Notes de Prod. : Désengagement

    en DVD le 14 Octobre 2008

Israël, entre fiction et réalité

Jeanne Moreau

J’ai rencontré Jeanne Moreau lors d’un hommage à Pedro Almodovar à la Cinémathèque française.
D’une façon très directe, elle m’a dit, « Vous souvenez-vous de ce que vous m’avez dit, il y a 15 ans ? Vous êtes venu chez moi et vous m’avez offert un rôle. Lorsque je vous ai dit que je ne pouvais pas le faire, vous m’avez dit que j’étais trop égocentrique ! ». Je me suis excusé d’avoir été un jeune réalisateur si impoli, mais
elle m’a avoué que cet échange l’avait poussée à voir tous mes films. Cela avait été, en fait, très efficace. Puis elle m’a dit, « Maintenant, je suis prête ! ». Le rôle du notaire du père supposait un mélange d’autorité et de charisme, ce qui était parfait pour Jeanne. Elle m’a dit, « Je crois que c’est formidable. Ce dilemme dans le monde dont vous parlez est un sujet important. Je sais que c’est un petit rôle mais il est bon et je vais le faire. » J’ai pensé que cette première rencontre à l’écran de deux grandes actrices appartenant à deux générations différentes serait magnifique.

Fiction

Je crois que le film respecte les différents points de vue mais je désirais réaliser une fiction plutôt qu’un documentaire. Je pensais qu’il était intéressant d’établir des liens avec l’Europe et qu’il serait plus facile de les structurer au sein d’une fiction. Nous avons fait beaucoup de recherches et regardé beaucoup d’archives. Le
résultat est encore plus juste que nous le pensions.
Un film de fiction n’est pas un docudrame. Le but n’est pas de rejouer la réalité mais de s’en inspirer. Un film sera toujours la représentation du point de vue d’une personne, une reformulation poétique des événements. Ce ne sont pas les événements eux-mêmes. Notre obligation et notre volonté est de donner un sens similaire, une intensité de sentiments similaire à ceux qui avaient cours lors des événements. Nous ne sommes pas là pour reproduire la réalité, encore et toujours.

Les colonies

Amos Gitai, le réalisateur, est différent d’Amos Gitai le citoyen. Amos Gitai le citoyen est contre l’installation de colonies israéliennes sur le territoire palestinien. Il l’a toujours été, de même qu’il est pour la paix et la réconciliation. Je pense qu’il ne faut pas traiter les gens comme des pions. Si les gouvernements israéliens successifs, de droite comme de gauche, ont encouragé, financé et poussé ces gens à s’installer sur le
territoire palestinien, il est logique que lorsqu’on les évacue et qu’on détruit leurs maisons, on provoque des drames. J’ai rencontré des colons.
Je n’ai pas voulu leur faire la moindre promesse car je tiens à la liberté artistique. Je ne voulais rien leur devoir mais je me devais de les traiter avec honnêteté. Je peux comprendre les colons même si je suis en désaccord avec eux. Je peux comprendre leur douleur quand on les arrache à la terre où ils sont installés depuis trois
générations. Ce n’est pas simple. Quoi que vous pensiez d’eux, ce n’est pas simple.

Israël

Israël a un côté anarchique et chaotique qui est très sympathique. Cependant, l’atmosphère peut y être hostile. Il suffit d’observer la vie politique israélienne pour voir que le peuple adore mettre ses dirigeants en pièces. On les soumet à des interrogatoires sans fin, ils sont les sujets d’enquêtes, ils sont renvoyés et se font cracher
dessus. C’est une sorte de rituel local qui n’épargne personne. Dans la tradition juive, c’est l’attitude adoptée envers les hommes de pouvoir.
Bien que la plupart des Israéliens ne soient pas religieux, cela fait partie de l’inconscient collectif.
Si les Israéliens devenaient totalement militaristes ou totalement religieux, ils seraient condamnés. Cependant, en marquant leur insatisfaction face au statu quo, en remettant tout en question, ils entretiennent une vitalité d’esprit. La réalité israélienne est comme un volcan. En Europe, la lave a déjà refroidi, la configuration est clairement définie. En Israël, ce n’est pas le cas. On ignore ce qui va se passer. Dans ce film, on est au
coeur du processus alors qu’il est en train de se dérouler. C’est une situation particulière et unique où le cinéma (qui est vraiment le medium de notre temps) peut observer et rendre compte de la réalité sur le vif.

Frontières

J’ai très vite décidé de filmer des barrières. La première est une grille près de la gare d’Avignon qu’Uli escalade pour se rendre chez son père. Il aurait pu prendre un autre chemin ou trouver une autre entrée, mais cet Israélien, plein d’énergie, veut sauter par-dessus. C’est aussi la représentation du franchissement des frontières. Dans le film, on évolue d’une pièce à l’autre et le long d’escaliers. Plus tard, on franchit des barrages routiers afin de pénétrer dans des lieux qui nous sont interdits.
Il y a aussi une barrière entre le rabbin et ses disciples, entre Uli, la police et l’armée. Tout au long du film, la caméra passe à travers ces barrières afin que le spectateur se transforme en voyageur, libéré de toutes ces divisions. Il ou elle peut alors énoncer son point de vue après avoir librement évolué dans ces lieux.

La solution (im)parfaite

Face à un problème politique complexe, il ne faut pas diviser le monde entier en deux points de vue schématiques. Ce serait une réaction contradictoire et il faut admettre qu’une solution politique sera trouvée à partir d’une situation imparfaite. Les solutions politiques sont très différentes des solutions artistiques. Je crois que bien souvent les intellectuels et les artistes ne font qu’augmenter la confusion. Quand vous réalisez un film, écrivez ou peignez, vous pouvez être aussi radical que vous le souhaitez. Vous devez rester proche de votre vérité profonde et ne jamais faire de compromis. La politique n’a rien à voir avec les arts et, parfois, ceux qui vont de l’art vers la politique se perdent. Ce n’est pas comme réaliser un film. Je crois que les Israéliens
et les Palestiniens feront la paix seulement lorsqu’ils accepteront l’idée que les solutions politiques sont imparfaites par nature.

Entretien traduit de l’anglais par Hélène Zylberait.

Interview de d'Amos Gitaï

Parlez-nous de la scène d'ouverture :

C’est “Faites l’amour, pas la guerre” ! J’ai pensé qu’il serait agréable de voir une rencontre d’un Israélien et d’une Palestinienne qui ne serait pas basée sur le conflit, à l’encontre de la façon dont le Moyen-Orient est continuellement représenté. Sortons de ces caricatures et voyons comment nous pouvons trouver des terrains communs, ne serait-ce qu’un baiser passionné, et non pas de continuelles confrontations de prises de

Scénario et acteurs

Juliette Binoche

Ana, interprétée par Juliette Binoche, est une figure centrale très intuitive. Elle est comme un nerf à vif, toujours sensible aux changements de température de son environnement. Juliette incarne brillamment ce personnage avec une grande fluidité. Marie-josé Sanselme et moi avons écrit le scénario en pensant à elle. Le fait
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 473 entrées

  • 1ère semaine France : 25 794 entrées