Une autre vision de l'Amérique
Drôle d'année que 2004. Des autoportraits de réservistes américains nous les montrent en train de torturer des civils arabes et suscitent un haut-le-cœur mondial. Aux yeux de la planète, après les invasions de l'Afghanistan puis de l'Irak, cela en est trop. Certains pensent même que l'aventure américaine est en danger de virer au fascisme. Sur les côtes est et ouest, des manifestations contre la guerre - et contre le Président - se multiplient. A l'évidence, croit-on, l'Amérique se polarise. Il y a les « anti-Bush » et il y a les « patriotes », la « droite chrétienne ». Enfin, soupire-t-on, il se passe quelque chose au pays de Nike et de MacDo, où depuis de longues années le duel politique semblait s'être assoupi derrière une montagne de publicité.
Mais il y a pire. L'armée américaine pratique la torture de manière routinière et délibérée depuis presque deux ans sur la base de Bagram en Afghanistan et à Guantanamo Bay. Pourquoi alors est-ce que la presse n'a pas régi à ce retour de la torture plus tôt ? Pourquoi avoir attendu la diffusion - dans un magazine littéraire - des images de la prison d'Abou Ghraîb ? Parce que sans images, aucun impact n'était possible.
Aussi le mouvement anti-Bush n'est pas un mouvement politique, mais un mouvement d'opinion, comme il s'en soulève épisodiquement aux Etats-Unis, orages artificiels qui balaient sauvagement les mentalités au gré de manipulations plus ou moins conscientes, plus ou moins calculées. La démocratie américaine repose sur la valeur suprême de l'échange d'opinions sans entraves, mais lorsque ces opinions seront suscitées délibérément chez un peuple qui n'aura plus ni connaissance, ni vécu individuel, alors la démocratie n'aura plus de sens.
C'est donc ailleurs qu'il faut chercher la trace d'une vraie résistance, et à travers elle découvrir d'autres grilles d'analyse pour mieux comprendre ce qui se passe dans ce pays, dont l'évolution a si souvent anticipé la nôtre. C'est au fin fond de l'Amérique qu'on comprend mieux la nature d'une société aujourd'hui fondée sur une idée de l'homme déséduqué, assujetti à ses propres pulsions et par la manipulation de ces pulsions. C'est là aussi, au fin fond de l'Amérique, qu'on peut rencontrer de véritables dissidents, des gens hors jeu, dont le regard est frais. Un regard étonnant.
Le film selon son réalisateur
Daddy Daddy Usa est un film personnel et de cinéma. Il a été longtemps en gestation. Dans ce sens, il est nécessairement loin de l'actualité. Il veut raconter une histoire universelle, celle du rapprochement tardif d'un fils avec son père. Mais comme tout documentaire, il porte en toile de fond les mouvements de son temps.