Parallèle avec le monde du théâtre
Non, la notion de troupe appartient au théâtre, pas au cinéma. On a une telle envie de se faire un nom à l’écran qu’il faut une certaine humilité pour entrer dans le concept même de «la troupe». Je n’ai pas cette humilité-là. Je suis sociable et solitaire, c’est mon caractère et le cinéma me convient pour cela. Au théâtre, on est aussi plus enchaîné. Tout se passe dans le moment devant le spectateur, donc il faut bien sauter ensemble ! Pour le film, on nous réunit, mais quand on dira «moteur !», personne ne pourra m’empêcher de faire mon parcours, seule. Les autres acteurs suivront leur chemin indépendamment de moi, d’une certaine manière. Je n’ai pas rencontré
Isabelle Carré ou
Laura Morante, ni d’ailleurs
Lambert Wilson sur le plateau de «Cœurs», je n’ai joué qu’avec Arditi et Dussollier.
Quand j’ai découvert le film, beaucoup plus tard, j’ai vu la voie que j’ai empruntée et comment j’ai croisé les chemins d’André et de Pierre. On s’est rejoint là pour jouer devant la caméra de Resnais, et c’est ce que j’aime... C’est vrai que j’ai maintenant avec ces acteurs-là un parcours qui m’émeut. Ma vie sans
Pierre Arditi et
André Dussollier, je peux dire que ça n’a pas de sens... On est dans une qualité de parcours qui prend à chaque film un peu plus d’ampleur. La «Comédie Resnais» pourquoi pas ? Mais il faut entendre les gens que Resnais aime, qu’il a choisis, qu’il a envie de voir dans sa vie.
Complicité sur le tournage
On ne sait pas trop, au début, où l’on va dans ce métier, ni comment on va vous accepter, c’est donc un peu chacun pour soi, d’une certaine manière. Mais au stade où nous en sommes, l’expérience exceptionnelle vécue ensemble dans l’univers Resnais nous a liés à jamais. On est désormais très au-delà de la simple réussite personnelle. On a commencé ensemble dans «La Vie est un roman», «L’Amour à mort», «Mélo»... Alors quand on dit «Moteur !», nous sommes là à nous parler vraiment. Nos vies changent d’année en année, de mois en mois, et nous arrivons chargés de tas de choses qu’on dépose là devant la caméra, des choses que l’on n’éprouve pas forcément le besoin de se communiquer hors plateau.
On est dans la complicité tacite du jeu et on joue avec ce qu’on vit, ce qu’on éprouve, ce qu’on devient. Mon emploi, c’est de ne pas en avoir, je veux tout jouer, les effrontées, les timides, les sexy, les pures, les comiques, les filles qui pleurent... Avant, on me retenait pour l’un ou l’autre de ces genres,
Alain Resnais a tout pris. C’est ce qu’il fait avec chaque acteur. Il le regarde, le choisit, prend tout de lui, et il aura la manière de faire jaillir la flamme. On fait des bonds en avant avec Resnais, on ne stagne pas dans la nostalgie. On est dans l’invention permanente. C’est un chercheur qui est dans son époque, traite tous les sujets sans opportunisme, ni snobisme. (…)