"Même la personne la plus banale est susceptible d'avoir une vie secrète d'une immense richesse, et je trouve cela revigorant."
Chuck Palahniuk
Comme la plupart des films indépendants, Choke a été tourné en 25 jours seulement, principalement dans le comté d'Essex, dans le New Jersey : par chance, on y trouve la plupart des éléments de décor dont la production avait besoin, comme un hôpital psychiatrique désaffecté, un village colonial en parfait état et un zoo – autant de sites que les producteurs ont pu utiliser gratuitement. Ces derniers ont même pu profiter de l'équipe de tournage de la série Les Soprano : "C'était un vrai coup de bol," explique le producteur
Tripp Vinson, "car on n'aurait jamais pu se permettre de construire tous ces décors en studio, ou même d'y tourner."
Malgré les contraintes budgétaires et les difficultés liées aux décors,
Clark Gregg a su tirer le meilleur parti de son équipe, et tout particulièrement du directeur de la photo
Tim Orr et de la chef décoratrice
Roshelle Berliner. "Ils ont su créer l'univers fastueux de Choke avec un minimum de moyens," renchérit Gregg.
Si Orr a utilisé une pellicule 16mm, il a souhaité éviter le style sombre et réaliste de la plupart des films indépendants, préférant plonger Victor et ses acolytes dans un monde aux tons plus chatoyants. "La sensibilité de Tim correspondait parfaitement au film," note
Beau Flynn. "Clark ne voulait pas d'une image terne et réaliste, mais il tenait à ce que le film soit plein de couleurs, d'énergie et de vie – et Tim a su trouver le juste équilibre dans son travail."
"Tim a éclairé le film en passant d'une tonalité à une autre," ajoute Gregg. "L'atmosphère est tour à tour pétillante et sombre, à mesure que l'on passe du rire aux larmes. Il travaille extrêmement vite."
De son côté,
Roshelle Berliner s'est attelée à deux décors complexes : Colonial Dunsboro, parc d'attraction historique où Victor travaille comme domestique, et St Anthony's, hôpital psychiatrique tentaculaire où sa mère Ida est soignée grâce à l'argent qu'il gagne en s'étouffant dans des restaurants.
Palahniuk explique qu'il a imaginé le monde intolérant de Dunsboro en s'inspirant de l'expérience d'amis à lui qui ont travaillé à Disneyland – où un acte d'insubordination peut valoir un blâme à ses employés. Pour donner vie à ce parc à thème, la décoratrice a eu la chance de travailler à partir d'un parc colonial du New Jersey – qui a fermé ses portes en 2006. Il s'agissait d'un musée vivant regorgeant de maisons coloniales et disposant d'une épicerie et d'un moulin en pierre. Les sites parfaitement préservés du village donnent une grande authenticité aux scènes loufoques qui s'y déroulent.
"Non seulement Roshelle a réussi à rendre le village vivant et crédible, mais à lui donner un côté délabré qui était primordial," note Vinson.
Pour l'hôpital de St Anthony, Berliner est partie d'un autre site extraordinaire, l'hôpital psychiatrique désaffecté du comté d'Essex à Cedar Grove, dans le New Jersey. Bâtie au début du XXème siècle et connue sous le nom d'Asile d'aliénés du comté d'Essex, cette institution couvrait une surface de 140 hectares et comprenait des bâtiments victoriens en briques rouges, une centrale électrique, une blanchisserie et un théâtre. L'hôpital fut très fréquenté dans les années 1950-60, avant que la psychiatrie ne se tourne vers les traitements médicamenteux. En 2007, tandis qu'un nouvel établissement s'est ouvert à proximité, le vieil hôpital ferma ses portes : il était alors prévu de le détruire pour laisser la place à des immeubles d'habitation.
Fascinant sur le plan architectural, le site dégageait une atmosphère mystérieuse et évocatrice de son passé qui bénéficia au film. Le poids de l'histoire se faisait tellement sentir dans les pièces du bâtiment que plusieurs membres de l'équipe ont affirmé y avoir vu des fantômes ! Dans le cadre de leur traitement, les anciens patients avaient couvert les murs de dessins gais et colorés : Berliner eut alors l'idée d'ajouter de nouveaux dessins représentant la vénération pour Victor, improvisé figure messianique.
Autre décor important : la surprenante maison en pierre que Denny et sa petite amie Cherry Daiquiri construisent sur un terrain vague. "Les pierres symbolisent, en quelque sorte, le fardeau que nous trimbalons partout," explique le réalisateur, "et Denny parvient à en faire quelque chose de positif. Nous avons voulu montrer que Denny ne sait pas précisément à quoi la maison ressemblera : c'est le hasard qui lui donnera son aspect définitif."
Bien que Choke soit situé à notre époque, la chef costumière
Catherine George a travaillé comme s'il s'agissait d'un film d'époque : "Les costumes pour les personnages qui travaillent au parc d'attraction historique sont très importants," note Vinson. "Il fallait à la fois que ces costumes soient fidèles à l'époque et qu'ils reflètent l'idée que le parc est sur le déclin."
Pour orchestrer le tournage à un rythme soutenu, le producteur exécutif et directeur de production Mike Ryan n'a pas ménagé ses efforts. "Mike est le seul qui nous ait dit, 'je peux y arriver,'" se souvient Flynn. "Il a ajouté, 'ça va être sportif et on devra surtout faire appel à de jeunes techniciens, mais je peux y arriver.' Et il a parfaitement tenu parole."
Si les décors et costumes sont essentiels, la musique l'est tout autant. La production a confié la partition à
Nathan Larson, ancien guitariste du groupe Shudder to Think, qui a collaboré avec
Clark Gregg exclusivement par téléphone et e-mail depuis son studio, sans jamais rencontrer un seul membre de l'équipe. De même, les auteurs du film tenaient à utiliser une chanson de l'un des groupes de rock les plus appréciés du moment : Reckoner du groupe Radiohead.
D'ailleurs,
Chuck Palahniuk signale qu'il écoutait souvent Radiohead lorsqu'il écrivait le livre. Plus tard, sans consulter l'écrivain,
Clark Gregg a puisé son inspiration dans la musique du même groupe pour adapter le roman : il apprendra ultérieurement que Palahniuk avait écrit son roman en écoutant la chanson Creep de Radiohead. Autant dire que la production s'est montrée enchantée lorsque le groupe a donné son accord pour utiliser un de leurs titres. "Nous sommes tous des fans de Radiohead et nous avons été vraiment ravis de voir à quel point le film leur plaisait," signale Dorfman. "Grâce à leur participation, on a conçu une formidable bande originale."
Quand Contrafilm et ATO Pictures ont accepté de financer le film, les producteurs annoncèrent que le tournage débuterait en juillet 2007. Quelques mois plus tard, Choke était déjà sélectionné à Sundance et il fallut alors boucler le film en un temps record. "Nous avons terminé le film un jeudi et nous l'avons projeté le lundi suivant," indique Vinson. "C'était vraiment hallucinant."
Tout au long du tournage et de la postproduction, Palahniuk a conservé son enthousiasme pour le film et s'est souvent rendu sur le plateau, puis est venu à Sundance. "C'est un type d'une gentillesse incroyable et sa présence nous a tous donné du courage," observe Dorfman.