Qu’est-ce qui vous a attiré vers ce projet ?
Ce sont les producteurs Marc et Olivier de Fidélité qui m’ont parlé d’une comédie romantique tirée d’un livre, avec
Sophie Marceau. La première chose qui me tentait était de faire un beau duo avec
Sophie Marceau, et puis le personnage m’a aussi attiré. J’aime varier les rôles et celui-là me permettait d’aller vers quelque chose de nouveau pour moi. C’est un rôle d’homme très masculin - voire machiste - qui accepte de découvrir sa part féminine tout au long de l’histoire. Il y avait aussi le rapport dans le couple, le fait qu’ils se mettent en péril. J’ai trouvé le scénario très réussi et j’aimais l’idée que, bien que traitant des rapports hommes/femmes, cette histoire ne les oppose pas. Hugo et Ariane ne se font pas la guerre, ils apprennent à fonctionner ensemble en découvrant ce que vit l’autre. C’est atypique et efficace.
Comment définiriez-vous votre personnage, Hugo ?
C’est un archétype masculin assez symbolique de ce qu’est l’homme aujourd’hui. L’homme du XXIe siècle a un peu de mal à se situer. Il se cherche entre l’hyper masculinité et la part de féminité. Le tout est de savoir comment exister dans les codes sociaux que la vie nous impose. On attend d’un homme certaines choses : qu’il soit fort, qu’il réussisse, qu’il rassure. C’est plus une question de positionnement par rapport à un modèle théorique qu’une définition de sa nature propre.
On se doit d’avoir une certaine attitude. Quelqu’un comme Hugo doit avoir un certain comportement par rapport à ses associés, par rapport à ses clients. Il a une panoplie, un costume, une voiture, il joue un rôle comme nous en jouons tous. Tout le problème est d’être soi-même au-delà de ces apparences. Au cinéma, on a la chance de changer de personnage à chaque film, mais en général, dans la vie on n’en joue qu’un.
On compose dans l’espace étroit qui existe entre ce que l’on est et ce que la société et les gens attendent de vous. Pour Hugo, il y a beaucoup de codes, au point qu’il les a intégrés comme des automatismes. Il n’a pas vraiment le droit aux périodes de doute et de remise en cause. Et tout à coup, cet homme a la chance de pouvoir expérimenter en s’ouvrant à sa nature. Soudain, il a le droit de se fragiliser, de se féminiser, de retrouver ses enfants et sa femme !
Comment avez-vous approché votre personnage ?
Ce qui était intéressant pour moi était de jouer un personnage différent de ce que j’avais déjà fait. Passer du personnage un peu paumé et balourd de
La Doublure de Francis Veber à un chef d’entreprise élégant est une chance. Ce qui m’intéresse dans le jeu, c’est aussi la complexité des personnages. Nous sommes ici dans une comédie romantique et on est d’abord là pour divertir et émouvoir, mais il y avait une ambivalence, une évolution à faire vivre pour le personnage. Nous avions des choses à défendre et une trajectoire humaine à faire passer.
C’est une histoire qui va contre les clichés et qui retourne beaucoup de situations, mais toujours par rapport à deux personnes qui s’aiment. On approche l’histoire par soi-même, on se fait son idée, puis on fait des lectures et beaucoup de choses se précisent par rapport au regard de la réalisatrice et des partenaires. Le cinéma est une histoire familiale. On crée une famille qui vit quelques mois ensemble et qui travaille et ressent ensemble. C’est une vie dans la vie. Les personnages naissent. On leur donne une identité, une existence, une forme et il n’en reste que le film. Découvrir le résultat est passionnant. On essaie d’être au plus proche de ce qu’est la réalité du personnage. Il y a presque quelque chose de métaphysique dans ce processus. C’est la combinaison d’un ton, d’un geste, qui correspond à la fois au personnage et à ce que vous êtes. Le tout mis au service d’une histoire qui sublime la vie.
On met toujours beaucoup de soi dans les personnages. Plus on s’approche de ses émotions ou de ses expériences personnelles, et plus on touche à l’universel. C’est quelque chose que je n’analyse pas, ça se vit, ça se partage avec l’équipe dans la sincérité. Je travaille beaucoup pour essayer de construire cela. Je peux passer par tous les états avant d’avoir une chance d’être satisfait de ce que je donne. Je doute, je me pose des questions sur la façon dont je l’ai joué, sur celle dont j’aurais peut-être dû le faire. Je suis très anxieux et du coup, pour me rassurer, j’ai besoin de beaucoup bosser, de beaucoup essayer.
Le film a-t-il été l’occasion de discussions avec vos partenaires ou vos proches sur la place qu’occupent femmes et hommes et sur celle qu’ils pourraient occuper ?
Le problème d’Hugo et d’Ariane dans le film est qu’ils ne se voient plus, qu’ils ne profitent plus de la vie. Ils s’aiment mais le quotidien tel qu’il s’est défini pour eux jour après jour ne leur permet plus de vivre leur amour. Ils sont débordés, dépassés par une vie trop construite qui les a même éloignés de leurs enfants. Dans ma vie, à travers le métier d’artiste, j’ai la chance de changer de vie à chaque rôle. On a aussi une sensibilité exacerbée qui intègre très bien la féminité.
On peut être tout à la fois. Notre vie s’enrichit des personnages que nous jouons, des gens que nous rencontrons. Je passe du théâtre au cinéma, de l’écriture à la réalisation, du one-man-show au jeu avec des partenaires. Dans ma vie personnelle, les vies professionnelle et personnelle sont étroitement imbriquées. Quand je rentre chez moi, je n’enlève pas mon costume et ne pose pas mon attaché-case dans l’entrée comme le fait Hugo. Tout est lié mais du coup, je n’arrête jamais. Je peux travailler tout le temps, mais je ne le regrette pas. L’implication est à la hauteur du plaisir que cette vie m’offre.
Comment avez-vous travaillé avec Pascale Pouzadoux ?
Chaque fois que je suis acteur, je me laisse porter par le réalisateur. Depuis que j’ai fait mes deux films, je suis plus compréhensif sur les contraintes techniques et j’essaie de servir autant que je peux le propos de celle ou celui qui dirige. J’ai gagné en patience.
Quand vous êtes à la fois auteur et réalisateur, vous travaillez deux ans ou plus avant de vous retrouver sur le plateau. Alors vous connaissez tout de vos personnages et de votre intrigue. Vous savez tout ce que vous avez pensé, écrit, déjà supprimé, vous connaissez chaque détail de la vie de vos personnages. On a une vision d’ensemble. Lorsque vous êtes comédien, c’est beaucoup plus léger. En l’occurrence, Pascale savait ce qu’elle voulait et son regard sur cette histoire était très intéressant. Sa sensibilité féminine, sa perception des personnages, très fine. Il faut avoir un parti pris, une vision, et c’était le cas de Pascale.
Comment avez-vous perçu son univers visuel un peu décalé ?
Je m’en suis forcément nourri mais je ne me suis pas posé de question, cela faisait partie de la vision de Pascale. Je rentre dans le personnage en complicité avec la réalisatrice. Le film offrait aussi la particularité de faire intervenir mon personnage à différents stades de son évolution mais dans les mêmes décors. Hugo se gare devant le siège de son entreprise avec sa berline puis il le fait avec une Fiat rose. Il traverse le hall en costume impeccable, puis il le refait plus tard en chemisette et pantalon de toile. Il est dans la cuisine du couple en homme d’affaires pressé puis on le retrouve en train de repasser ou de préparer le repas plus loin dans l’histoire.
Cela révèle encore plus son évolution, et le contraste de sa liberté d’être et de ces lieux emblématiques qui induisent une image sert complètement le propos du film. Cela participe aussi à la complexité et la richesse du personnage. Dans le même décor, il y avait des choses à jouer qui pouvaient paraître opposées mais qui devaient rester dans la cohérence du personnage. Hugo porte tout en lui, mais suivant le moment, certains aspects s’estompent ou se révèlent.