Notes de Prod. : Cq.

    en DVD le 04 Septembre 2003

Notes de production

CQ est pour Roman Coppola l'occasion d'explorer et d'exploiter à l'écran bon nombre de ses passions de toujours.

"Mes centres d'intérêt ont toujours été divers. Je suis fan de bandes dessinées, des films qui s'inspirent de cet univers et dans le même temps je suis attiré par des films plus profonds, plus artistiques. Les années soixante ont vu la coexistence de ces deux mouvements avec d'une part des films comme BARBARELLA ou MODESTY BLAISE qui étaient vraiment très kitsch, délirants et très marqués par l'inspiration de la bande dessinée et d'autre part l'émergence de cinéastes tels que Godard ou Antonioni qui faisaient un genre de cinéma 'artistiquement aventureux' totalement à l'opposé. C'était pour moi une belle opportunité de pouvoir faire fusionner ces deux versants du cinéma. De plus, c'est une période idéale pour situer un film sur le cinéma, car la production cinématographique était alors particulièrement dynamique et diversifiée. Je pensais enfin qu'il pouvait être amusant de plonger dans un film des années 60 qui imagine avec quarante années d'avance le XXIème siècle où nous vivons désormais."

Souvenirs, souvenirs…

Avant le tournage, Roman Coppola a passé sept mois à s'immerger dans le style, la musique et les films des années 60.
"Il y a dans CQ pas mal de références aux films de cette époque mais les deux films clés sont DANGER: DIABOLIK de Mario Bava (avec John Phillip Law qui fait une apparition dans CQ) et le journal intime de David HOLZMAN de Jim McBride (avec L.m. Kit Carson également présent au générique). Ces deux films illustrent bien les deux inspirations de CQ : le cinéma de détente, artificiel, contre le cinéma d'auteur, personnel, proche du cinéma vérité.
Je pourrais aussi citer les films de Godard UNE FEMME MARIÉE ou MASCULIN FÉMININ pour leur identité visuelle, LA MOTOCYCLETTE de Jack Cardiff pour le costume de Dragonfly ou encore MODESTY BLAISE de Joseph Losey pour la reconstitution des décors et des costumes des années 60.
Il y a bien sûr les films sur le cinéma, les films dans le film, tels que 8 1/2 de Fellini qui est sans doute la quintessence du genre, STARDUST MEMORIES de Woody Allen et LA NUIT AMÉRICAINE de François Truffaut. À ce propos, une des phrases du dialogue de CQ renvoie directement à ce film, lorsqu'un type demande au metteur en scène 'Quel revolver voulez-vous pour la fin ?'. En revanche, dans la plupart de ces œuvres, vous voyez un réalisateur assez mûr, considérant rétrospectivement son travail, évaluant son parcours, sa vie, pesant le pour et le contre, jugeant les erreurs commises... Il m'a semblé intéressant d'inverser le procédé avec pour héros, un jeune homme se projetant et essayant de voir où il va."


Tout en rédigeant le scénario, Roman Coppola collectionna les images extraites de magazines, bandes dessinées et films contemporains de cette époque, puis en fit un énorme livre qu'il distribua ensuite aux responsables des différents départements artistiques du film.

69, année éclectique…

1969, l'année pendant laquelle se déroule l'intrigue de CQ (qui est en morse la transcription de seek you, un message en vue d'une prise de contact) est un moment mythique des années 60. Il y eut non seulement Woodstock, mais aussi les premiers pas sur la lune de Neil Armstrong, les meurtres de Charles Manson et les protestations internationales contre la guerre du Vietnam. C'est aussi l'année de sortie d' ALICE'S RESTAURANT d'Arthur Penn, BOB ET CAROL ET TED ET ALICE de Paul Mazursky, SATYRICON de Fellini, LES GENS DE LA PLUIE de Francis Ford Coppola, MA NUIT CHEZ MAUD d'Eric Rohmer ou encore IL ÉTAIT UNE FOIS DANS l'OUEST de Sergio Leone.
"Mes premiers souvenirs remontent aux années 68-69, raconte Roman Coppola. Ce sont plutôt des choses enracinées dans votre subconscient : vous vous souvenez de la musique, des vêtements, de l'ambiance... juste une évocation. CQ est une sorte d'association libre dans sa forme de tous ces éléments que j'ai voulu assemblés dans une direction un peu inhabituelle. Mais c'est aussi un film sur la jeunesse, sur la maturité, sur la quête de soi-même, sur les prises de conscience sur fond des bouleversements sociaux et des mouvements culturels de cette époque. En plus, j'avais envie de faire un film se déroulant en Europe à cette époque. Je voulais voir les voitures, les fringues, entendre la musique, retrouver ce design et ce style si uniques.
Un des plus grands challenges du film est qu'il appartient à un genre considéré comme assez peu attractif par les studios. Trop personnel, trop introverti et n'ayant pas d'après eux une grande capacité d'attraction du public. Mais l'idée de faire mon premier film en Europe en tant que réalisateur sur un cinéaste américain vivant à Paris et tournant son premier film, était une chance que je ne voulais pas laisser passer."


Les groupies…

"Roman n'est pas vraiment un metteur en scène débutant, témoigne Gary Marcus. Son expérience dans les domaines de la publicité et des vidéos musicales lui a appris à diriger une équipe. Il a grandi dans le cinéma et n'a manifesté aucune nervosité au moment de dire 'action' ou en prenant une décision. C'est un professionnel accompli, sachant exactement ce qu'il veut, prenant un énorme plaisir à innover et improviser sur le plateau, sans jamais perdre de vue le film qu'il désire réaliser."

"La première chose qui m'a séduit dans ce script, c'est sa structure, atteste Jeremy Davies, l'interprète de Paul. Il y a tellement d'histoires convergentes, s'entremêlant et fonctionnant en synergie. Il y a tout d'abord celle de Paul, celle du film qu'il rêve de faire et enfin celle du film sur lequel il est obligé de travailler. J'aime la confusion que cela occasionne ainsi que la manière dont les univers finissent par se chevaucher. Je pense que dans la vie, il est facile de leurrer et se mentir à soi-même. Il faut pouvoir apprendre à se connaître et être capable d'estimer ses capacités réelles. Ce que Paul parvient à accomplir dans ce film est ce que beaucoup de gens aspirent à faire : ajuster le regard que l'on porte sur soi, ralentir le déroulement de sa vie afin de s'assurer de la direction prise, des choix effectués, de leur importance et des raisons qui les motivent."
Jeremy Davies a également apprécié les nombreuses répétitions qui précédèrent le tournage. "Je sais que beaucoup d'acteurs pensent que les répétitions atténuent la spontanéité de jeu, explique-t-il. Mais ce fut au contraire un véritable tremplin pour la retrouver. J'ai eu l'occasion d'essayer différentes choses, l'opportunité de faire des choix, de m'échauffer et de devenir peu à peu plus intime et plus complice avec mes partenaires."

Angela Lindvall, mannequin professionnelle, interprète les deux rôles de Dragonfly et de Valentine, la jeune actrice tenant le rôle de l'espionne. Comme le rappelle Roman Coppola, la date de démarrage du film approchait et ce double rôle-clé n'était toujours pas distribué. "J'avais fait beaucoup de recherches, commente-t-il, cherchant une personne pouvant incarner un agent secret super sexy et possédant également un côté sensible, sincère et innocent. Il n'était pas facile de trouver toutes ces qualités en une seule comédienne. Initialement, je cherchais une actrice française, puisque tel était écrit le rôle, lorsque j'ai réalisé que j'avais repéré Angela dans des magazines de mode et avais toujours pensé qu'elle possédait ce charme adéquat. Je l'ai rencontrée et ai tout de suite su qu'elle pourrait le faire."

Angela Lindvall admet qu'elle fut tout d'abord très nerveuse à l'idée de se lancer dans le métier de comédienne.
"C'est tellement différent de ce que j'avais fait jusque-là. C'était comme un challenge et à terme ce fut une expérience professionnelle très agréable. J'étais tellement nerveuse le premier jour du tournage, plus encore par ce côté nouvelle expérience que par le fait de devoir jouer, que je n'ai presque pas eu conscience que nous étions en train de faire un film. Je trouve à présent que jouer Valentine, qui est une fille normale, naturelle, complètement dans la réalité, est plus impressionnant que camper Dragonfly, un caractère fabriqué dans l'excès, pour lequel vous n'avez qu'à cabotiner et essayer d'être drôle. Alors que Valentine requiert de vraies qualités d'actrice."

Jeremy Davies atteste avoir été impressionné par sa partenaire.
"Une des premières conversations que nous avons eu portait justement sur la différence entre l'univers de la mode et le milieu du cinéma. Nous avons évoqué la manière dont un modèle doit toujours avoir une parfaite conscience de soi, être en mesure de connaître parfaitement la relation du corps avec l'objectif. Or, pour moi, jouer est exactement le contraire. Heureusement, le jeu du comédien est beaucoup plus en rapport avec sa vie intérieure, sa sensibilité, son mode de pensée et passe par la communication et l'écoute. Je présume qu'il n'est pas évident après des années de travail comme mannequin de perdre cette hyper conscience de soi. Angela y est superbement parvenue."
Angela Lindvall ajoute
"J'ai été contente de jouer deux rôles en un. C'est un peu comme dans mon travail, lorsque vous devez fabriquer l'image que les gens ont et attendent de vous, et qu'une fois démaquillée, vous redevenez une fille normale et sensible. C'était assez agréable de montrer ces deux faces dans le film."