Lorsque les répétitions de
Cosi Fan Tutte ont débuté à Aix-en- Provence au printemps 2008, je me suis d’emblée senti en confiance avec
Abbas Kiarostami et son assistante
Massoumeh Lahidji. Je ne parle pas persan et l’anglais d’Abbas demeure une œuvre inachevée, et pourtant, notre compréhension mutuelle allait de soi.
Ses idées sur l’opéra de Mozart, et plus particulièrement sur le personnage de Don Alfonso que j’incarnais, m’intriguaient. Il a attendu quelques jours avant de venir me demander si j’avais déjà joué dans un film. « Euh… non », ai-je dû avouer. Quelque temps après, il m’a relancé : « Aimerais-tu jouer dans un film ? » « Euh… oui, ça pourrait éventuellement m’intéresser. » Je tentais de feindre le détachement. J’ai dû prendre un peu à la légère une proposition qui s’est révélée sérieuse.
Je crois franchement que j’aurais décliné poliment l’offre, si elle était venue de quiconque autre que lui. Bien que jouissant d’un petit succès à l’opéra, en matière de cinéma, je suis un absolu béotien. Or, j’avais pris un immense plaisir à travailler avec Kiarostami et je le savais habitué aux acteurs non professionnels. Néanmoins, lorsque j’ai appris que je devais donner la réplique à
Juliette Binoche, j’ai ressenti une certaine appréhension, prenant conscience du risque énorme pris par Abbas en me choisissant pour le personnage de James, alors que certains acteurs confirmés avaient manifesté leur intérêt pour le rôle. Aussitôt que nous avons commencé à répéter, Juliette a tout mis en œuvre pour m’aider. Sa générosité et son soutien ont eu pour moi une valeur inestimable.
L’équipe tout entière a fait preuve d’une patience infinie à mon égard : depuis les assistantes costumières, jusqu’au chef opérateur
Luca Bigazzi. Après m’être investi pendant près de trente ans dans la transmission d’une émotion à travers le chant, jouer devant une caméra constituait pour moi un réel défi. Mais je dois dire que j’ai été très touché par le personnage de James et jouer la bouche fermée a été une expérience assez rafraîchissante. Je crois que je ne regrette pas d’avoir dit oui.