Comment avez-vous rejoint le projet ?
Véra Belmont cherchait un réalisateur. Mon agent,
Dominique Besnehard, lui a parlé de moi et elle m'a contacté. L'univers de la boxe - comme d'ailleurs le monde des voyous dans J'IRAI AU PARADIS CAR L'ENFER EST ICI, mon précédent film - est un excellent contexte qui permet avant tout de parler de l'homme. À travers CHOK-DEE, j'ai aussi retrouvé beaucoup de mes thèmes de prédilection : l'amitié, l'engagement, le parcours d'un individu qui change, qui élargit sa vision et grandit.
Sachant que le projet était inspiré de la vie de Dida, comment avez-vous approché l'écriture de l'histoire ?
La base de départ est effectivement l'histoire de Dida. Mais contrairement à ce que l'on pourrait penser, il ne s'agissait pas simplement de la transcrire. Nous ne sommes pas dans le documentaire, mais dans le cinéma. CHOK-DEE comporte une grande ;part de fiction. C'est d'ailleurs une chose assez passionnante à équilibrer.
Avec
Christophe Mordellet, le scénariste, nous nous sommes nourris du parcours de Dida pour econstituer le trajet d'un petit voyou qui devient un grand champion. On suit son évolution face à tout ce qui va déterminer son destin. Il affronte beaucoup de phases, et l'un des enjeux était de le montrer tel qu'à ses débuts pour revivre son évolution. Au niveau de la boxe par exemple, dans les premiers combats, il n'était pas question qu'il boxe comme un champion du monde ! Il fallait donc, aussi bien au niveau de l'histoire que de l'individu, que je me familiarise avec une “matière première” fabuleuse et que je la travaille.
Dida est quelqu'un d'exceptionnel, on le savait en tant que champion mais c'est aussi vrai en tant qu'homme. Dans la vie, il peut être à la fois une racaille et un prince. Il a une extraordinaire capacité d'adaptation et peut se fondre dans n'importe quel milieu. Grâce à son énergie, son sourire, tout le monde l'accueille. Ensuite, il arrive à rester parce qu'il est d'une droiture exceptionnelle, d'une intégrité absolue.
Comment avez-vous travaillé avec Dida ?
J'avais devant moi un champion du monde de boxe thaïlandaise, mais cela n'en faisait pas un acteur. C'est un enfant dans un corps de guerrier. Mon rôle était de l'accompagner pendant les deux ans qu'a duré l'écriture, de le prendre en charge en tant qu'acteur pour lui faire comprendre qu'il ne s'agissait pas de raconter son histoire par le menu mais que tout serait recréé, réécrit, et que certains personnages purement imaginaires interviendraient. Je devais le détacher de la perception qu'il a de sa propre vie pour le conduire de sa vérité de sportif à sa vérité d'acteur. Ce challenge me plaisait beaucoup.
Au moment de l'écriture et pendant la préparation, Dida et moi avons visionné un grand nombre de films pour le guider à la découverte de lui-même en tant qu'acteur. Il fallait aussi l'amener à pouvoir être lui-même sans être dans la réalité. Il a dû être à la fois dans la fiction et dans l'authenticité. Il a découvert que le plus important n'était pas que lui ressente des émotions, mais qu'il sache les communiquer aux spectateurs. Dès les premiers essais, il m'a surpris. Il a une très grande capacité d'écoute. En deux ans de travail commun, il n'y a pas eu un seul instant de lassitude chez lui ou chez moi. Mon travail consiste d'abord à observer les gens, à les regarder vivre, bouger, pour savoir où je peux les amener. On peut faire naître de grandes émotions quand on travaille avec quelqu'un qui a déjà un regard sur le texte, qui est précis, concentré, et que la confiance est là.
Quel regard portez-vous sur ce qu'il est en tant qu'acteur ?
Il est d'abord doué d'une incroyable présence. Techniquement, s'il le faut, il sait recommencer et ajuster son jeu. Il possède la capacité - que j'avais déjà remarquée chez les acteurs qui sont aussi sportifs de haut niveau - de garder la mémoire du corps dans l'espace. Dida peut refaire plusieurs fois le même geste au millimètre. Cela permet un contrôle remarquable de son jeu. À moi ensuite de travailler avec lui sur le texte pour qu'il soit parfaitement juste.
Pour l'apparence de son personnage, il a travaillé pendant un an, perdu douze kilos pour retrouver son poids de champion du monde alors qu'il avait arrêté la boxe depuis quatre ans. En Thaïlande, la première étape a consisté à l'affiner, à l'affûter. Pour cela, il a retravaillé avec
Kim Young, son propre entraîneur. C'était aussi une façon de boucler la boucle.
Autour de Dida, il fallait recréer une structure narrative et fictionnelle. J'ai donc engagé pour le film les champions de son époque, ceux de son âge. J'ai reconstitué en Thaïlande un camp avec de nouveaux boxeurs et de nouveaux acteurs. L'entraîneur de Dida dans le film a été champion du monde, tout comme Charoenthong Kiatbanchong, Sangtiennoi Sorrungroj et Sirimongkol Singmanassak.