Comment est né votre nouveau projet ?
Alain Sarde et
Christine Gozlan m’ont proposé de lire un sujet de
Jérôme Tonnerre. Il s'agissait d'une trame développée sur une trentaine de pages, qui m'a passionnée. J'y ai senti la base d'une espèce de thriller sentimental. Tout commence sur un quiproquo, pour évoluer ensuite entre mystère et désir. Cette histoire me parlait. Avec Jérôme, nous avons alors commencé un travail d'adaptation. Nous avions envie d'aller dans la même direction.
Quels éléments vous ont séduit précisément ?
C'est une rencontre atypique, étonnante, intime. Les deux personnages principaux ne se révèlent que peu à peu. C'est particulièrement vrai d'Anna, interprétée par
Sandrine Bonnaire.
J’aime que l'on puisse se demander qui se cache derrière cette jeune femme. Est-elle simplement malheureuse ? Est-ce une mythomane ? Tout est possible, elle dit être dans la plus grande détresse, mais peut-être est-elle en train de manipuler William.
Diriger les acteurs et mettre en scène en tenant compte de ce postulat devient passionnant. Il faut jouer avec les apparences, laisser la place au doute.
Au moment de l'adaptation, aviez-vous déjà pensé à vos interprètes ?
Non, nous avons imaginé William et Anna sans savoir qui les interpréteraient. Nous avions bien évoqué plusieurs noms, mais nous avons remis le choix à plus tard.
Quelquefois, les acteurs sont une source d'inspiration, mais sur ce film, nous avons d'abord écrit pour les personnages et non pour des comédiens. Ce qui me plaît, c’est qu’une fois le film achevé on puisse se dire : "Qui d’autre que Sandrine et Fabrice pouvaient interpréter Anna et William ?…". Ils ont apporté tous les deux tellement de rareté et de trouble à ces personnages !
Qu’est-ce qui vous a attiré vers eux ?
Je connaissais
Sandrine Bonnaire depuis MONSIEUR HIRE et nous avions envie de refaire un film ensemble. Nous attendions simplement une belle occasion. Lorsque ce scénario a été terminé, elle m'est apparue comme une évidence. Elle a immédiatement accepté le rôle qui lui offre un autre registre, plus ambigu, plus cru aussi.
Avec
Fabrice Luchini, la démarche a été différente. Je ne le connaissais qu’en tant que spectateur.
Alain Sarde et
Christine Gozlan m’ont suggéré son nom, et j’ai trouvé que c’était une idée épatante.
Ce rôle est assez nouveau pour lui, plus profond, plus exposé...
Dans ce film, il n’est pas foncièrement différent de ce qu’il est, mais on lui découvre une humanité, une fragilité et des sentiments très inattendus. Lorsque Anna dit des choses très crues avec un aplomb incroyable et une tranquillité angélique, elle en devient troublante. Et lui, qui n'aurait jamais dû entendre cela, en est bouleversé.
Il aborde un territoire où il n'est plus le maître : celui des secrets féminins. C'est aussi un des points que je trouvais passionnants à traiter.
Sandrine Bonnaire et Fabrice Luchini forment un couple assez surprenant. Comment ont-ils fonctionné ensemble ?
Je tenais absolument à un mariage antinomique : Deux acteurs de "familles" différentes qui ne soient pas faits pour aller ensemble. Normalement, si elle ne s’était pas trompée de porte, ils n’auraient jamais dû se rencontrer ! C’est le sujet du film ! Anna n’aurait jamais dû rencontrer William, et Sandrine aurait pu ne jamais rencontrer Fabrice. Ils avaient beaucoup d’estime l’un pour l’autre, tout en jouant chacun leur propre musique. Dans le film, par moments ils s'accordent, puis les ruptures, les dissonances surviennent par les situations auxquelles ils doivent faire face.
Votre film joue beaucoup sur l'attente réciproque des deux personnages…
C'est sans doute ce qui en fait un thriller sentimental. On y trouve cette part de mystère, d’incertitude, de crainte, de doute, et le suspense est construit autour des sentiments.
Il s’agit d’une histoire d’amour, mais terriblement pervertie, atypique et platonique aussi. J’ai toujours bien aimé retarder l'attente. Tout ce qui est "avant" est beau à filmer et me trouble.
Vous reste-t-il aujourd’hui une image du tournage ?
Elles sont nombreuses, et les plus fortes sont, comme toujours, liées aux acteurs. J’ai eu la chance de travailler souvent avec de très bons acteurs, qui m’ont donné des merveilles. Et une fois de plus, assister au plus près au travail de Sandrine et de Fabrice est un bonheur. Leur générosité, leur justesse, me bouleversent. Je cadre moi-même mes films, et je pense que cette situation incite les acteurs à se livrer encore plus. Un rapport presque sensuel s’établit.
En cadrant, j’ai vraiment l’impression d’être un des personnages du film, un acteur virtuel, le premier témoin. Dire "coupez", se pencher de quelques centimètres pour se retrouver face à ceux qui amènent l'histoire à la vie, ça n’a pas de prix…