Notes de Prod. : Désengagement

    en DVD le 14 Octobre 2008

Interview de d'Amos Gitaï

Parlez-nous de la scène d'ouverture :

C’est “Faites l’amour, pas la guerre” ! J’ai pensé qu’il serait agréable de voir une rencontre d’un Israélien et d’une Palestinienne qui ne serait pas basée sur le conflit, à l’encontre de la façon dont le Moyen-Orient est continuellement représenté. Sortons de ces caricatures et voyons comment nous pouvons trouver des terrains communs, ne serait-ce qu’un baiser passionné, et non pas de continuelles confrontations de prises de
position radicales.
Je suis convaincu qu’une solution politique sera trouvée lorsque les deux camps finiront par en avoir assez des prières et de l’ethnocentrisme. Quand chacun des deux cessera de penser qu’il est le seul à avoir raison contre le reste du monde et qu’ils s’affranchiront chacun de leurs syndromes de persécution et de paranoïa.

Les engagements du film

Dans ce film, le but est de traverser les frontières, de réunir des gens qui semblent totalement étrangers les uns aux autres. Après tout, les êtres humains savent qu’ils ont la possibilité de se rencontrer. Je crois que sans cela l’humanité n’aurait pas survécu aux atrocités qu’ils se sont infligées les uns aux autres. S’ils n’avaient pas
cette capacité d’oublier, et non simplement de se souvenir, ils ne pourraient ni se rencontrer, ni avancer. Se désengager du passé permet de se diriger vers une forme de réconciliation. Le film montre combien les désirs humains sont souvent écrasés par les forces géopolitiques. Même lorsque les gens ont de bonnes intentions, envie de faire quelque chose de leur vie, la réalité leur réserve bien souvent un tout autre programme.
Et ce programme, au Moyen-Orient, sabote leurs destins. Les humains peuvent-ils renverser la machine politique ? La question reste ouverte.

Le chant de la terre

J’ai toujours aimé le Chant de la Terre de Gustav Mahler. Comme le film parle aussi de déracinement, c’est, d’une certaine façon, un Chant de la Terre. J’ai toujours voulu que Barbara Hendricks chante cette oeuvre. Comme une sorte de prêtre de toutes les religions, elle chante un hymne à la Terre qui est aussi intitulé Der
Abschied, l’adieu en allemand. C’est un adieu au père décédé mais c’est aussi le départ de l’Europe. Cet adieu mènera Ana, interprétée par Juliette Binoche, sur le chemin vers sa fille mais aussi vers les retrouvailles avec son frère qui lui fait découvrir une nouvelle terre.

ANA

Je pense qu’Ana s’ennuie et recherche le changement. Elle a de vraies références culturelles (le texte de Shakespeare). Mais à ce moment de sa vie, elle est lassée de tout cela. Les rencontres intellectuelles ne la satisfont plus. Elle a besoin d’une véritable rencontre émotionnelle, d’une rencontre physique, concrète.
Uli, qui vient pourtant d’un kibboutz, la comprend.

Chacun des deux, au sein de son propre univers socioculturel, se sent à part. Ni Uli ni Ana ne sont en accord avec leur société. C’est ce qui les rend intéressants. En un sens, le voyage en Israël, où les enjeux sont très différents puisque le drame y est toujours extérieur, est vital pour Ana. Le Moyen-Orient se réécrit chaque jour.
Quiconque participe à l’histoire politique du Moyen-Orient n’est pas face au calme naturel de l’évolution de l’Histoire. L’Histoire tente de nous impressionner en atteignant sans arrêt de nouveaux sommets parfois dans le tragique, parfois dans l’absurde. Donc lorsqu’Ana arrive en Israël et qu’elle est confrontée à ce genre de
drame extérieur, elle se calme et devient plus raisonnable. Juliette a relevé le défi d’endosser ce rôle qui l’a menée vers les extrêmes. Je crois que les hommes peuvent se sentir menacés par l’ouverture de Juliette, tout comme Uli se sent menacé par Ana : par sa nudité, par sa joie et par le fait qu’elle est hors de toutes les
conventions sociales et de ce qui est considéré comme le bon goût.


Elle se moque des conventions. Et elle en joue et aime provoquer. Comme une enfant. C’est la marque d’un
tourment intérieur d’autant plus grand que tout, autour d’elle, est très statique. Ce qui l’agite encore plus. Elle veut refaire le monde. Pour moi, ce grand tourment intérieur vient du fait qu’elle a dû faire face au monde extrêmement policé de la haute bourgeoisie. Elle est coincée entre deux mondes. Mon père est venu d’Europe
et ma mère est née en Israël. Je suis moi aussi entre ces deux pôles et, en un sens, tout cela correspond à mes propres sentiments.

Scénario et acteurs

Juliette Binoche

Ana, interprétée par Juliette Binoche, est une figure centrale très intuitive. Elle est comme un nerf à vif, toujours sensible aux changements de température de son environnement. Juliette incarne brillamment ce personnage avec une grande fluidité. Marie-josé Sanselme et moi avons écrit le scénario en pensant à elle. Le fait

Israël, entre fiction et réalité

Jeanne Moreau

J’ai rencontré Jeanne Moreau lors d’un hommage à Pedro Almodovar à la Cinémathèque française.
D’une façon très directe, elle m’a dit, « Vous souvenez-vous de ce que vous m’avez dit, il y a 15 ans ? Vous êtes venu chez moi et vous m’avez offert un rôle. Lorsque je vous ai dit que je ne pouvais pas le faire, vous m’avez dit que j’étais trop égocentrique ! ». Je me suis excusé d’avoir été un jeune réalisateur si impoli, mais
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 473 entrées

  • 1ère semaine France : 25 794 entrées