Notes de Prod. : Darling

    en DVD le 13 Mai 2008

Entretien croisé entre Jean Teulé et Guillaume Canet

Jean Teulé : Guillaume, comment avez-vous appris l’existence de Darling ?
Guillaume Canet : C’était il y a quelques années, pour une autre production qui avait acheté les droits de votre livre. Christine Carrière m’avait donné rendez-vous pour me parler de l’histoire et du rôle qu’elle me proposait. Elle m’a expliqué que c’était un truc très différent de ce que j’avais joué et on a fait des essais avec Marina qu’elle a beaucoup aimés. Ensuite j’ai lu le livre et j’y pensais sans arrêt à cette histoire. J’avais vraiment envie que le film existe.

J. T. : Qu’est-ce qui vous a intéressé ?
G. C. : Énormément de choses. Tout d’abord la vie terrible de cette femme, ce qu’elle traverse. Ensuite, le lyrisme et le décalage qui en sortaient, les pointes d’humour qui tiraient l’histoire vers le haut et aussi un truc très visuel qui se dégageait du bouquin et du scénario.

J. T. : Vous interprétez le mari de Darling : Joël Épine, dit Roméo. Qui est-ce ?
G. C. : Un routier tombé dans l’alcool et très violent qui a besoin pour exister, pour se sentir vivant, de passer par des excès. Il va trop vite. Il se met vite à boire comme les parents, fait vite des enfants, s’installe vite dans une maison et je pense qu’il arrive à un stade de panique. Il s’amuse alors sans mesurer les dérapages et sans aucun respect pour sa femme. C’est un personnage assez ignoble.

J. T. : Ce type existe vraiment. Il vit quelque part en Basse-Normandie. Si vous deviez le rencontrer, vous lui poseriez quelle question ?
G. C. : Êtes-vous calmé ?

J. T. : Est-ce que vous pourriez aller dîner ou boire un coup avec lui ?
G. C. : Je ne crois pas, non. À part le personnage, je n’ai rien en commun avec lui. Non, je n’ai pas une envie folle de croiser ce gars. Je n’ai jamais eu envie de le rencontrer pour parler, par exemple, du rôle. J’espère que cette histoire, s’il voit le film… J’espère en tout cas qu’il va mieux parce qu’il ne doit pas aller très bien pour le moment.

J. T. : Est-ce un monstre ? Lui trouvez-vous des excuses ?
G. C. : Des excuses, non. Un monstre, non plus. Je pense que c’est quelqu’un qui est malade.

J. T. : On ne vous a pas souvent vu jouer des personnages aussi dégueulasses. C’est finalement jouissif ou une difficulté supplémentaire d’interpréter un mec comme ça ?
G. C. : Ce n’est pas évident. Parce que moi, je n’ai jamais été violent envers une femme. Je déteste ça. C’est quelque chose que je ne peux pas concevoir. Donc ce n’est pas agréable mais c’est intéressant. Je voulais jouer ce rôle parce qu’avec quelqu’un de si sensible que Christine Carrière et d’aussi fine… on n’a pas besoin de voir beaucoup de coups, ni de sang ni quoi que ce soit, pour ressentir la violence du film. Elle sait montrer et nous mettre dans des situations qui vont amener le malaise. Si elle m’avait demandé de passer mes journées à mettre des tartes dans la gueule de Marina, je ne pense pas que ça m’aurait vraiment plu.

J. T. : J’ai assisté à votre première scène de votre premier jour de tournage et j’ai tout de suite été bluffé. C’était la scène où Catherine vous présente à ses parents dans une étable et vous aviez une démarche de Bas-Normand, quelque chose à la fois de paysan et de marin, un comportement de corps, comme ça, hésitant avec des regards fuyants et vicelards. J’étais sur le cul. Vous l’aviez choppé immédiatement, Roméo. Où allez-vous chercher ça, c’est de l’observation ?
G. C. : Quand on a grandi comme moi, dans le milieu des chevaux, on côtoie beaucoup de Bas-Normands car on fait des concours là-bas…

J. T. : À Saint-Lô ?
G. C. : Oui, par exemple, et j’y ai vu des mecs ayant cette allure. Ce qui est agréable dans le métier de comédien, c’est d’observer et d’essayer de reproduire.

J. T. : Vous faites de Roméo un personnage troublant que l’on déteste et, en même temps, on ne sait pas trop…
G. C. : S’il a un côté attachant, c’était une volonté de ma part. C’est une discussion qu’on avait eu avec Christine qui, pour moi, était importante parce qu’il n’était pas concevable de faire passer Darling pour une conne. Si elle restait avec cet homme, c’est qu’il la touchait, quoi. Parce que, sinon, pourquoi rester avec lui ? C’est toute l’ambiguïté de ce genre de couple. L’homme sait être touchant au moment où il le faut pour que la femme ne se barre pas. C’est ce qu’il y a de terrible d’ailleurs, ce qu’il y a d’horrible.

J. T. : Et quand vous avez vu Marina en Darling ?…
G. C. : Ah, je l’ai trouvée… Quand je l’ai vue, le premier jour, je ne savais pas qu’elle avait pris autant de poids. Et puis j’étais surpris parce qu’elle est très déconneuse, Marina. Elle fait tout le temps l’imbécile mais là, elle était tellement impliquée ! On sentait que ce rôle était essentiel pour elle, quelque chose de vital. Elle était exténuée sur le tournage. Il y a des moments où elle a craqué presque comme si c’était elle, Darling, presque comme si elle subissait tout cela… Et c’est marrant parce qu’un jour j’ai dit quelque chose pour plaisanter et ça l’a… Ce n’est pas que ça l’ai vexée mais ça l’a… Enfin, ça l’a émue. Elle n’était pas bien. Elle était fragile pendant le tournage.

J. T. : Et Christine Carrière ?
G. C. : Le travail avec Christine était incroyablement intéressant parce qu’elle choie ses acteurs. Elle est très amusante parce qu’elle part du principe qu’on ne peut pas lui dire non. Elle dit à l’équipe : « Voilà, je vais faire ça. » « Ben non, Christine, on ne peut pas parce qu’il fait nuit. » « Si, si, on va le faire. » « Ah oui mais il fait nuit. » « Et bien ? On trouve une solution. » Voilà. Et moi, ça m’a beaucoup plu.

J. T. : Et puis le résultat de tout ça, le film en lui-même, vous l’avez vu et trouvé comment ?
G. C. : Formidable. Magnifique. Et je remercie les gens qui ont cru à ce film et qui y ont participé financièrement. J’aurais aimé qu’ils mettent un peu plus d’argent pour que Christine soit plus à l’aise mais elle l’a fait avec son cœur et tout le monde l’a fait avec son cœur. Et puis il y a cet univers qui était déjà dans le livre. Cela me fait penser à certains films de Blier (« Les Valseuses »…) — une lumière un peu crue, des personnages un peu extrêmes. Il y a dans ce film une magie, une magie de cinéma comme aussi dans « Beau-père »… une humeur, des ruptures de rythmes. Ça me plait beaucoup d’avoir joué dans un film qui puisse appartenir à cette famille.

J. T. : La vraie Darling m’a dit : « Demande à Guillaume si dans une prochaine vie, il ne voudrait pas m’épouser ? Finalement je le préfère au mari que j’ai eu dans cette vie-là. » Quelle est la réponse ?
G. C. : Oui, avec plaisir.

J. T. : Vous ne lui foutrez pas sur la gueule, promis ?
G. C. : Oui ! Ça m’a fait plaisir de la voir sur le tournage. Il faut être très courageuse, quand même, pour venir sur un plateau, faire face aux gens d’une équipe qui savent très bien qu’ils racontent votre vie. Elle était très gentille avec un franc-parler. J’espère qu’elle s’en sortira, que le film peut-être… déjà le livre ça a dû être quelque chose. Si elle ne tenait pas le coup maintenant, ce serait vraiment dommage. Je crois qu’il faut qu’elle pense justement au courage qu’elle a eu jusqu’à présent pour maintenant, justement, redémarrer une nouvelle vie.

Entretien avec Jean Teulé

Comment j’ai appris l’existence de Darling ?
À une époque où je travaillais pour Nulle part ailleurs et disais souvent à mes copains : « Si je trouvais une bonne idée de roman, j’arrêterais la télé. » Et puis un jour de mai 1997, j’avais les jambes croisées sur mon bureau à Canal+, il était 11h30 lorsque le téléphone a sonné. C’était l’accueil :

Entretien avec Christine Carrière

Comment ai-je appris l’existence de Darling ?
Sur le tournage de Qui Plume La Lune, mon deuxième film, Christine Gozlan, ma productrice, m’a offert le roman de Jean Teulé en disant : «C’est complètement ton univers : je suis sûre que tu peux en faire un film.»

Les comédiens vus par la réalisatrice

A propos de Marina Fois
De Marina , je n’étais pas sûre du tout parce que le personnage est censé être obèse. Mais à la première rencontre, elle avait déjà lu le livre et elle m’en a parlé pendant des plombes avec une telle passion que j’en ai attrapé la migraine . Je me suis dit : « Bon, il lui manque les kilos, mais elle a tout le reste. » J’étais touchée par sa sensibilité, sa fougue, sa drôle de timidité, ses élans de provocation pour planquer les grandes failles. Je la sentais fragile et impatiente. Marina est extrêmement drôle et directe et je ne peux travailler qu’avec des comédiens qui n’ont pas besoin d’être maternés pour travailler. On peut tout demander à Marina : elle fonce d’emblée pour défendre son personnage. Plus tard, quand on a fait les essais, j’ai été frappée par le travail physique qu’elle est capable de donner, une façon toute particulière de tenir son corps, de le transformer.

Entretien croisé entre Jean Teulé et Marina Foïs

Jean Teulé : Marina, comment avez-vous appris l’existence de Darling ?
Marina Foïs : Je vous ai vu, vous, en promo à la télé parler de votre roman. Je l’ai acheté, lu, et ai voulu jouer le rôle.

J.T. : Pourquoi ?
M. F. : J’avais été très touchée par cette femme. Son histoire m’a marqué et, au-delà, sa manière de la vivre et de la raconter. Donc l’interpréter, oui, j’ai tout de suite eu envie de le faire sans même me poser la question de savoir si j’en serais capable.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 23 026 entrées
  • Cumul IDF : 38 694 entrées

  • 1ère semaine France : 69 143 entrées
  • Cumul France : 152 972 entrées