Notes de Prod. : De battre mon cœur s'est arrêté

    en DVD le 19 Octobre 2005

ENTRETIEN avec Jacques Audiard

Comment vous est venue l'idée d'un remake de FINGERS de James Toback ?
C'est Pascal Caucheteux, alors qu'il venait de finir de produire le remake d'ASSAULT de Carpenter, réalisé par Jean-françois Richet, qui m'a demandé si la réalisation d'un remake pourrait m'intéresser, et si oui, lequel ? La réponse m'a semblé évidente : c'était FINGERS de James Toback. Pourquoi ? Bien sûr parce que le film m'avait marqué lorsque je l'avais vu à sa sortie. Mais sans doute aussi parce que c'était un film qu'on avait du mal à revoir,qui repassait peu et qui, à force, avait créé autour de lui un mystère supplémentaire. FINGERS, pour le situer rapidement, c'est un peu la queue de la comète du cinéma indépendant américain des années 70. Le héros, Tom ou Johnny, je ne me souviens plus, c'est Harvey Keitel. Keitel au sortir de MEAN STREETS, donc de chez Scorsese,et autour pas mal des acteurs viennent de la constellation Coppola. Bref, c'est un film très fréquenté ! Quand j'ai revu le film avec Tonino, je me suis demandé si je ne lui avais pas survendu ! Il y avait des trous énormes dans l'histoire, des hauts formidables mais aussi des bas redoutables. Et puis, beaucoup de poses cinématographiques très datées.

Pourquoi un tel attachement à FINGERS ?
Pour tous ses thèmes apparents et sous terrains : le père, la mère, la filiation, la réforme d'une vie, le coût des actes, le passage à l'âge adulte etc.

Pourquoi avoir choisi l'immobilier comme lieu du crime ?
Dans FINGERS, le milieu est celui de la mafia italo-newyorkaise. Il fallait donc oublier. En réfléchissant avec Tonino on s'est assez vite fixé sur le milieu de l'immobilier (nous l'avions déjà, d'une certaine façon, exploité dans SUR MES LÈVRES) et plus précisément celui des petits marchands de biens dont les agissements sont parfois parfaitement immoraux et à la limite de la légalité. De plus, il y a, je trouve, un rapport analogique entre le voyou qui accapare des vies, et le marchand de bien qui accapare du terrain, de la terre avec des gens dessus. Dans les deux cas ils accaparent de l'inaliénable.

La scène des rats souligne le sordide de leur pratique...
Oui, ce sont eux les rats. Et comme les rats, ils finiront par se bouffer entre eux. La scène ne dit rien d'autre.

A quels films avez-vous pensé ?
Je n'ai pas le sentiment que l'on ait remué énormément de références. FINGERS était suffisante ! Mais avec Tonino, on a revu les films de James Foley, notamment GLENGARRY GLEN ROSS. Milieu de l'immobilier, viril, sans concession, suintant. Un huis clos intéressant, à la fois très libre et très formel.

Pourquoi avoir choisi d'inscrire DE BATTRE MON CŒUR S'EST ARRÊTÉ dans le réalisme ?
D'abord parce que le cinéma est réaliste, et qu'ensuite si l'on doit raconter une histoire dont la proposition est invraisemblable (“Peut-on être marchand de biens et pianiste concertiste ?”) il vaut mieux que cette histoire s'inscrive dans le cadre le plus réaliste possible, c'est-à-dire le moins contestable par le spectateur. Sinon, personne ne croira à rien ni aux personnages, ni à ce qui leur arrive, ni aux situations. . . à rien. Et puis, c'est une façon aussi de retrouver la morale. Parce que l'on est dans quelque chose de réaliste, j'ai des repères, je sais ce qui est bien, ce qui est mal. Je vois comme c'est difficile pour le héros de passer du mal au bien, que ce n'est pas une partie de plaisir, que ça coûte. Je m'étais dit qu'au tournage j'allais prendre les choses comme elles viendraient. Dans leurs décors, dans leur éclairage. Je m'étais même décidé à ne pas me poser la question des raccords lumière. . . à tourner “en l'état”.

Pourquoi avoir tourné DE BATTRE MON CŒUR S'EST ARRÊTÉ en plans séquences ?
Dans le film de Toback, le personnage d'Harvey Keitel est ultracamé, à la limite du pathologique. Je n'avais pas envie de ça, c'était trop simple. Trop explicatif. En revanche, j'avais envie d'un film qui aille vite, pas trop apprêté, pas “formel”(même si je ne sais pas trop ce que cela veut dire), un film “modeste” (idem). Je voulais que ça aille vite et en même temps que l'on soit suffisamment sur le personnage pour saisir l'émotion, la sensation. J'étais dans ce paradoxe de vouloir à la fois être dans l'émotion et le rythme de Tom, tout en étant économe dans le découpage. Le plan séquence permet des axes de déplacements réels, de garder le mouvement du jeu, de montrer la respiration du personnage. Les acteurs gagnent en liberté. Si le film est trop découpé, ils se retrouvent bloqués dans des coins de décors et ne peuvent plus jouer.
 

Box-office au 22 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 4 470 entrées
  • Cumul IDF : 389 434 entrées

  • 1ère semaine France : 4 470 entrées
  • Cumul France : 1 231 110 entrées