Notes de Prod. : Charlie et la Chocolaterie

Adapter Charlie et la Chocolaterie au cinéma

En 1969, la fille de Mel Stuart âgée de douze ans vient voir son père avec un livre de Roald Dahl dans les mains. Elle lui annonce qu’elle avait lu Charlie et la chocolaterie trois fois de suite : « Papa, je veux que tu fasses un film.»

Pour Mel Stuart qui travaillait à la télévision et réalisait surtout des documentaires, filmer un livre surréaliste comme Charlie et la chocolaterie n’était pas évident. Mais il était fasciné par la façon bizarre et amusante de raconter une simple morale qui récompense la vertu et punie la vilenie.

Décidé à adapter à l’écran Charlie et la chocolaterie, Mel Stuart s’adresse à son ami producteur David L. Wolper qui arrivait toujours à concrétiser tous les projets de Stuart. Avec un producteur de bonbons comme investisseur il achète les droits du livre. Une condition : Wolper doit engager Roald Dahl pour écrire le scénario.

Stuart et Wolper croyaient que Charlie et la Chocolaterie étaient un livre qui contenait tous les éléments pour devenir un film à succès, mais seulement si le bon sens du réalisme pénétrait la fantaisie. Ils ont voulu des changements considérables. Cela a même concerné le personnage principal de Willy Wonka qui dans l’histoire originale était un petit homme dansant avec une barbe noire pointue ce qui ne correspond pas à l’archétype du héros au cinéma.

Pour ce rôle, Stuart cherchait un acteur avec une présence imposante qui pouvait dégager à la fois la folie et l’innocence, à qui on peut faire confiance et se méfier en même temps. Cette ambiguïté devait créer une certaine tension dans les scènes. Il devait aussi savoir chanter. Après une semaine de casting, Gene Wilder est venu se présenter à Stuart et Wolper. Il n’était pas encore au sommet de sa gloire, mais il a commencé à construire sa réputation en jouant dans Bonnie Et Clyde, Les Producteurs et Commencez La Révolution Sans Nous. Son apparence diabolique, son sourire sardonique, ses cheveux et la grâce dans sa manière de se tenir et de bouger faisaient de lui un parfait Willy Wonka. Stuart a proclamé tout de suite son enthousiasme. Wolper était fou furieux de se retrouver en mauvaise position pour négocier le salaire.
Contrairement au personnage de Wonka, Stuart a voulu être le plus proche possible de l’histoire originale pour les cinq rôles principaux des enfants. Plusieurs scénaristes ont participé au développement de l’histoire, ils ont intégré quelques nouveautés, par rapport au premier scénario de Roald Dahl, dont :
- Le personnage de Slugworth, concurrent principal de Wonka
- Le test de l’honnêteté et de l’intégrité avec les bonbons Everlasting Gobstopper,
- La scène de la pièce à bulles où Charlie et Grandpa Joe désobéissent aux ordres de Wonka
- Les scènes de l’école et les moments de danger avant d’arrivée dans la pièce principale de la fabrique.

La punition de Veruca par les écureuils a été transformée à cause des limites des moyens techniques de l’époque. Après avoir lu le script final, Roald Dahl a approuvé les changements.

Pour commencer le tournage, Stuart et Wolper cherchaient un lieu assez grand où ils pouvaient créer la pièce principale de la fabrique avec sa cascade et sa rivière de chocolat.

Pour chercher le lieu de tournage Wolper part en Europe en compagnie de Hank Wynands, le chef décorateur, qui plus tard travaillera avec Mel Brooks pour Le Shérif Est En Prison et Frankenstein Jr Et Harper Goff, directeur artistique de 20000 Lieues Sous Les Mers et Le Voyage Fantastique de Richard Fleisher. Après avoir visité des brasseries et des fabriques de chocolat en Irlande, en Espagne et en Allemagne, ils ont trouvé le lieu idéal au Bavaria Film Studio à Munich.

En 1970, l’année de tournage, aux Etats-Unis la question raciale était très sensible. Dans les illustrations du livre Charlie et la Chocolaterie, les Oompa-Loompas étaient des pygmées noirs importés d’Afrique pour les travaux forcés à la fabrique de Wonka. Un groupe d’acteurs noirs est venu voir Mel Stuart à ce propos. En pensant aux créatures mystérieuses Stuart décide leur attribuer des cheveux verts et des visages oranges. Plus tard dans les illustrations de nouvelles éditions du livre de Dahl, les Oompa-Loompas sont devenus blancs.

Dans un premier temps, Mel Stuart n’avait pas l’intention de mettre des chansons dans son film. Wolper insista que cela pouvait contribuer au succès du film en citant les autres films de l’époque en exemple. Stuart a cédé. Mais quand les chansons ont été prêtes, Mel Stuart a changé d’avis et trouvait désormais cette idée merveilleuse. Par contre, il détestait toujours l’autre idée de Wolper de mettre les paroles des chansons des Oompa-Loompas en animation graphique. Au début des années 70, c’était « très tendance ». Dans cette bataille avec son producteur, Mel Stuart a perdu.

Les auteurs de la musique et des chansons Leslie Bricusse, Anthony Newley et Walter Scharf ont reçu une nomination à l’Oscar pour leur travail dans Charlie et la chocolaterie. Finalement les chansons ont largement contribué au succès du film.

Au début de l’écriture du scénario, l’investisseur Quaker Oats a commencé à travailler sur la formule de la « Wonka Bar ». Quaker Oats devait profiter du film pour lancer la campagne publicitaire de leur nouvelle barre chocolatée. Cela reste une idée très créative et unique à Hollywood malgré le fait que la «Wonka Bar» n’ait jamais été fabriquée.