faite la rencontre avec Gérard De Battista, votre chef opérateur ?
Je le connaissais déjà car il avait travaillé en Hd la lumière de
Roman De Gare de Claude Lelouch, que j’avais beaucoup aimée. Puis j’avais vu le film de Miller
Un Secret, sur lequel il avait également travaillé, et qui m’intéressait. Nous sommes partis avec une toute petite équipe : l’ingénieur du son, Gérard pour le cadre et la lumière, le pointeur et
Marion Pin, la scripte, que je retrouvais aussi aprés le film de Lelouch.
Isabel Branco nous a rejoints, une décoratrice et costumière qui rien n’était impossible et qui dans les conditions les plus difficiles avait toujours une solution.
Beaucoup de protagonistes portent une infirmité(Mira est sourde, l’une des soeurs boîte, Louppos a une cicatrice au cou)…
L’histoire de la violence est inscrite dans les cicatrices, visibles ou invisibles. La violence n’est pas uniquement dans les coups ! Tout ce que l’on perd ou ce que l’on gagne arrive souvent par une sorte de violence, ce que l’on subit aussi. Nous portons en nous des sortes de cicatrices, faites de tout ce que l’on a accepté. en racontant l’histoire de cette famille, je voulais parler de l’empreinte que peut laisser la violence, la terreur sur les êtres humains, l’autorité de la loi, l’humiliation…
Vous pensez déjà à un autre scénario ?
Cela passera de toute façon par le fait de raconter une histoire. Je pense que c’est parce que j’ai adoré que l’on m’en raconte. Je ne regarde pas la télévision, je ne lis pas les journaux, et les nouvelles me viennent toujours par le prisme de quelqu’un. C’est le récit qui me donne envie d’écouter la suite. La morale aussi, pour moi, est toujours passée par une histoire.