Nous aimons tous nos animaux familiers. Comment leur résister ? Voyez ce vieux berger allemand au regard affectueux, ce chaton câlin qui ronronne en se frottant à votre cheville. Ces bêtes si touchantes ne demandent qu’un peu d’amour (et quelques centaines de boîtes de conserve par an) Naïfs que nous sommes !
Regardons-y de plus près...
«Nos chouchous excellent à projeter une image paisible et rassurante», déclare le réalisateur
Brad Peyton, trop heureux de dissiper cette illusion. Car nos chats et nos chiens sont, en réalité, les fantassins de vastes armées, opérant à notre insu, et se livrant depuis des temps immémoriaux une guerre sans merci.
Brad Peyton :
«Quand le chat n’est pas là, les souris dansent, dit-on, et quand le maître s’absente, le chat révèle sa vraie personnalité, secrète et insoupçonnée.» Qui sait ce que font réellement Rex ou Minou en notre absence ?
C’était l’idée qu’exploitait en 2001 la comédie à succès Comme chiens et chats, produite par
Andrew Lazar, «où des chats et des chiens sauvaient la planète à l’insu des humains». Neuf ans plus tard,
Comme Chiens Et Chats – La Revanche De Kitty Galore place la barre encore plus haut en s’inspirant des grands films d’espionnage des dernières décennies et en dotant ses personnages d’un matériel et arsenal high-tech à faire pâlir 007 et consorts. Comme dans tout film d’espionnage qui se respecte, l’enjeu est... planétaire. Une chatte mégalo, Kitty Galore, a décidé de briser à jamais la vieille alliance de l’Homme et du Chien ET de mettre à sa botte tous les Félins du monde. L’ensemble du règne animal est menacé. Bipèdes compris...
«Nous ne jetons pas l’opprobre sur tous nos amis félins», précise prudemment la productrice
Polly Johnsen, sans doute soucieuse de ne pas offusquer son vieux matou. «Il est seulement question ici d’une brebis galeuse qui va amener chiens à chats à faire cause commune contre elle. Une autre chatte, Catherine, jouera les entremetteuses et se révélera une authentique héroïne.» Fan de longue date de James Bond,
Brad Peyton compare ce scénario à ceux des films de la guerre froide, «lorsque Bond et le MI-6 étaient obligés de coopérer avec les Russes pour neutraliser un adversaire commun.» En hommage à 007, le réalisateur demanda à Roger
Moore d’être la voix de Tab Lazenby, chef de l’agence de contre-espionnage M. I. A. O. U., faisant ainsi un double clin d’œil à la mythologie Bond.
Brad Peyton :
«Il y a dans Comme chiens et chats - la revanche de Kitty Galore tout ce qu’on attend d’un film d’action et d’aventures : des poursuites en jet-pack, des explosions, des combats, encore des explosions, des tunnels. La seule différence est que tout cela est interprété par des animaux qui parlent notre langue.»
Andrew Lazar :
«Le film est beaucoup plus ample que le premier, à tous égards : action, séquences à grand spectacle, nombre de participants, tout est plus grand. Cette fois, on explore en détail les QG de D. O. G. et de M. I. A. O. U. Les décors sont plus vastes, ce qui a permis aux dresseurs d’obtenir de leurs animaux des comportements encore plus élaborés. Si l’on ajoute à cela les progrès de l’animation numérique, on aboutit à une action beaucoup plus diverse et fluide.»
La présentation en 3D donne un impact supplémentaire au spectacle : «C’est le genre de comédie qui se prête admirablement au relief et en tire le maximum de bénéfice», dit Johnsen. Comme chiens et chats - La revanche de Kitty Galore regroupe enfin davantage de personnages que le premier film, en ajoutant aux héros favoris de celui-ci plusieurs nouveaux venus.
«Ce malheureux berger allemand est animé des meilleures intentions», explique
James Marsden, qui lui prête sa voix, «mais il n’est pas des plus futés. Décidé à jouer solo, il se met en première ligne à toute occasion, et les résultats sont le plus souvent désastreux.» «Il est conscient de gaffer, mais n’arrive pas à se dominer», explique Chris O’Donnell, interprète de Shane, l’associé humain de Diggs. «Chacune de ses interventions vire à la catastrophe.»
Après avoir mordu aux fesses le vendeur de voitures Crazy Carlito avec des résultats... explosifs, Diggs est mis
à la retraite. Le cœur brisé, Shane demande à l’héberger, mais le commissariat déclare le chien propriété d’État, et le met en cage. C’est là que le pauvre Diggs se voit offrir une seconde chance : rallier l’agence D. O. G., mais à condition de calmer ses ardeurs et d’en finir avec son numéro de loup solitaire.
LE QG
Le Bunker de D. O. G. est le centre opérationnel du monde canin. C’est là que des dizaines de chiens assurent quotidiennement leur mission de contre-espionnage, surveillent sur des écrans géants les zones sensibles de la
planète, testent de nouveaux équipements, s’entraînent au combat, etc.
Andrew Lazar :
«La scène est tournée du point de vue de Diggs, qui découvre avec le même émerveillement que nous cet étonnant complexe.» Nous faisons connaissance avec la «meute» : son chef Lon, son Monsieur Gadgets Peek, le vieux de la vieille Sam et Butch, l’agent alpha désigné comme formateur et coéquipier de Diggs. Lou est un beagle à lunettes, qui a la voix de Neil Patrick Harris : «Il prend son job très à cœur.
C’est lui qui sélectionne et dirige le personnel affecté aux missions de l’agence.»
Nick Nolte décrit son personnage, le berger Butch comme «un vétéran bougon qui a des années de service au compteur et aucune envie d’être la nounou d’une jeune recrue.» Peek (voix de
Joe Pantoliano) est le «Q» du film, l’expert en technologie et communications de l’agence. Il a un gadget pour chaque occasion, et ne cesse d’en inventer de nouveaux.
Le berger Sam est interprété une nouvelle fois par
Michael Clarke Duncan, instantanément repérable à sa voix
de basse. Handicapé par la longue et abondante touffe de poils qui lui fait comme un rideau sur les yeux, il possède une ouïe très développée qui lui permet de capter le plus petit bruit à des kilomètres. D’ici 48 heures, j’aurai mis la planète à feu et à sang !
LA MÉCHANTE : KITTY GALORE LA STRATÉGIE ET L’ARME SECRÈTE : MR. TINKLES
Kitty est un ancien agent de M. I. A. O. U. qui a perdu son beau pelage accidentellement et a été rejetée par ses maîtres humains. «Déchue de son statut de star, elle en veut à la terre entière», poursuit Midler. «Elle a de grands yeux et de toutes petites dents, un look «classe», mais un tempérament exécrable.» Aussi mégalo soit-elle, Kitty sait qu’on ne devient pas maître du monde en un jour. Cela demande une préparation minutieuse et, en premier lieu, une cachette sûre. Kitty a trouvé la planque idéale en devenant la partenaire de Chuck le Magnifique, un magicien inepte qu’elle roule allègrement dans la farine, mais dont elle est obligée d’accepter les consternantes idées «artistiques».
LA STRATÉGIE ET L’ARME SECRÈTE : MR. TINKLES
Face au péril planétaire que représente Kitty, chiens et chats doivent impérativement s’unir. C’est ainsi que Butch et Diggs se rapprochent de Catherine, agent de M. I. A. O. U., qui va courageusement mettre sa vie (ou
plutôt ses NEUF vies) dans la balance. «Catherine est une chatte courageuse et maligne, une vraie tigresse», explique
Christina Applegate, qui lui prête sa voix. «On lui a appris à se méfier des chiens, mais elle est prête à tenter l’aventure avec eux – ce qui n’ira pas sans quelques accrochages.»
Émules de la Méthode, les scénaristes Friedman et Bencich se firent un devoir de jouer ces rôles en cours
d’écriture, afin de se mettre pleinement dans la peau des personnages. Les séances de travail se déroulèrent
donc fréquemment à quatre pattes sur la moquette, avec force jappements, miaulements et coups de griffes.
(On n’est pas obligé de croire ça.)
À ce trio composite se joint bientôt un quatrième larron : le pigeon Seamus (Katt Williams), menacé de mort par Kitty après l’avoir surprise dans son repaire.
Andrew Lazar :
Cet oiseau est un pigeon de la variété «stool pigeon» (dénonciateur). Il aime la compagnie. Et il aime parler, parler...
Mais les dirigeants de D. O. G. et M. I. A. O. U. ont besoin de comprendre ce qui se passe dans le cerveau
de Kitty. La solution ? Interroger le chat le plus tordu de la planète : Mr. Tinkles, détenu sous haute protection au QHS Canin d’Alcatraz. C’est
Sean Hayes qui prête à nouveau sa voix à ce terrifiant homologue d’Hannibal Lecter. «On s’est régalé à lui coller un masque, à lui faire dire les répliques cultes du pire méchant de tous les temps.»
L’entrevue se révèle payante : Mr. Tinkles livre aux membres de l’équipe une piste toute chaude. Mais qui
sait s’il n’est pas en train de les manipuler ?
ANIMAUX, ANIMATRONIQUE, ANIMATION NUMÉRIQUE
À l’exception du pigeon Seamus et du redoutable Paws, exécuteur des basses œuvres de Kitty, tous les animaux du film sont interprétés par de vrais animaux, relayés en fonction des besoins par leurs doublures animatroniques et répliques numériques.
«Le public ne devrait pas faire la différence, tant la technologie des effets visuels a progressé depuis le premier Comme chiens et chats, qui passait à l’époque pour être à l’avant-garde de la technique.»
Brad Peyton :
«Chaque plan posait des problèmes et mobilisait plusieurs intervenants. Cela représentait un gros effort, mais je disposais du même coup d’encore plus d’instruments que sur un tournage ordinaire.» Vétéran de l’animation image par image, le réalisateur en tira un avantage indirect dans son travail avec les animaux vivants, qui constituerait la première étape du processus.
Brad Peyton :
«L’animation vous apprend à planifier tous les aspects d’une scène, ce dont vous êtes normalement dispensé lorsque vous dirigez des acteurs. Le comédien se soucie de ses motivations, ses marques et de l’orientation de son regard, mais il se débrouille pour ce qui est du reste. Tandis que l’animal vous oblige à penser pour lui et à faire tout le boulot par avance.»
Le «boulot» fut ici d’autant plus gratifiant que Peyton et le dresseur,
Boone Narr, purent faire sortir de nombreux
animaux des refuges où ils végétaient, afin de les adopter et de les dresser pour le film. Ce fut notamment le cas du chat en smoking qui joue Tab Lazenby, de l’un des bergers qui joue Diggs, de deux autres chargés d’incarner Sam, et de quatre chats gris qui assurèrent en alternance le rôle de Catherine.
Brad Peyton :
«J’ai été étonné de voir la facilité avec laquelle ces chats assimilaient les consignes. Si je mets mon félin en laisse, il se contentera de me regarder, alors que les chats de Boone font tout ce qu’il leur demande. Il m’avait dit qu’il en obtenait quasiment autant que d’un chien. J’étais un peu sceptique, mais cela s’est vérifié.»
Narr et ses 20 collaborateurs dressèrent environ une centaine d’animaux pour le film sous le contrôle d’un re-
présentant de l’American Humane Association et dans le respect des règles que la société Boone’s Animals for Hollywood a contribué à établir. Le zèle de ces animaux en étonna plus d’un : «J’ai été surprise de voir que «Diggs» était extrêmement dépité de devoir s’arrêter à l’heure de la pause déjeuner», rapporte Johnsen. Et Chris O’Donnell de témoigner : «Dans ma première scène, j’avais pour partenaires un bébé et un chien, lequel devait se diriger vers le berceau, recouvrir le petit d’une couverture et s’en aller. Moi, j’avais seulement une ligne de texte. J’ai pensé : «Le bébé est parfait, le chien est parfait... si je ne suis pas bon dès la première prise, j’aurais l’air crétin. Parlez d’une pression !»
Dave Barclay, superviseur des effets animatroniques, fut appelé à la rescousse pour substituer sesmarionnettes
aux animaux dans toutes les scènes d’action qu’ils étaient physiquement incapables d’exécuter. La marionnette la plus élaborée fut celle de Mr. Tinkles, «le chat animatronique le plus complexe jamais construit.»
Barclay utilisa un dispositif de son invention, l’Outabody System, équipé de plus de 80 ports d’entrée et de 76 câbles reliant la face de la marion- nette à une console numérique et un «gant de données de réalité virtuelle».
Paws, redoutable chat aux dents d’acier (homologue du célèbre «Jaws» de L’espion qui m'aimait) est le seul personnage 100% animatronique du film, manipulé par cinq marionnettistes travaillant de concert. Le pigeon Seamus est, lui, entièrement créé en ordinateur car, dixit le producteur des effets visuels
Randy Starr, «aucun pigeon vivant ne pouvait faire ce qu’il fait.» Et de préciser : «Dans le premier film, nous avions utilisé le numérique dans deux ou trois scènes, notamment pour les combats. Ici, il y en a bien plus car l’histoire est davantage orientée action.»
Comme Chiens Et Chats - La Revanche De Kitty Galore inclut plusieurs scènes de groupe où des dizaines d’animaux doivent exécuter des actions spécifiques. Chaque animal nécessitant la présence de son dresseur et ayant besoin d’une grande concentration, il fallut faire une capture caméra par animal, et combiner ultérieurement l’ensemble de ces prises en ordinateur. L’entrée dans le QG de D. O. G. est ainsi une combinaison de 53 plans pris séparément et composés en postproduction. Pour donner aux animaux et à leur dresseur un maximum d’espace vital et de liberté, le directeur photo
Steven Poster utilisa aussi souvent que possible des bras télescopiques articulés et télécommandés. Les animaux étaient habillés de façon classique, comme leurs homologues humains : costumes de travail, chemises, cravates, blousons de moto, etc.
«L’éventail va du sublime au ridicule, du fonctionnel au délirant, dans le cas de Kitty et d’Hannibal Lecter.» Pour
assurer le plus grand confort aux animaux, la chef costumière
Tish Monaghan se concerta avec les dresseurs
et utilisa des tissus extensibles et doux au toucher : «Nous voulions qu’ils ne soient pas handicapés par leurs vêtements et qu’ils puissent exprimer toute leur personnalité.»
«Lorsqu’ils sont loin du regard des humains, chiens et chats évoluent dans leur propre monde, qui semble avoir
été entièrement conçu et construit par eux», conclut
Brad Peyton.
«Nous avons cherché à prolonger la mythologie de Comme chiens et chats en plongeant nos animaux familiers dans un monde d’espions, d’agents secrets, d’intrigues, de complots. Mais il n’est pas nécessaire pour apprécier ce film d’avoir vu le précédent.
L’histoire se tient par elle-même.» Et rappelle
Andrew Lazar, «L’avertissement reste de mise : Méfions-nous de ce que font les chiens et les chats lorsque nous ne sommes pas là!»