Le film vu par le réalisateur
Solitudes et isolements
Il fallait que les personnages expriment différentes sortes de solitudes, d’isolements. Prenez le couple de personnes âgées qui sont abandonnées par leur famille parce qu’inutiles. Ces deux vieillards se sentent malades. Mais ce n’est pas u n faiblesse physique, car dès que le chauffeur commence à s’occuper d’eux, ils vont mieux. Ils n’ont pas besoin d’aller à l’hôpital. C’est un thème qui me concerne dans la vie de tous les jours et qui est au centre du film : de quoi avons nous vraiment besoin pour vivre ? D’amour, de compassion…Montrer que l’absence de ce sentiment peut vous mener à la maladie. Prenez un autre des rôles principaux, celui de Natabar, l’homme qui souhaite épouser Lati. Au début, on le voit dans une salle de cinéma, regardant en boucles des scènes érotiques. Mais il ne s’y intéresse pas réellement. Il s’endort devant. Il n’y prend aucun plaisir. Il ne cherche en réalité qu’à communique avec quelqu’un. Il désire Lati, c’est évident, mais il espère aussi trouver quelqu’un avec qui parler.
La prostitution
Je crois que cette histoire peut arriver n’importe où. La prostitution et les lois qui la régissent sont les mêmes à peu près partout. Je me souviens de m’être rendu à Berlin pour le festival il y a de nombreuses années et mon hôtel était situé juste en face d’un peep-show où des amis ont absolument voulu m’emmener. Là-bas, j’ai fait la rencontre d’une jeune demoiselle qui dansait. Son visage m’a marqué à jamais. Il y avait dans ses yeux, dans son expression, tant de tristesse. Elle n’avait rien de la poupée qu’elle devait être sur scène. Il était très difficile de soutenir ce regard. Lors de l’écriture de ce film, j’ai eu l’occasion de rencontrer certaines filles et parmi elles, il y en avait une qui voulait devenir médecin et se prostituait pour récolter de l’argent afin de pouvoir payer ses études.
Happy End
Selon moi, la question ne se pose pas en termes de fin heureuse ou pas. Ce n’est pas en tout cas une finalité dans mon travail. Je m’intéresse beaucoup plus à la crédibilité de l’histoire qu’à sa conclusion, qui, selon moi, ne peut dépendre sue justement du parcours que je fais faire à mon ou mes personnages. Il faut pouvoir y croire en fonction de son cheminement personnel et de son destin. Le seul message que je pourrais vouloir faire passer est de ne pas renoncer. En plus, je ne crois pas savoir bien mettre en scène le bonheur. Autrement dit, je ne suis pas sur de savoir à quoi cela correspond sur grand écran, quelle forme lui donner. Montrer le bonheur au cinéma, c’est prendre le risque de recourir à des trucs de mise en scène, des effets de style ou de lumière qui ne m’intéressent pas car ils sont superficiels. Et ils risquent de rompre avec cette crédibilité qui m’importe. La fin du film doit être autant motivé par les personnages que par ma propre vision de l’histoire.
A l’ombre de Bollywood
Mes films ne nécessitent pas beaucoup d’argent. A peine un pour cent d’une production hollywoodienne. Les financer reste donc assez facile. D’autant plus qu’il existe un marché en Inde pour mes films. J’ai un public très fidèle qui soutient beaucoup mon travail. L’atout principal est que mes films sont tournés en Bengali, ce qui me permet de toucher plus de spectateurs. Le seul problème est qu’il n’existe pas de salles alternatives, comme vous pouvez en avoir en France ou en Europe, pour montrer des films indépendants. Il faut donc trouver de petites salles, en dehors des gros circuits, et accompagner le film un peu partout.