Notes de Prod. : Dans Tes Bras

Entretien avec Hubert Gillet et Michèle Laroque

Dans Tes Bras est votre premier long-métrage, ce récit semble un peu le vôtre ?
Hubert Gillet : Sans être autobiographique, ce récit s’inspire de ma propre histoire. J’ai grandi dans une famille qui a accueilli de nombreux enfants sans parents, orphelins ou abandonnés. Les uns venaient en attendant d’être placés ou adoptés, les autres, comme moi, y sont restés de la petite enfance jusqu’à leur majorité. Nos parents d'adoption, qui avaient déjà quatre enfants naturels, se démenaient pour que l'on soit heureux et nous l'étions bien souvent. Cependant, le sentiment d'être de passage ne nous a jamais quittés. A l’adolescence, certains ont éprouvé le besoin de savoir d’où ils venaient. J’étais de ceux-là. En réalisant Dans Tes Bras, j’avais envie d’interroger ce moment très précis de l’adolescence où la quête d’identité et la recherche de ses propres racines sont nécessaires, urgents. Le moment où il devient vital de savoir pour pouvoir se construire.
Michèle Laroque : J’avais le sentiment que ce récit était essentiel pour Hubert, j’avais envie de l’accompagner dans cette aventure. Et c’est en découvrant son court-métrage, Lune, que j’ai réellement décidé de faire ce film, d’être une des protagonistes qui allait permettre de raconter cette histoire.

Dans ce court-métrage vous abordez déjà la question de l’adoption.
Hubert Gillet : Lune est l’histoire d’une petite fille de 6 ans retirée à sa mère par les services sociaux et placée chez une nourrice. Lune est une histoire de placement. Dans Tes Bras est une histoire de déplacement.Même si Louis est un peu cette petite fille qui aurait grandi et qui partirait à la recherche du morceau manquant à son puzzle.

Au début du film Louis dit : « Je ne veux plus venir de nulle part.»
Hubert Gillet : C’est un adolescent, il va avoir 16 ans et pour lui c’est maintenant qu’il doit s’écrire une histoire. Si rencontrer sa mère naturelle reste incertain et éprouvant, qu'importe. Y renoncer, ne serait-ce pas renoncer à soi-même ? Car s’affirmer et s'épanouir en tant qu’individu suppose aussi d’être reconnu par l'origine retrouvée. Cette demande d’amour est si violente, qu’autour de Louis tout bouge. Tous sont à la merci de ces retrouvailles. Au milieu du tumulte, Louis, perdu, se cherche et se trouve, indubitablement.

Le personnage de Solange est un personnage complexe...
Hubert Gillet : Oui, elle est brutalement confrontée à une situation qui la submerge, l’embarrasse, la terrorise: un passé qui refait surface, la rencontre avec un fils.
Michèle Laroque : Le personnage de Solange est un personnage en souffrance et cela a forcément dû éveiller en moi des choses que je ne soupçonnais pas. En même temps, je crois que les rôles n’arrivent jamais complètement au hasard. Bien que mon parcours personnel soit différent, il y a sûrement en moi une forme d’abandon qui me permet d’être touchée par cette histoire, de la jouer et très certainement de m’en libérer. Même si cela coûte toujours de jouer un drame sans la carapace de l’humour pour se protéger !

Solange est-elle un personnage dans le déni?
Michèle Laroque : Elle a construit sa vie en supprimant un certain nombre de sentiments dont les regrets et les souvenirs. Pour pouvoir vivre, elle s’est fabriqué un corset et il ne faut surtout pas le délacer. Elle sait pourtant que c’est inéluctable.

Le personnage central est un adolescent entouré essentiellement par les femmes...
Hubert Gillet : Effectivement. Même si pour raconter cette quête je tenais à ce que le récit reste centré sur Louis et sa mère biologique. Cependant, la mère adoptive, interprétée par Catherine Mouchet, n’est jamais loin. Ils agissent comme le reflet inverse de la relation entre Louis et sa mère naturelle. La jeune fille de l’hôtel interprétée par Lola Naymark est aussi tout près de Louis. A travers elles et grâce à elles, Louis renoue avec ses origines et se construit amoureusement et socialement.
Michèle Laroque : C’est la quête de la mère et de la femme... Toutes ces femmes se croisent et permettent à Louis de devenir pleinement vivant.

Ces femmes s’affrontent aussi...
Hubert Gillet : Oui, j’ai délibérément choisi de confronter les deux mères : la « mère de cœur » acceptera-t-elle le « départ » de celui qu’elle considère comme son propre fils ? Et la « mère de sang », pourra-t-elle rattraper seize ans d’absence ? J’ai aussi voulu un personnage de fille qui s’oppose à sa propre mère... Je voulais cette opposition parce que cela aussi fait grandir Louis. Albert Cohen dit: « Les fils ne savent pas que leurs mères sont mortelles. » Lorsque Clémentine le cite, Louis et Solange prennent conscience qu’ils doivent aller jusqu’au bout. Lui dans sa quête, elle dans son accepta-
tion.

Comment avez-vous eu envie de travailler ensemble ?
Michèle Laroque : Comme je le disais précédemment, c’est le travail d’Hubert en tant que réalisateur qui m’a convaincu. Lune est un film fort, pudique, où l’émotion affleure sans cesse. Et puis il y a la rencontre avec Hubert et les nombreux échanges et points de vue que nous partagions sur le personnage de Solange. Nous avancions dans la même direction. Très vite Hubert m’a demandé de rencontrer Martin Loizillon. Il avait envie de m’impliquer dans ce choix. Hubert fonctionne beaucoup à l’intuition.
Hubert Gillet : Oui, et pour moi la rencontre était essentielle. J’avais envie que ces deux personnages se choisissent...
Michèle Laroque : Cette rencontre a été déterminante. J’ai senti une authenticité, une sincérité chez ce tout jeune comédien qui m’ont beaucoup touchée. Martin est une grande révélation !
Hubert Gillet : Le casting a été long et Martin faisait partie des premières rencontres. Il venait juste d’être reçu au conservatoire et avait travaillé dans différents cours de théâtre, notamment aux Etats-Unis. En lui parlant du scénario, j’ai tout de suite senti qu’il comprenait instinctivement où le film allait. Immédiatement, il a été juste. J’ai continué mon casting mais, inconsciemment, je savais que je l’avais choisi, il y avait une sorte de familiarité entre lui et moi. D’une certaine manière, il devenait mon petit frère.

Dans Tes Bras est un film dont le son et la lumière sont épurés et débarrassés de tout artifice.
Hubert Gillet : Dans Tes Bras est construit sur les regards, les blessures. Les personnages se mettent à nu. Leurs silences sont souvent éloquents presque violents. Le parcours de Louis se construit à l’instinct. La caméra prend son temps et s’attarde sur deux solitudes, celles du fils et de sa mère. Il s’agit pour moi de suivre mes personnages au plus près. Capturer la rencontre improbable de ces deux écorchés de la vie. J’aime bien être moi-même spectateur de ce que je montre. J’essaie d’avoir une caméra qui soit spectatrice. Elle ne fouille pas dans la tête des personnages, elle observe... Je limite au strict nécessaire les mouvements.Je flirte sans cesse avec le documentaire. Concernant la musique, dès le début de l’écriture j’avais le désir d’une mélodie simple jouée à la guitare sèche. J’avais envie que la musique soit organique.

Le film tend vers une réconciliation...
Hubert Gillet : Oui c’est comme le titre du film. Il y a le désir simple d’une étreinte, de la toute première étreinte entre un fils et sa mère.

Notes de Tournage...

Michèle Laroque remplace Miou-Miou dans les bras d'Hubert Gillet

Michèle Laroque a été choisie pour remplacer Miou-Miou dans le film écrit et réalisé par Hubert Gillet, Dans Tes Bras.

On ne connaît pas les causes du désistement de l’actrice mythique du film Les Valseuses pour qui le film avait été écrit. Peut-être un besoin de souffler avec récemment deux films à l’écran (Affaire De Famille et Le Grand Alibi) et prochainement Les Murs Porteurs (en salles le 09 Juillet) ?
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 203 entrées
  • 1er jour IDF : 743 entrées
  • 1ère semaine IDF : 4 143 entrées
  • Cumul IDF : 4 870 entrées

  • 1er jour France : 1 459 entrées
  • 1ère semaine France : 7 425 entrées
  • Cumul France : 9 409 entrées