Notes de Prod. : Cyrus

    en DVD le 19 Janvier 2011

La

Travailler avec Jay et Mark Duplass constitue toujours une expérience spéciale pour les acteurs et les membres de l’équipe technique mais les frères ne voyaient aucune raison de modifier leur approche pour leur premier film hollywoodien. Considérée comme inhabituelle, leur méthode consiste à tourner les scènes dans l’ordre chronologique de l’histoire et à laisser les acteurs développer leurs propres dialogues et leur jeu de scène. Même les acteurs les plus expérimentés ont été surpris et inspirés par cette façon de travailler. La coproductrice Chrisann Verges observe : « Je pense qu’on devrait écrire un livre sur la « Méthode Duplass », parce qu’elle est fascinante à tous les niveaux. Ce que je trouve le plus intéressant dans leur façon de travailler, c’est qu’ils tournent dans l’ordre du scénario. On comprend mieux le développement de l’histoire, et quand on visionne les rushes on a l’impression de regarder un feuilleton. Que va-t-il arriver à Molly, Cyrus et John aujourd’hui ? Les acteurs ont apprécié cette façon de travailler parce qu’elle leur a permis de développer

les relations de leurs personnages exactement comme dans la vraie vie. » Autre différence majeure par rapport aux techniques de tournage traditionnelles : les frères Duplass ne prévoient aucune action spécifique pour chaque prise. Jay Duplass explique : « Nous plaçons la caméra devant les acteurs, et non pas les acteurs devant la caméra. Nous avons réalisé que nous n’arrivons pas à obtenir le genre de performances que nous recherchons en obligeant les acteurs à respecter des marques ; nous avons donc développé une façon plus réaliste de travailler en les filmant comme on filme un documentaire. Au début, Mark tenait la perche pendant que je tenais la caméra, et les acteurs faisaient ce qu’ils voulaient en face de nous. » Cette technique crée une immédiateté à laquelle les frères Duplass et les acteurs accordent beaucoup de valeur. Marisa Tomei observe : « J’adore leur façon de filmer. Souvent, ils utilisent deux caméras en même temps; ils peuvent ainsi saisir tout ce qui se passe en une seule fois. C’est vraiment génial pour les acteurs parce que cela vous permet de jouer vos scènes en complète interaction avec vos partenaires et d’être plus concentré sur le jeu. »

Pour renforcer le réalisme du film, les frères Duplass ont éclairé le moindre recoin des décors de façon à ce que les acteurs puissent aller n’importe où sans se soucier de leurs marques. Chrisann Verges raconte : « Nous passions beaucoup de temps pour la mise en place des lumières, mais une fois celle- ci terminée, les acteurs pouvaient jouer leurs scènes comme ils le voulaient. Nous avons aussi utilisé des caméras numériques qui nous ont permis de tourner pendant des heures sans nous soucier de lapellicule. Chaque jour, nous filmions environ cinq heures d’images. » Il y a encore cinq ans, filmer autant aurait été impossible, mais les progrès en matière de caméras haute définition, comme la caméra red utilisée sur Cyrus, ont donné aux cinéastes une flexibilité incroyable. Jay Duplass explique : « Grâce à cette caméra, nous pouvions laisser jouer les acteurs, et les filmer, pendant quinze minutes d’affilée, sans être obligés de les interrompre, ce qui nous a permis de capter des choses exceptionnelles. Quand vous tournez en 35 mm, vous avez une caméra énorme sur les épaules. Je suis aussi cadreur sur ce film, et comme je ne suis pas très costaud la légèreté de la red est aussi entrée en ligne de compte dans notre décision de l’utiliser. »

Parmi toutes les particularités du style des deux frères, l’improvisation reste la principale. Chrisann Verges raconte : « Nous utilisions le scénario comme base pour l’improvisation. Durant le premier tiers d’une prise, les acteurs respectaient le scénario, puis, quand ils arrivaient au bout de la scène, Jay et Mark laissaient tourner la caméra, et souvent ils saisissaient de vraies pépites d’improvisation. » Si cette méthode est ce qui rend leurs films aussi spéciaux, elle demande aux cinéastes d’être certains que leurs acteurs connaissent parfaitement leurs personnages. Jay Duplass déclare : « Ces acteurs sont très intelligents. Ils savent ce qu’ils font et ils ont une compréhension du scénario et de la narration bien supérieure à celle de la plupart des gens. Ce que Mark et moi faisons, c’est de leur donner comme indication un objectif précis à atteindre. Par exemple, nous disons à un acteur : « Tu es très en colère contre lui et ton boulot est de sortir de cette pièce ». Puis, secrètement, nous disons à l’autre acteur : « Quoi que tu fasses, ne laisse pas l’autre sortir de la pièce ». Avec ces deux directives, vous créez une scène, et si vous avez de très bons acteurs capables de comprendre l’histoire et les personnages, vous avez de grandes chances de les voir faire des choses incroyables. Leurs dialogues, leurs gestes et leurs expressions changeront à chaque prise. » Pour les acteurs, l’improvisation a apporté à la fois une plus grande liberté et une responsabilité accrue. John C. Reilly explique : « Quand vous commencez à improviser, les personnages prennent vie par eux- mêmes. Parfois vous vous écartez complètement du scénario. La plupart du temps, nous jouions la scène une ou deux fois comme elle était écrite, et ensuite nous changions certaines choses ou cherchions de nouvelles sources d’humour. Il nous arrivait même de ne pas jouer du tout la version du scénario. Nous l’utilisions comme une indication de ce qui était censé se passer dans la scène. J’adore improviser, c’est comme écrire le film tout en le jouant. » Après chaque journée de tournage, les frères Duplass visionnaient ce qu’ils avaient filmé et décidaient de la direction à donner à l’histoire en fonction de ce qui leur semblait fonctionner le mieux. Jay Duplass note : « Mark et moi avons appris à passer au-delà de nos idées préconçues pour faire ce qui est le mieux pour le film. » Le résultat est un film très personnel qui reflète la vision du monde singulière des frères Duplass. Jonah Hill déclare : « Ce film a quelque chose de « fait main », d’artisanal, et je pense que c’était leur intention. Quand je dis « fait main », cela veut dire que ce n’est pas un pull que vous pouvez trouver chez Gap : c’est le tricot que Mamie a fait spécialement pour vous. Ce film ne ressemble à aucun autre. » Jay Duplass note : « J’espère que les gens seront touchés par cette histoire. Et j’espère aussi que nous l’avons tournée d’une façon qui amusera. La vie peut parfois faire mal, nous essayons donc de la montrer à l’écran d’une manière qui donne envie de rire de toutes les situations. »

Mark Duplass conclut : « La principale raison qui pousse les gens à venir voir un film comme celui-ci est l’envie de voir une histoire aussi vraie que celles que nous pouvons vivre dans la réalité. Notre but est de donner au public l’impression que nous avons posé des micros dans leur chambre et enregistré leur dernière conversation. Nous essayons de comprendre la nature humaine, mais d’une façon amusante et qui donne à chacun d’entre nous le sentiment qu’il n’est pas seul. Certains de nos personnages sont un peu étranges, mais la vérité, c’est qu’ils nous ressemblent beaucoup... »


Le cinéma autrement

Le producteur Michael Costigan a découvert le travail de Jay et Mark Duplass en 2005, au Festival du Film de Sundance où était projeté leur premier long métrage, The puffy chair. Écrit, réalisé et produit par les deux frères, et tourné avec seulement 15 000 dollars, The puffy chair a impressionné Michael Costigan: « Je me suis dit que ce film ne ressemblait à aucun de ceux que j’avais pu voir jusque-là. Mark et Jay avaient fait un film incroyablement drôle, original et émouvant sur les rapports humains. » Portrait semi-improvisé des derniers jours d’une relation, le film a remporté le Prix du Public du prestigieux SXSW Film Festival. La réputation de The puffy chair s’est très vite étendue grâce au bouche à oreille. Michael Costigan a ensuite rencontré Jay et Mark Duplass pour discuter du genre de film qu’ils aimeraient faire s’ils avaient le budget d’un film de studio. Les deux frères ont répondu qu’ils souhaitaient poursuivre leur exploration des réalités, à la fois douloureuses et drôles, des relations humaines modernes.

Cherche acteur capable d'exister.

Quand le moment est venu de choisir les acteurs de Cyrus, les cinéastes ont réalisé qu’ils avaient pour la première fois accès aux stars les plus connues d’Hollywood. Mais plutôt que de rencontrer une armée d’acteurs célèbres, Mark et Jay ont proposé plusieurs idées précises sur les gens avec qui ils voulaient travailler. Michael Costigan raconte : « Ils ne sont pas arrivés avec une longue liste de noms pour chaque rôle. Et ils ne se sont pas dit non plus : « Quelles stars pouvons-nous mettre dans notre film ? » Ils se sont demandé qui étaient leurs acteurs favoris, comment ils pouvaient les employer dans leur film, et ils ont choisi pour chaque rôle celui qui leur semblait le plus approprié. Ils aiment conserver une dynamique constante dans leur façon de filmer. Ils tournent sans interruption, dans la continuité. Cela exige des acteurs de posséder à la perfection leur personnage et d’être capables d’improviser.» Jay Duplass explique : « Pour nous, c’était très important que les acteurs choisis aient aimé nos films, qu’ils apprécient notre façon de faire, qu’ils se sentent à l’aise dans un environnement où il n’y a pas toujours de réponse, et où ils sont libres d’expérimenter des choses sur le plateau. Cela demande beaucoup de patience. » Le personnage central du film est John, un monteur divorcé d’une quarantaine d’années qui est resté proche peut- être un peu trop de son ex-femme. Jay Duplass raconte : « Sa vie s’est arrêtée après le divorce, et quand il découvre que son ex-femme est sur le point de se remarier, il est complètement perdu. Elle le force alors à aller à une fête... » John C. Reilly, qui interprète John, a prêté son physique de « Monsieur tout-le-monde » et son talent comique à des films comme Frangins malgré eux d’Adam McKay et Walk hard de Jake Kasdan, et à la comédie musicale Chicago de Rob Marshall. Mark Duplass note : « Quand on voit John C. Reilly pour la première fois dans notre film, on identifie immédiatement le personnage en tant que divorcé et célibataire qui n’a rien d’un battant.