Qu’est-ce qui vous a incité à accepter le rôle de Manon ?
Je l’ai accepté parce que c’était une belle rencontre avec
Julien Leclercq et parce que le personnage m’a touchée. J’avais envie de le suivre et de faire partie de son histoire.
Qu’est-ce qui vous a touché en Manon ?
Son côté vulnérable, le fait qu’elle ne se souvienne de rien et que ce soit si douloureux, qu’elle ait tout à reconstruire. C’est un personnage vierge avec quelque chose de tellement fragile et écorché que je me suis dit que ça pourrait être un personnage attachant à jouer.
Qu’est-ce qui vous a plu dans l’approche de Julien Leclercq ?
C’est un jeune mec, un jeune loup, il est passionné, il va vite, il est vif, il est à la fois touchant et rigolo, j’aime bien son humeur et ce qu’il raconte. La première fois que j’ai lu le scénario, je n’ai absolument rien compris, je me suis dit que je devais être trop limitée pour comprendre ce genre d’histoire. Il m’a fallu plusieurs lectures, et plusieurs versions, pour que ça me paraisse clair. Mais Julien avait ma photo sur son bureau, j’étais sacrément flattée, d’autant qu’on s’est rencontrés deux ans et demi avant le tournage et que pendant tout ce temps il n’a jamais changé d’avis me concernant, il est resté sur le même visage pour Manon.
Quel était le thème du film qui vous parlait précisément ?
L’identité bien entendu. Le chemin est tellement long pour se connaître, se construire et s’aimer.
Ça signifie que vous avez fait appel à des souvenirs pour jouer Manon ?
Pas du tout. Je n’ai presque pas travaillé, je me suis évidemment inventé une histoire, on invente toujours un passé, mais je ne peux rien dire pour ne pas dévoiler la chute du film. Je ne suis pas du genre cérébral, j’ai juste un peu préparé mon personnage. Sur ce film, j’ai surtout travaillé en musique, j’écoutais Radiohead, Archive, ça fait du bien pour se concentrer, rester dans son univers sans se laisser distraire par les travellings, l’agitation d’un plateau. Pour Manon, j’avais besoin d’être dans ma bulle, de me laisser aller. Je me suis aussi surprise à beaucoup dormir sur ce tournage parce que je tournais dans une chambre d’hôpital. J’étais sur un lit toute la journée,
j’avais tendance à m’assoupir. Je n’ai jamais autant dormi sur un tournage !
Comment avez-vous travaillé avec Julien Leclercq ?
Il a une obsession pour les décors, le cadre, ça se reflète dans le film, c’est sublime d’ailleurs. Il était donc très attentif à tout ça et, peut-être par pudeur, par timidité, il parlait moins aux comédiens. Je pense que pour lui c’était plus facile de s’adresser au chef déco parce qu’il avait mille idées à la seconde mais quand il s’agissait de parler d’un personnage, d’un sentiment, il était un peu plus maladroit. Cela dit, on n’a pas besoin de parler pendant des heures. Ça me fatigue, les gens qui parlent trop. Moi je parle très peu donc on se comprenait bien.
Comment s’est passée votre collaboration avec Marthe Keller ?
Je suis très admirative. On n’a pas eu de répétition ensemble, pas une seule lecture avant le tournage, juste un déjeuner, donc on se connaissait très peu. J’avais vu Marathon man, La demoiselle d’Avignon, même si c’était plus l’époque de mes parents. Elle est très chic, très élégante, elle a un sublime port de tête et j’adore son accent. Je me suis surprise plusieurs fois à complètement oublier de jouer, en face d’elle. Elle me fascine tellement que je me suis retrouvée plusieurs fois à ne plus savoir ce qu’il fallait dire ou quand je devais dire ma réplique : je la regardais.
Est-ce qu’il y a eu une scène délicate à jouer ?
Ce n’était pas en terme de jeu. J’étais effrayée par les écarteurs. Ce truc qui rentrait dans les yeux, avec ces griffes, me terrorisait. Quand j’ai vu ça, j’ai dit : « Je renonce, je tiens à mes yeux,
je n’ai pas envie qu’il y ait un dérapage, qu’une griffe m’abîme un œil, ça n’en vaut pas la peine.
Prenez une doublure, vous vous démerdez mais c’est sans moi ! ». Arrivé le jour du tournage,je soupçonne qu’ils l’ont fait exprès, je me suis retrouvée avec une doublure pour les yeux qui avait de gros sourcils noirs. J’étais piégée ! Donc je l’ai fait. Finalement, ça fait un peu mal mais ç’est supportable. Une fois que tu l’as fait, tu es contente. Simplement, tu dois faire un œil et puis l’autre œil, après on recolle tout ça aux effets spéciaux. Et il y a eu plusieurs prises, bien sûr.
Si on pouvait effacer les souvenirs, quels sont ceux dont vous voudriez vous débarrasser ?
Je ne veux pas effacer quoi que ce soit. Au contraire. Je me rends compte que j’ai une mémoire défaillante, j’ai des trous dans mon enfance, mon adolescence et ça me donne le vertige. Je ne comprends pas pourquoi j’oublie ces moments-là, pourquoi je les occulte, ça m’échappe. Ça me rend triste d’avoir des moments de flou total. Je vais faire de l’hypnose et essayer de rechercher ces périodes pour recoller les morceaux.