L’histoire de Bad Blake se déroule dans les méandres de son monde, qui s’étend du Colorado au Nouveau-Mexique et au Texas, alors qu’il joue dans divers bars, clubs et même des salles de bowling, parcourant des étendues faites de vies fragmentées et traversées par la quête incessante des amours perdus ou jamais trouvés. En chemin,
Crazy Heart ouvre de nouvelles perspectives sur l’Ouest américain, qui, peu importe la modernité croissante de la vie autour, reste sauvage à bien des égards. « Je voulais vraiment que le film ait une qualité intemporelle, explique
Scott Cooper. Ce sentiment naturaliste qui émane des grands films intimistes des années 70. Du point de vue de la thématique, on a ces personnages et ces situations rudes, auxquels il fallait opposer un contrepoint visuel. »
Pour saisir tout cela, Cooper a collaboré avec de nombreux artistes parmi lesquels le chef opérateur
Barry Markowitz, connu pour son travail sur des films tels que
De Si Jolis Chevaux,
Le Predicateur, et
Sling Blade ; le décorateur
Waldemar Kalinowski, dont la filmographie comprend
Appaloosa et
Leaving Las Vegas, et le costumier
Doug Hall (qui a travaillé avec Markowitz sur
De Si Jolis Chevaux,
Le Predicateur, et
Sling Blade).
Markowitz a suggéré à Cooper de rompre avec l’intimisme des scènes d’intérieur en les équilibrant avec la familiarité des ciels infinis et des panoramas immenses offerts par le paysage. « Après tout, nous tournions dans un grand pays, » remarque le chef opérateur. « Alors nous avons fini par tourner beaucoup de choses en extérieur, des plans qui nous ont forcés à rester debout à trois heures du matin ! L’idée était d’aérer l’histoire. »
Pendant ce temps,
Waldemar Kalinowski se concentrait sur 25 lieux dans la région de Santa Fe et Albuquerque, motivé par un défi qu’il qualifie de la sorte : « créer une tranche de vie américaine à la beauté classique d’une façon nouvelle et intéressante. »
Pour créer les intérieurs de Bad Blake et Jean Craddock, Kalinowski s’est focalisé sur leur passé : « Des vestiges de leurs vies passées sont visibles dans
Crazy Heart, particulièrement dans la maison de Bad, qui est une fenêtre sur qui il est et d’où il vient. » Son travail s’étant surtout limité à des décors naturels à l’ambiance réaliste, le seul décor que Kalinowski a dû créer fut l’extérieur de la salle de Bowling où Blake rencontre Tony & The Renegades.
Deux des décors qui ont beaucoup apporté à l’atmosphère du film furent le Journal Pavilion, l’amphithéâtre extérieur de 12.000 places d’Albuquerque où se produit Tommy Sweet, et l’Opéra de Santa Fe, où sont tournées les scènes finales.
Le Journal Pavilion, une des principales salles de concert du Nouveau-Mexique, était déjà réservé depuis longtemps lorsque la production a demandé l’autorisation de tourner les séquences où Tommy Sweet se produit devant un public enthousiaste d’amateurs de country. Les producteurs ont finalement réussi à négocier avec le chanteur Toby Keith la permission d’utiliser la pause de dix minutes entre deux changements de décors de son concert pour tourner la séquence.
Grâce à une planification minutieuse des placements de caméra et plusieurs répétitions dans l’après-midi précédant le grand soir, l’équipe est parvenue à filmer « Gone, Gone, Gone » et « Fallin & Flyin », le duo de Bad et Tommy, ainsi qu’une seconde prise au steadicam.
Un des moments forts du film, durant lequel un Bad Blake convalescent croise Jean Craddock pour la dernière fois, a été tourné à l’Opéra de Santa Fe, une merveille architecturale surplombée par un éblouissant toitterrasse planté au milieu des montagnes Sangre de Crist et Jemez.
Kalinowski résume : « L’histoire de Bad et Jean se termine dans ce lieu sublime et exaltant, où les univers des deux protagonistes du film entrent en collision une dernière fois. »
Comme Kalinowski, le costumier
Doug Hall a été guidé par les personnages et par la longue tradition du style vestimentaire de la musique country. « J’ai regardé beaucoup d’images de vieux concerts pour avoir une idée de ce que ces gens portent, dit-il. J’ai aussi été inspiré par les photos du Texas de Richard Avedon. »
Comme Hall l’explique : « Pour Bad Blake, nous ne souhaitions pas seulement évoquer un style mais un mode de vie. Jeff a accordé beaucoup d’attention aux détails, comme ce qu’il garde dans ses poches tous les jours : des médiators, un briquet, quelques cigarettes écrasées. Tout cela était basé sur la réalité de la vie de cet homme. Bad, tel que Jeff l’a incarné, est un personnage à l’apparence frappante, mais pas nécessairement un homme de spectacle. Il est un peu plus brut de décoffrage et cabossé. »
Pour Jean Craddock, Hall a mis l’accent sur son rôle de mère. « Être mère est très important pour le personnage de Jean, et c’est une chose à laquelle Maggie s’identifie. Le plus difficile forcément, était de rendre Maggie quelconque. »