Notes de Prod. : Constantine

    en DVD le 31 Août 2005

NOTES DE PRODUCTION

"Et si je vous disais que Dieu et le Diable ont fait de toute éternité un pari sur nos âmes?" - John Constantine

Imaginons que la vie sur Terre repose depuis toujours sur un délicat équilibre entre les forces du Bien et du Mal ; que le monde bénéficie d'un état de détente généralisé ; que les humains puissent librement choisir leur destin sur Terre, et décider par là même de leur sort dans l'au-delà, certains optant pour le Ciel, d'autres pour l'Enfer.
Une clause de ce "divin" pari dont nos âmes sont l'enjeu stipule que ni Dieu ni Satan ne peuvent entrer en contact direct avec le genre humain pour empêcher l'exercice de son libre-arbitre. Ils peuvent, en revanche, nous influencer par le biais d'intermédiaires, qui ne sont à proprement parler ni anges, ni démons. Ces agents d'influence, on les nommerait des "métis".
"Que vous ayez été un modèle de vertu ou une odieuse crapule, on vous renverra sur Terre pour de nouvelles missions, après avoir emballé votre âme dans une enveloppe humaine" affirme John Constantine qui en a fait la très étrange expérience.
Ces "métis" d'apparence ordinaire sont partout. Ils nous entourent à notre insu, car rien ne permet de les distinguer du commun des mortels. "Ils circulent sur nos routes, ils exercent un métier, ils entretiennent toutes sortes de relations avec les "hôtes" humains qu'ils ont investis. Votre conjoint, votre meilleur ami pourrait être l'un d'eux", explique le réalisateur Francis Lawrence.
Mais John Constantine, lui, peut les voir…
Depuis sa plus tendre enfance, Constantine possède en effet une faculté rare : percevoir la vraie nature des choses sans se laisser abuser par les apparences. Mais ce don lui pèse tant qu'il le considère comme une malédiction. Pour s'en défaire, il s'est résolu au suicide, espérant ainsi jouir du repos éternel. Au lieu de quoi, il a plongé durant deux longues et terrifiantes minutes au cœur de l'enfer… avant de ressusciter.

Le scénario

La productrice Lauren Shuler Donner a joué un rôle-clé dans le projet CONSTANTINE, adapté de la série de romans graphiques "Hellblazer", éditée par DC Comics/Vertigo. En vingt ans de carrière, elle a lié son nom à quantité de succès critiques et populaires relevant des genres les plus divers, des blockbusters X-MEN et X2 à la trilogie SAUVEZ WILLY et à la comédie romantique . VOUS AVEZ UN MESSAGE. Captivée par le destin et la personnalité hors normes de Constantine, elle décela dans ce riche matériau les ingrédients d'un grand film dramatique : "C'est une histoire fascinante, intelligente, palpitante, reposant sur les épaules d'un antihéros. Le genre d'histoire où l'on doit s'attendre à toutes les surprises."
Après avoir présenté le projet à Warner Bros. Pictures, pour lesquels elle a notamment produit L'ENFER DU DIMANCHE d'Oliver Stone et PRÉSIDENT D'UN JOUR, Lauren Shuler Donner développa l'adaptation avec le scénariste Kevin Brodbin et le producteur Michael E. Uslan, éminent spécialiste du comic-book. Uslan et son fidèle associé Benjamin Melniker - également producteur de CONSTANTINE - entretiennent des relations suivies avec DC Comics, notamment pour avoir donné vie à la légendaire franchise BATMAN.
"Hellblazer", la plus longue des séries mensuelles Vertigo, dénombre plus de 200 fascicules et une quinzaine de romans graphiques. Fan inconditionnel de ce riche matériau, Kevin Brodbin souhaitait depuis longtemps s'attaquer à ce personnage. Il prit très au sérieux son travail d'adaptateur, soulignant que "l'essentiel était de restituer la voix de Constantine." Un point sur lequel s'accordaient les producteurs, ainsi que le scénariste Frank Cappello, qui rallia plus tard le projet et s'appuya abondamment sur la série originale.
Séduit par l'originalité des concepts développés par Shuler Donner, Akiva Goldsman fut le prochain à intégrer l'équipe CONSTANTINE. Producteur réputé et scénariste émérite, couronné à l'Oscar et au Golden Globe et cité au British Academy Award pour UN HOMME D'EXCEPTION, Akiva Goldsman explique :
"Il m'est impossible de travailler à quelque chose qui ne me procure pas de plaisir, qui ne stimule pas mon imagination et ma créativité. CONSTANTINE repose sur un concept que j'ai toujours trouvé fascinant et que j'avais tenté d'aborder dans mes propres scénarios : l'idée d'un arrière-monde, d'un univers qui se cacherait derrière le visible."

Le bon réalisateur

Déjà connu pour une brillante série de vidéos musicales, le réalisateur Francis Lawrence voue un culte au film noir et fut "d'emblée attiré par le personnage de John Constantine, son côté antihéros et la tonalité générale de l'histoire. Le monde de John Constantine ne ressemble à aucun autre, et l'intrigue vous entraîne dans des voies totalement inattendues."
Lawrence se plongea dans le matériau d'origine, développa un ensemble de dessins et de concepts avant de présenter sa candidature. Contrairement aux attentes des producteurs, il n'aborda pas le projet par ses aspects visuels. "Ses talents en ce domaine sont pourtant assez évidents", note Di Bonaventura, "mais lors de ce premier meeting, c'est du script et des personnages que Francis nous entretint pendant deux heures, sans jamais évoquer les questions de look. Ordinairement, un réalisateur issu de la vidéo ou de la pub s'appuie sur des références visuelles, car c'est ce qu'il connaît le mieux. En treize ans de carrière, je n'avais jamais vu quelqu'un déroger à ce principe. C'était donc assez étonnant. Mais ce qui nous a le plus impressionnés fut sa capacité à analyser les fondamentaux de chaque scène."
Lawrence n'en était pas moins totalement préparé à discuter l'imagerie du film.
Akiva Goldsman :
"Au vu de ses dessins, j'ai tout de suite été séduit par son désir de faire coexister le ciel et l'enfer au sein de notre monde, de traiter l'enfer comme le miroir de notre espace quotidien. Francis avait élaboré une topographie très précise de ces univers, permettant au spectateur de visualiser l'inimaginable d'une façon radicalement originale. C'était brillant et totalement approprié au film."
Francis Lawrence :
"J'ai passé en revue différentes représentations picturales de l'enfer, non seulement chez Bosch et Bruegel, amis aussi chez les nombreux artistes qui en font un espace abstrait, un vaste trou noir. Pour ma part, je voulais des images auxquelles on puisse se raccrocher, dotées de structures reconnaissables. Ainsi, lorsque Constantine se rend dans l'appartement d'Angela et y franchit momentanément le seuil de l'enfer, il échoue dans la réplique "infernale" de ce logis ; idem lorsqu'il sort dans la rue et se retrouve de l'autre côté du miroir, dans la version infernale d'une rue de L. A. Ce sont là des environnements que le spectateur peut facilement imaginer, voir, toucher…"
Lawrence fournit aussi des descriptions détaillées des divers démons et esprits évoqués dans le scénario et fit plusieurs propositions de casting judicieuses. "Un grand nombre des suggestions qu'il fit dès ce premier meeting ont été retenues", souligne Stoff.
Une approche aussi novatrice ne pouvait que servir un film où l'ambiguïté est reine, où aucun personnage n'est totalement bon ni totalement mauvais et ne s'inscrit dans une perspective conventionnelle : une femme policier endurcie recourant au paranormal pour retrouver l'espoir ; un ange animé d'étranges intentions ; un prêtre incapable d'accomplir des exorcismes ; un propriétaire de night-club aux allégeances troubles… et au beau milieu de tout cela, un héros qui ne veut PAS être un héros. Ou pour citer le scénariste Frank Cappello : "Voilà un type qui a des problèmes avec Dieu, qui hait le Diable, qui se bat contre les plus horribles démons, mais ne peut renoncer à ses mauvaises habitudes, qui vont lui coûter la vie. En fin de compte, Constantine'est un homme qui essaie de se sauver lui-même, et pas le monde."
"Rien n'est totalement expliqué dans ce film", souligne Goldsman. Nous n'avons cherché à ce que le public comprenne chaque détail, nous avons voulu lui faire vivre une expérience forte." Et di Bonaventura d'ajouter : "Ce film n'est pas un prêche, il n'essaie pas d'emporter votre conviction, il vise à vous offrir d'abord un solide divertissement et, peut-être, plus tard, à vous inspirer un échange intellectuel, émotionnel ou philosophique. Commençons par vous faire peur ; les grandes questions viendront après…"

Personnages et interprètes

Keanu Reeves, Constantine
Keanu Reeves participa de près à l'élaboration du personnage central. "Il s'est métamorphosé en Constantine au fil du développement et des répétitions, contribuant à quantité de répliques. Il adorait manifestement ce rôle", rapporte Akiva Goldsman. "Keanu a plongé profondément en lui-même pour donner toute sa noirceur au personnage", poursuit Lawrence. "Le sarcasme est devenu sa seconde nature, un moyen d'exposer le point de vue d'un homme totalement hanté."
"Constantine est tout entier dans ses attitudes", rappelle Di Bonaventura. On peut parler à son sujet d'irrespect, de fatalisme, d'ironie, de bravade." Et Reeves de préciser : "Il a une approche cavalière des choses les plus extravagantes et les plus terrifiantes. Lorsque Angela veut savoir si sa sœur est en enfer, Constantine lui dit simplement : "O. K., allons jeter un coup d'œil", comme s'il s'agissait de faire une petite balade!"
Constantine excelle à ce "job" qu'il n'a sans doute jamais souhaité exercer, mais dont il tire une certaine fierté. Ce n'est qu'une contradiction de plus à porter au crédit du personnage, et qui contribue à son cynisme affiché. Mais, ainsi que le fait remarquer Stoff, "les gens les plus cyniques sont fréquemment des romantiques et des idéalistes déçus."
Constantine peut aussi se montrer agressif et asocial, un trait de caractère que Reeves eut plaisir à interpréter. Lorsqu'il rejette abruptement le premier appel à l'aide d'Angela, "il n'est simplement pas d'humeur à parler", explique l'acteur. "Il préfère, de toute manière, que les gens gardent leurs distances, car ceux qui l'approchent de trop près font rarement de vieux os."
À la fin de cette scène, Constantine se ravise cependant et se lance au secours de l'inspectrice, traquée par un démon. Faut-il y voir un regret ou un geste intéressé? Et l'acteur de noter que "l'on découvrira par la suite que cette femme a un rôle précis dans la multiplication des activités démoniaques ainsi que dans la vaste énigme que Constantine s'efforce de résoudre."
John Constantine est globalement, selon la formule de Brodbit, "le plus réticent des héros. Il ne fait pas le moindre effort pour se rendre aimable, il refuse de s'attacher aux gens car cela ne lui apporte que des souffrances. Il extirperait volontiers de son âme toute faculté de compassion."
"Il n'en effectue pas moins un parcours héroïque", nuance Akiva Goldsman, "mais à contrecœur, et en répétant à tout moment qu'il n'est pas un héros!"

Rachel Weisz, Angela Dodson
Les producteurs confièrent le rôle pivot de l'inspectrice Angela Dodson à Rachel Weisz (STALINGRAD, LE MAÎTRE DU JEU, LA MOMIE).
Francis Lawrence :
"Il nous fallait une actrice crédible à un double point de vue : en tant qu'officier de police et en tant que voyante. Angela n'est pas simplement une femme à poigne, intelligente et compétente ; c'est aussi quelqu'un qui possède, malgré elle, un don très particulier."
Rachel Weisz étudia avec un conseiller de la police le maniement des armes et la gestuelle spécifique des policiers et travailla aussi avec un médium exerçant à L. A.
Rachel Weisz :
"Angela se transforme énormément au fil de l'action. Après avoir refusé de croire en ses facultés paranormales - qu'elle refoule depuis l'enfance -, elle en admettra la possibilité, puis acceptera d'en faire usage. C'était une progression très intéressante à jouer."
Rachel Weisz interprète aussi la jumelle d'Angela, Isabelle, jeune femme profondément perturbée dont la mort tragique angoisse et culpabilise la jeune inspectrice.
Rachel Weisz :
"Les deux sœurs possédaient les mêmes facultés, mais y réagirent différemment. Isabelle eut le tort d'en parler à sa famille hyper dévote, et en paya le prix. Elle sombra dans la folie. Angela les garda secrètes, et survécut. C'est maintenant elle qui en paye le prix, car cela la tourmente et l'empêche de vivre pleinement sa vie."
Lauren Shuler Donner :
"Angela et Constantine consacrent tout leur temps à lutter contre le mal - elle dans le strict respect de la loi, lui à sa manière bien particulière. Il est naturel qu'ils soient attirés l'un vers l'autre, tant ils ont de choses en commun."

L'Enfer sur Terre - du dessin à la création

"Le Ciel et l'Enfer sont à portée de main, derrière chaque mur et chaque fenêtre. C'est l'arrière-monde qui nous cerne de partout." - John Constantine

Le riche paysage visuel de CONSTANTINE est le fruit d'une collaboration suivie entre la chef décoratrice Naomi Shohan, le directeur photo Philippe Rousselot, le superviseur des effets visuels Michael Fink et l'équipe Créatures de Stan Winston, opérant sous la direction de Francis Lawrence, avec ses dessins originaux comme principale source d'inspiration.
Le monde de John Constantine est tourmenté et ténébreux. Dérivé du film noir classique, il est marqué par une abondance de séquences urbaines nocturnes et d'images emblématiques : éclairages expressionnistes, cadrages obliques, brumes, reflets sur l'asphalte humide, etc.
Lauren Shuler Donner :
"Le look du film est âpre, dense, très beau. Il évoque à sa manière une époque révolue, tout en étant totalement contemporain."
Lawrence commença par rencontrer la chef décoratrice Naomi Shohan, citée au British Academy Award pour AMERICAN BEAUTY. Le réalisateur, qui souhaitait capter l'ambiance de certains bas-quartiers de Los Angeles, "fort éloignés de Malibu ou Beverly Hills", avait été particulièrement impressionné par l'approche réaliste de Shohan sur le drame urbain TRAINING DAY. "L. A., ses textures, sa diversité ethnique, lui sont familiers. Nous nous sommes tout de suite entendus sur les grandes orientations esthétiques."
Lawrence, Naomi Shohan et le régisseur d'extérieurs Molly Allen sillonnèrent ensemble la ville pour sélectionner les décors naturels du film.
Parmi les sites retenus figurent : l'Hacienda Real Night Club (qui devint le bar branché de Midnite) ; le Marché de la Cinquième Rue (théâtre de la confrontation finale entre le Père Hennessy et Balthazar) ; l'hôpital St. Mary ; Long Beach ; l'Angeles Abbey Memorial Park de Compton.
L'équipe utilisa en outre six plateaux des Studios Warner Bros. pour y édifier, notamment, la salle d'hydrothérapie de l'hôpital et recréer grandeur nature quelque 700 mètres de l'Autoroute 101.
C'est ce décor monumental, construit en l'espace de 8 semaines, que Lawrence choisit pour représenter l'Enfer sur Terre. On y retrouve la plupart des caractéristiques originales de l'une des plus redoutables voies d'accès à L. A., transfigurées en une vision d'Apocalypse.
Naomi Shohan :
"Le décor est jonché d'épaves de voitures plus ou moins décomposées. Parmi cette quarantaine de carcasses figurent des pièces de collection choisies pour leurs formes distinctives, ainsi que des portions de véhicule, sculptées, agrémentées de "stalactites" et filaments de métal fondu et tordus. Ces structures sont recouvertes d'une couche de latex qui leur donne l'apparence d'un corps en décomposition. L'ensemble du décor a été peint couleur rouille pour donner à cette vaste décharge l'apparence de l'ancien et suggérer sa dégradation continue."
Le superviseur des effets visuels Michael Fink fit une réplique numérique, enrichie, de ce décor. Les carcasses des véhicules furent remodelées en ordinateur de manière à ce que chacune puisse subir de nouveaux outrages (érosion, explosions, etc.) et être occupées ou "traversées" par des démons numériques.
Michael Fink :
"J'ai cherché à créer un paysage qu'on pourrait croire ravagé par une explosion nucléaire et qui continuerait de muter jusqu'à la fin des temps."
Fink, qui occupe ce poste depuis une bonne vingtaine d'années, a travaillé sur de nombreuses grosses productions, dont BATMAN LE DÉFI (qui lui valut une citation à l'Oscar), ainsi que X-MEN et X 2 (pour la productrice Lauren Shuler Donner).
Craig Hayes, superviseur des effets visuels aux Studios Tippett (MATRIX RÉVOLUTIONS, L'HOMME SANS OMBRE) dirigea une équipe d'artistes chargée d'enrichir les environnements virtuels par l'ajout d'effets "fluides et dynamiques, tels que débris, particules volantes, détritus et objets enflammés".
L'élaboration de ce L. A. "infernal" nécessita aussi la création d'une vaste réplique numérique, parfaitement réaliste, couvrant plusieurs quartiers emblématiques de la ville, d'Hollywood aux confins de l'immeuble de Capitol Records.
Philippe Rousselot se partage depuis plusieurs années entre la France et les États-Unis, où il remporta l'Oscar pour ET AU MILIEU COULE UNE RIVIÈRE de Robert Redford et éclaira récemment BIG FISH de Tim Burton. Motivé par "un désir permanent de renouvellement", il trouva l'inspiration de certaines de ses compositions et options stylistiques dans les romans graphiques originaux du cycle "Hellblazer" : "J'ai multiplié les plans larges, les grands angulaires, en plongée et en contre-plongée, et adopté les points de vue "extrêmes" propres aux comics et qu'il me semblait important de préserver. Pour ce qui est de la lumière et de la palette chromatique, nous avons beaucoup joué sur les contrastes et les couleurs fortes, notamment des verts et orange très intenses."
Grand créateur d'atmosphères, Rousselot n'en fut pas moins attentif à ne pas "copier" le style comics, et favorisa une approche subliminale puisant à diverses sources d'inspiration - dont un album de photos de Cuba que lui avait fait communiqué le réalisateur. "On ne peut pas transposer directement au cinéma l'image d'un roman graphique. C'est plutôt la conception générale de celui-ci qui devait nous guider dans la recherche de la lumière organique et simple souhaitée par Francis Lawrence."