Il y a vingt ans, mon premier film israélien, Nous sommes des juifs arabes en Israël, traitait d'un phénomène de société de l'époque : le problème des juifs sépharades et juifs ashkénazes. Aujourd'hui, c’est la confrontation entre les ultras orthodoxes et les laïcs en Israël qui constitue le problème social et politique majeur.
D'où l'urgence pour moi de montrer l'importance de cette réalité-là à travers une fiction. A chacun de mes longs séjours en Israël, j'ai été impressionné de constater à quel point ce pays représente un formidable laboratoire d'étude des tensions que connaît le monde moderne actuel, qu'il s'agisse des problèmes de l'immigration, des conflits Orient/Occident, ou encore des violentes tensions qui naissent de l'opposition entre l'Etat moderne laïc et la montée des intégrismes religieux. Israël est en effet confronté aujourd'hui à une montée en puissance violente du tout religieux.
La société est devenue schizophrène : d'un côté les laïcs et le modernisme des technologies de pointe, les plus avancées au monde; de l'autre les ultras religieux, figés sur des modes de vie et de pensée datant de plusieurs millénaires. Schizophrénie galopante, du fait qu’ils se livrent à un prosélytisme débridé à l'encontre de la population juive laïque.
Les conversions qui en résultent provoquent des fractures terribles au sein même des familles, entre mari et femme, frère et soeur, parents et enfants. C'est cette réalité complexe et inquiétante qui m'a poussé à réaliser ce film. Au niveau du pays tout entier, le sentiment d'injustice et de révolte éprouvé par la population laïque croît parallèlement à la montée en puissance tant numérique, qu'idéologique et politique, des religieux. Aux yeux des laïcs, les religieux ne travaillent pas et ne font pas l'armée. Ils sont subventionnés à vie par l'Etat. Ils représentent une force improductive qui ne participe pas au développement économique et qui contribue à l'appauvrissement du pays.
De plus, la présence des partis religieux au sein du gouvernement entrave les réformes nécessaires et rend le pays ingouvernable. Israël, pays jeune et moderne, n'a pas encore établi de séparation entre l'Etat et la religion. C'est le grand débat d'aujourd'hui. C'est peut-être là que réside la solution qui pourrait apaiser les tensions. A travers l’histoire de
Dan et Aaron, j’ai tenté, par la fiction, de montrer comment on peut vivre cette séparation au XXI°siècle.
Lors de la préparation du film, j’ai rencontré des philosophes, des religieux, des politiques avec lesquels je me suis longuement entretenu. En racontant la tragédie de ces deux frères, que tout sépare sauf leur naissance, j’ai essayé de me tenir au plus près de cette immense fracture qui déchire la société israélienne.