Notes de Prod. : Comme les autres

    en DVD le 04 Mars 2009

Entretien Avec Lambert Wilson

Avez-vous accepté immédiatement le rôle de Manu ?

Oui. Sans hésitation. Ce qui m’arrive rarement, car je suis plutôt horriblement indécis ! C’est un rôle qui propose une palette extraordinaire d’émotions et surtout de styles de jeux différents. Le scénario décrit un parcours complet, chance qui est très peu souvent donnée à un acteur. De plus, Manu me changeait de mes habituels emplois de méchants stylisés ! Il est sympathique, en prise dans la vie quotidienne. Ce qui me plait particulièrement dans Comme les autres, c’est que ce film déploie tous les questionnements et les attitudes possibles vis-à-vis de l’homoparentalité. Avant le tournage, j’ai fait lire le scénario à des amis homos qui ont conçu un enfant et en ont adopté un autre. Ils m’ont donné leur feu vert !

S’agit-il d’une comédie familiale, qui s’adresse à tout le monde ?

C’est le pari du film : ne pas décevoir les plus concernés, tout en ouvrant les yeux des personnes qui entreront dans la salle, en étant seulement attirées par le divertissement et la comédie. La question de fond, c’est vraiment le désir d’enfants qu’éprouve Manu, homosexuel. C’est un sujet très contemporain car aujourd’hui, on a la possibilité d’accéder à la paternité sans nécessairement fonder un couple avec une femme. C’est aussi un film sur l’amour sous toutes ses formes : celui qui unit Manu et Philippe, mais aussi Manu et Fina, et qui passe, occasionnellement, par le désir.

Comme Les Autres est-il un film moral ?

Vincent Garenq est lucide. Il fait passer Manu par une phase d’égoïsme total où seul compte l’accès à l’enfant. Son désir fou d’être père n’a rien à voir avec son homosexualité. Un couple hétérosexuel aussi peut être pris dans cette quête obsessionnelle. Chez Manu, la volonté d’être père est d’autant plus une idée fixe qu’elle est impossible à concrétiser. Plus le désir d’enfant est exprimé, plus on a le sentiment qu’il s’agit d’une obsession égocentrique. Mais en quoi la nature fait-elle mieux les choses ? Mes parents n’ont pas cessé de raconter à mon frère et à moi, que nous étions le fruit du hasard. Certes, il existe des accidents heureux. Mais est-ce tellement mieux de grandir en sachant qu’on n’a pas du tout été désiré ?

Pourriez-vous vous identifier à ce désir impérieux ?

On est déjà trop nombreux sur terre ! De plus, je suis acteur et fils d’acteur, et je sais à quel point ce métier laisse peu de place pour les autres. Troisième raison : je n’ai aucun souci de postérité. Cela dit, j’ai adoré jouer un pédiatre, sans cesse avec des bébés sur les genoux. Pour préparer le rôle, j’ai passé une journée dans le cabinet d’un pédiatre. C’était passionnant. Toute l’histoire d’une famille se raconte dans une consultation, à travers la personne qui accompagne l’enfant. Un pédiatre, c’est vraiment quelqu’un qui a les mains dans le cambouis de l’humanité. À travers l’enfant, il soigne la famille entière. Le film m’a ouvert les yeux. Qui sait s’il ne va pas réveiller quelque chose en moi ? Il faut prier pour qu’un rôle vous expose quelque chose de vous-même que vous ne connaissez pas. C’est ce que j’attends d’un rôle : qu’il me fasse lâcher des inhibitions et avancer... Depuis, je regarde les pères différemment. Je suis fasciné par cette nouvelle génération d’hommes qui assume leur amour pour les enfants, avec tout ce que ça comporte de féminité. L’opinion courante est moins suspicieuse à l’égard des mères célibataires. C’est vraiment le couple masculin qui leur pose problème.

Pour vous aussi, l’homoparentalité est un problème ?

On ne peut pas être aussi catégorique. Mon agent aux États-unis vit avec un homme et ils ont adopté un petit garçon. La mère de l’enfant les a choisis au milieu d’une série de couples hétérosexuels. Elle a estimé que son petit garçon serait plus heureux, mieux élevé, par ces deux hommes à la relation solide. En revanche, je suis glacé par certains protocoles mis en place pour aboutir à la conception. D’emblée, s’instaure entre des individus un contrat qui ressemble à un divorce. Ça manque absolument de charme. À l’inverse, le film de Vincent me touche car les affects sont constamment présents. Fina et Manu ont une relation,même si elle ne passe qu’une seule fois par le sexe.

À votre avis, pourquoi cette séquence est montrée, alors que la sexualité de Manu et Philippe est occultée ?

Elle était nécessaire pour montrer à la fois le trouble sincère de Manu pour Fina, et son honnêteté : dès le lendemain, il lui explique que faire l’amour avec elle était agréable mais que ça ne se reproduira plus. C’est intéressant car cela montre qu’entre le blanc et le noir, il y a tous les gris. On est tellement répressif qu’on a du mal à imaginer qu’un individu sorte de sa catégorie. Manu sent que Fina est amoureuse, qu’elle l’attend trop, et que leur lien va déboucher sur de la douleur. À chaque fois que le film risque de devenir consensuel et gentil, il redevient réaliste. Cela dit Manu et Philippe forment un couple très hétéromorphe. Pour Vincent Garenq comme pour le producteur Christophe Rossignon, rendre accessible cette problématique à travers des personnages attachants peut être un pas énorme. Je suis assez d’accord avec eux. Il y en a marre que les homos ne soient représentés au cinéma que comme les folles de service ! Les clichés ont la vie dure. Ce qui m’intéresse chez les gens, et dans le film de Vincent, c’est quand toutes les frontières -féminins, masculins, homos, hétéros- sont magnifiquement floues. Vincent est marié, il a deux enfants, et il est l’un des êtres les plus féminins que je connaisse ! Je propose qu’on mette à la poubelle toutes les catégories. On est des êtres humains avec des désirs mobiles... Du moins, je l’espère.

Entretien Avec Vincent Garenq

Comment est né Comme Les Autres ?

Il y a presque dix ans déjà, j’apprends que Manu, mon meilleur ami de lycée qui est homo - j’ai donné son prénom au personnage interprété par Lambert Wilson - est parti en week-end avec son ami et un couple de lesbiennes pour faire connaissance, en vue peut-être de concevoir et élever un enfant ensemble ! Je me rappelle avoir été très surpris et amusé par cette situation, et j’ai alors pensé qu’il y avait là un sujet de film. Je me suis donc empressé d’appeler Manu pour qu’il me raconte tout cela plus en détail et il m’a parlé de l’APGL (l’association des parents gays et lesbiens)... À l’époque, on commençait tout juste à parler d’homoparentalité, c’était bien avant la grande vague médiatique de ces dernières années. Via cette association, j’ai rencontré des familles, écouté toutes ces histoires, souvent très fortes et émouvantes, et j’ai eu envie de faire un documentaire. Je me rappelle qu’il y avait juste un type de famille sur lequel je bloquais, c’était le cas des hommes homos qui avaient fait appel à une mère porteuse aux États-Unis, j’avais eu un rejet total. Puis, comme souvent dans ma vie de réalisateur, j’ai envoyé ce projet de documentaire partout et personne n’a jamais été intéressée. Je me rappelle même d’un producteur aujourd’hui très haut placé dans une chaîne, qui a donné fin à notre entretien en affirmant avec certitude qu’«en aucun cas, les homos ne devaient avoir d’enfants !». J’ai alors envisagé l’écriture d’une fiction et j’ai cherché une histoire, ce qui a été très lent et laborieux, rien ne fonctionnait. Et un jour, je suis tombé de nouveau sur ces fameux témoignages d’hommes homos qui avaient eu des enfants par mère porteuse, et là j’ai eu le déclic. C’était justement cela qu’il fallait raconter, cela même qui m’avait rebuté au départ, parce que c’est cette histoire-là qui englobait le mieux toutes les questions de l’homoparentalité. J’ai écrit un traitement de vingt pages et Christophe Rossignon a immédiatement manifesté son intérêt.

Entretien Avec Pilar Lopez De Ayala

De quoi parle le film ?

C’est un film grand public qui a pour sujet l’homoparentalité. Le rôle de la famille est très débattu de nos jours mais il semblerait que, dans certains pays, seuls un homme et une femme mariés puissent être considérés comme une vraie famille. Le film met le doigt sur le problème et démontre que deux personnes du même sexe peuvent former une famille à part entière.

Entretien Avec Pascal Elbe

Avez-vous tout de suite accepté le rôle de Philippe ?

Je trouvais le scénario formidable mais le tournage de mon précédent film s’arrêtait quatre jours avant et je rêvais de vacances... Mais Christophe Rossignon est un producteur très persuasif : quand il propose, on ne refuse pas ! Plus sérieusement, j’ai été convaincu par l’absence de complaisance du rôle, sans ficelle sentimentale démagogique. Mon personnage est gay, il ne veut pas d’enfant, il reste sur sa ligne jusqu’au bout. D’autre part, j’avais la conviction que Vincent Garenq ne se servait pas d’un sujet pour faire un film, mais à l’inverse, utilisait le cinéma pour une cause. J’avais l’intuition, que bien que marié, père de famille, il avait une relation intime à son sujet. Mine de rien, c’est nouveau : deux homos regardés sans dérision, ni mépris par un cinéaste qui n’a pas la même sexualité qu’eux.

Entretien Avec Anne Brochet

J’ai de la sympathie pour Cathy, la bonne copine qui essaie de se persuader que tout va bien, même si elle peine à trouver l’homme qui pourrait être le père de ses futurs enfants. En cela, sa souffrance est celle de beaucoup de femmes qui ont la quarantaine. Une part d’elle s’assume et une autre, pas du tout. On la présente comme une femme indépendante, une gynécologue bien installée dans sa vie professionnelle, organisant régulièrement des dîners dans son joli appartement, et en même temps, elle a un côté vieille fille, même séduire son copain homo quand il lui avoue avoir fait l’amour avec une femme lui est interdit ! Je crois qu’on se souvient d’elle car elle observe les peines de Manu et sa volonté inextinguible d’avoir un enfant, et que cette histoire va finir par la révéler à elle-même, et notamment dans la scène où ses deux amis homos sont devenus parents ! Et il fallait vraiment être déchirée intérieurement pour dire une telle horreur dans cette séquence !

Entretien Avec Le Producteur Christophe Rossignon

Itinéraire d’une rencontre

Je n’aime pas trop qu’on m’apporte des scénarios terminés car j’aime bien la phase de l’écriture. Si l’on m’en prive, j’ai la désagréable sensation qu’on veut me faire monter dans un train qui roule... et moi ce qui me plait c’est d’accompagner un film durant toutes ses étapes. Vincent et moi, nous nous connaissons depuis longtemps. J’étais encore producteur de court-métrage quand je l’ai rencontré à la FEMIS. Je cherchais des projets, j’essayais de découvrir de nouveaux réalisateurs avec qui, un jour, je ferais peut-être un long. J’avais remarqué Vita Sexualis, le premier court-métrage de Vincent. Il m’avait frappé, parce qu’il n’était pas du tout à la mode qui sévissait dans cette école à l’époque. Ce n’était pas l’exigence formelle qui était mise en avant dans son court, mais une histoire humaine, très bien filmée et sans frime. Il était à part, loin de la ligne défendue par l’école. On a continué par la suite à se côtoyer de loin en loin. Vincent m’apportait de temps en temps des scénarios ou traitements en cours d’écriture. À chaque fois, la même réponse tombait : «Vincent, tu ne me convaincs pas». J’avais l’impression qu’il était dans ses documentaires, et pas vraiment dans l’envie d’en découdre avec la fiction. Il arrivait aussi que je ne sois simplement pas disponible. Trop de projets en cours.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 1 366 entrées
  • 1ère semaine IDF : 69 495 entrées
  • Cumul IDF : 120 161 entrées

  • 1ère semaine France : 204 088 entrées
  • Cumul France : 541 215 entrées