Une histoire prophétique…
"J'admire l'étonnante longévité de cette histoire", déclare le scénariste
Bill Condon à propos de CHICAGO.
"Créée avec succès en 1926, la pièce de Maurine Dallas Watkins a engendré quantité de comédies satiriques sur la presse américaine. En 1975, Bob Fosse en monta une adaptation musicale, d'une tonalité plus sombre, dénonçant la corruption de notre justice et la vacuité de nos institutions. À l'image d'une bonne partie de l'art populaire des années soixante-dix, ce spectacle reflétait les traumatismes du Vietnam et du Watergate. En 1996, la reprise de "Chicago", à la suite du procès Simpson, remit en lumière sa dimension showbiz, suscitant du même coup une nouvelle lecture. Aujourd'hui, les spectateurs de l'ère "post-Monica" devraient apprécier le propos, après avoir vu s'amenuiser de façon critique la frontière entre célébrité et notoriété."
"CHICAGO est une comédie euphorique, avec un arrière-plan assez noir, traitant de l'idolâtrie et de la perversion de la célébrité", complète le réalisateur et chorégraphe
Rob Marshall.
Chroniqueuse au Chicago Tribune, Maurine Watkins s'était inspirée d'un procès à sensation des années vingt pour écrire "Chicago", qui fut portée à l'écran dès 1927. En 1942, William Wellman en tourna, chez Twentieth Century Fox, une nouvelle version : ROXIE HART, avec Ginger Rogers dans le rôle-titre et Adolphe Menjou dans celui de Billy Flynn.
Ancrée à l'origine en un temps et un lieu précis, la comédie "assassine" de Watkins s'est avérée prophétique par sa satire des médias et de la manipulation.
En 1975, trois des plus grands noms de Broadway : les compositeurs/paroliers John Kander et Fred Ebb et le metteur en scène/chorégraphe Bob Fosse, décidèrent de transformer "Chicago" en comédie musicale. Deux actrices et danseuses de légende, Gwen Verdon et Chita Rivera, y créèrent respectivement les personnages de Roxie et Velma, et le succès fut au rendez-vous, prouvant une fois de plus que meurtre, corruption et séduction sont des ingrédients dramatiques à toute épreuve. Deux autres facteurs, décisifs, contribuèrent à cette réussite : les paroles et les mélodies de Kander et Ebb redonnèrent un coup de jeune à l'histoire et en renforcèrent l'universalité ; Bob Fosse y ajouta la vigueur rythmique et l'intense sensualité propres à ses chorégraphies.
Rob Marshall :
"Le spectacle avait été conçu comme une revue de music-hall, où les personnages s'adressaient directement au public au lieu de se parler/chanter les uns aux autres. Difficile à faire passer au cinéma."
C'est Marshall qui allait trouver la solution.
Familier du musical, il avait déjà collaboré avec les producteurs exécutifs
Neil Meron et
Craig Zadan sur leurs adaptations télévisées d'"Annie" (qui lui avait rapporté l'Emmy) et "Cendrillon". Il avait en outre chorégraphié la reprise de "Cabaret" de Kander et Ebb et cosigné sa mise en scène avec Sam Mendes.
Sa proposition consista à transformer les numéros musicaux en projections mentales de Roxie Hart. Le film se déroulerait ainsi sur deux niveaux : la réalité de Chicago durant la Prohibition et la vision fantasmatique de ce monde par l'héroïne. Cette solution résolvait avec brio un problème sur lequel avaient achoppé plusieurs scénaristes et réalisateurs. Elle
Rob Marshall :
"Il fallait impliquer le spectateur dans le film, sachant qu'on ne peut escamoter le "quatrième mur" comme au théâtre. Roxie Hart, qui rêve désespérément de monter sur scène, voit sa vie imaginaire défiler dans ces séquences musicales. Le film devient ainsi une seule histoire, à cheval entre deux réalités. Nous ne cherchons pas à occulter la dimension scénique des numéros musicaux, nous les plaçons clairement sur scène."
Séduits par l'ingéniosité de cette proposition, Weinstein et Richards donnèrent le feu vert au réalisateur.
Plaisir d'écrire…
Rob Marshall :
"Nous avons alors rencontré de nombreux auteurs et scénaristes pour mettre sur le papier cette "révision" de "Chicago". Bill Condon s'est tout de suite imposé à moi. Complice fraternel, grand amateur de comédies musicales, il adorait "Chicago" et savait d'instinct comment l'adapter au cinéma."
Bill Condon :
"Rob, qui mène au théâtre une brillante carrière, a collaboré avec des géants comme Jerome Robbins et Harold Prince. Travailler avec lui fut un bonheur. Cela fut aussi une chance d'apprendre des choses auprès d'un homme qui a su profiter de l'enseignement des grands maîtres avant d'en devenir un son tour.
Après avoir décidé de créer ces deux mondes, le challenge consista à étoffer la psychologie de Roxie sans trahir sa nature profonde ni l'édulcorer. Cette fille est foncièrement ambitieuse et égoïste, mais il y a quelque chose de sympathique en elle."
Le concept, novateur, de Marshall donne lieu à quantité d'habiles transitions entre la scène et la réalité. "Mais", ainsi que le souligne Condon,
"ces trouvailles ne tiendraient pas la route si Rob ne les avait aussi brillamment exécutées. Écrit avec amour et réalisé par un pro, CHICAGO me paraît être plus et mieux que la transposition hollywoodienne d'un grand spectacle. Quant aux thèmes originaux, ils n'ont rien perdu de leur impact : la corruption de nos institutions judiciaires, le culte pathologique des idoles trouvent leur expression idéale dans les efforts désespérés de Roxie pour séduire le public."
À la recherche de Roxie Hart…
Les altérations opérées par Condon et Marshall ne renforcent pas seulement la fluidité du récit. Elles enrichissent le personnage central et soulignent sa complexité en projetant sur scène ses désirs, ses rêves et ses pensées intimes.
"C'est une bénédiction que Renée Zellweger l'a joué, car elle a su donner sa pleine dimension à Roxie et en éclairer toutes les facettes", déclare
Bill Condon.
Au fil d'une carrière singulièrement diverse, la jeune actrice a interprété une mère célibataire (JERRY MAGUIRE), une serveuse avide de feuilletons à l'eau de rose (NURSE BETTY), une journaliste confrontée à la mort de sa mère (CONTRE-JOUR) et l'emblématique Anglaise des temps modernes, Bridget Jones.
Les producteurs et le réalisateur de CHICAGO ne furent donc pas surpris d'apprendre que la petite Texane avait aussi des dons pour la danse et le chant.
Robert Marshall :
"Cette jeune femme adore se lancer des défis. Elle travaille dur et aime à élargir le champ de ses possibilités. C'est une athlète qui bouge admirablement et a un sens très sûr de son corps. Le langage de la danse lui était relativement nouveau, mais elle avait le nécessaire pour le maîtriser : style, sensibilité et coordination."
Richard Gere, qui interprète l'avocat retors Billy Flynn, pense que la nouvelle Roxie n'aurait jamais pris cette dimension sans
Renée Zellweger :
"Elle apporte au personnage quelque chose d'ineffable qui vous serre le cœur."
Renée Zellweger :
"Roxie aspire de toutes ses forces à la gloire, croyant que l'idolâtrie des foules lui apportera ce dont elle a tant besoin : amour, respect et amour-propre. Ce ne sont hélas que des illusions".
"Rob Marshall est animé d'une passion contagieuse", poursuit l'actrice.
"Il a été incroyablement positif et encourageant. Sa bonne humeur et sa gentillesse nous ont tous mis dans les meilleures dispositions et nous ont encouragés à donner le maximum."
Les répétitions…
Tous les acteurs, y compris Gere,
Christine Baranski et
Catherine Zeta-jones, se prêtèrent à deux mois de répétitions intensives.
Queen Latifah :
"Nous disposions d'assistants chorégraphes pour nous guider dans les numéros dansés, de professeurs de chant, de répétiteurs pour la comédie. Leurs interventions s'enchaînant sans discontinuer, cela représenta un effort conséquent, mais gratifiant et très profitable."
Renée Zellweger :
"On avait un peu l'impression de se retrouver en classe. Pendant que je chantais sur un accompagnement de piano, Richard faisait des claquettes et Catherine répétait dans son coin "All That Jazz". Puis nous permutions, et ainsi de suite à longueur de journées. Une expérience mémorable!"
Rob Marshall :
"Nous avons travaillé très dur durant cette période, mais c'est ce que tout le monde souhaitait. Catherine désirait retrouver ses racines. Totalement à l'aise devant le miroir, entourée de danseurs, elle était au septième ciel. Pour Renée, c'était une expérience sans précédent, où elle a investi toute son énergie. Quant à Richard, il adorait l'ambiance euphorique et la camaraderie ambiante.
Lorsque vous répétez ainsi pendant six semaines, des liens étroits se nouent entre artistes. Si vous ajoutez à ces stars Queen Latifah, John C. Reilly, Christine Baranski et tout ces merveilleux danseurs, vous obtenez une vraie troupe, assez rodée pour monter sur scène !"
Danses et chansons…
"Une semaine a suffi pour enregistrer les quinze chansons du film", se félicite la directrice musicale Maureen Crowe. "Chacun a conféré à ces airs un style distinct, lié à son expérience d'acteur autant qu'à la nature du rôle. Je les trouve tous extraordinaires. C'est un rêve de collaborer avec de tels talents."
Les acteurs travaillèrent jusqu'à 14 heures par jour pour assimiler la chorégraphie de Marshall. Cet entraînement se poursuivit durant le tournage, les interprètes se retrouvant même le samedi pour peaufiner les numéros qui seraient filmés la semaine suivante.
"Chaque numéro possède son propre style", explique le chorégraphe adjoint
Joey Pizzi.
"Nous nous sommes documentés sur les années vingt pour incorporer des danses d'époque. Certains numéros font référence à de grands artistes de music-hall, d'autres s'inspirent du cinéma. On retrouve ainsi le charleston dans "Both Reached for the Gun", le tango dans le chœur des tueuses, les Ziegfeld Follies dans "All He Cares About Is Love", le style de la meneuse de revue Sophie Tucker dans "When You're Good To Mama", la comédie musicale "Show Boat" dans "Funny Honey" et le film KING OF JAZZ dans le duo final de Catherine et Renée."
Toutes les danses sont des créations originales de
Rob Marshall, entouré de ses collaborateurs habituels : Pizzi, l'assistante chorégraphe Denise Faye, la chorégraphe associée Cynthia Onrubia et le superviseur John DeLuca.
Les costumes…
Colleen Atwood associa les modes vestimentaires et les grands courants artistiques des années vingt – art déco, cubisme, Bauhaus – dans la création des costumes sexy et rutilants de CHICAGO.
Colleen Atwood :
"CHICAGO est à la fois un film d'époque et un film théâtral, qu'il convenait d'aborder avec une sensibilité actuelle. L'objectif premier, défini par Rob, était de distinguer clairement le monde réel de l'imaginaire. Il fallait ensuite penser les costumes en fonction des numéros dansés, dont chacun forme une entité distincte. Mais il fallait aussi que ces costumes reflètent les personnalités des protagonistes, qui se révèlent chacune d'une manière différente. Celle de Roxie était la plus complexe : ancrée dans la réalité, elle nous entraîne périodiquement dans un monde de rêve dont tous les personnages sont alors vus à travers son regard. Dans la partie réelle, la palette de Roxie est quasiment couleur chair, tandis que dans la partie fantasmée, les couleurs sont plus franches, plus vibrantes. Velma, qui possède une très forte personnalité, affiche en revanche le même look d'un bout à l'autre, avec une préférence marquée pour le noir.
Colleen Atwood a fait un superbe travail, reflétant une vision profondément originale", conclut Rob Marshall. "Elle a compris la liberté et la sexualité des années vingt, et a su très exactement combien de chair il fallait dévoiler."