Une des difficultés du film était de trouver un directeur de la photo capable de collaborer avec
Gavin Hood pour donner une unité visuelle aux nombreuses intrigues du film. Le choix du réalisateur et des producteurs s’est porté sur
Dion Beebe, qui a été récompensé par un Oscar en 2006 pour son travail sur
Memoires D’une Geisha.
Gavin Hood se souvient : «Dès notre première rencontre, j’ai su que nous allions faire ensemble du beau travail. En plus d’être toujours serein, Dion possède un œil fantastique et une profonde compréhension de l’histoire.» Le producteur
Bill Todman Jr. ajoute : «A mon sens,
Dion Beebe est un des meilleurs directeurs de la photo actuels. C’est un homme très posé et détendu et en même temps très organisé. Une grande intensité émane de son travail, et sa capacité à utiliser la lumière pour mieux raconter une histoire est tout simplement merveilleuse.»
Dion Beebe raconte : «La phase de préproduction s’est déroulée très rapidement, sur environ six semaines. Avec Gavin, nous avons appris à nous connaître très vite afin de développer entre nous un vocabulaire commun nécessaire pour la réalisation du film. Nous avons passé de très bons moments. Gavin est un réalisateur passionné et très talentueux. Collaborer avec lui était vraiment passionnant.» Très tôt, Gavin Hood et
Dion Beebe ont parlé de la façon dont ils allaient différencier l’univers visuel de Washington de celui de l’Afrique du Nord.
Gavin Hood explique : «J’ai tendance à favoriser les arrière-plans bien composés et les plans un peu statiques, ce qui fait que je suis toujours un peu hésitant avec les mouvements de caméra. Dion m’a beaucoup aidé en me délivrant de cette peur tout en comprenant mon besoin d’avoir parfois des plans fixes pour permettre au public de voir le jeu d’un acteur de plus près.»
Dion Beebe commente : «Nous ne voulions pas compliquer les choses avec plusieurs styles visuels parce que le film passe sans cesse de l’histoire d’un personnage à celle d’un autre. Les quelques différences notables concernent surtout la composition d’ensemble et les mouvements de la caméra.»
Gavin Hood reprend : «Washington est un monde très sérieux et très classique.
Toutes les images s’y déroulant sont donc assez statiques et composées de lignes horizontales et verticales. Les scènes tournées au Maroc, elles, sont pleines d’arches et de courbes, ce qui nous a permis de mettre en place une image beaucoup plus fluide et chaotique.»
Dion Beebe commente : «Où que vous alliez au Maroc, l’air est toujours plein de petites particules, cela donne une texture très particulière à la lumière, et c’est un élément que nous avons par exemple utilisé pour souligner les puits de lumière à travers les fenêtres. La photo des scènes qui se déroulent à Washington est plus clinique, plus froide, avec des lignes plus fortes et composées. La caméra est aussi plus statique.» Durant leurs repérages, l’équipe a trouvé Washington trop conventionnelle à son goût.
Gavin Hood raconte : «Au départ,
Dion Beebe ne voulait pas avoir de monuments dans ses plans. Nous avons donc cherché des endroits où nous pouvions filmer sans les voir. Nous avons fini par choisir un immeuble moderne avec des colonnes et une grande façade vitrée à travers laquelle on pouvait voir le Capitole. Son architecture reflétait le mélange des valeurs et des symboles qui caractérisent le Washington d’hier et celui d’aujourd’hui. Le fait que ces nouvelles valeurs aient l’air d’envahir les anciennes était un sous-texte important.» Le pays du tiers-monde où se déroulent plusieurs scènes du film n’étant pas nommé explicitement, les cinéastes pouvaient choisir d’aller filmer n’importe où au Moyen-Orient ou dans le nord de l’Afrique. Depuis le 11 septembre 2001, trouver un lieu de tournage dans cette partie du monde est devenu problématique. Le choix se porta donc sur le Maroc.
Le producteur
Steve Golin note : «Quand j’ai lu le scénario, je me suis dit que le Maroc était le meilleur endroit pour tourner. Il y a deux ans, nous avons tourné
Babel là-bas et je savais que c’était un lieu où nous trouverions tout ce dont nous allions avoir besoin. La population, le roi et la famille royale du Maroc aident énormément tous les tournages.»
Gavin Hood ajoute : «Les équipes qui travaillent là- bas dans le cinéma ont beaucoup d’expérience.» Les cinéastes ont tourné dans la ville de Marrakech. Gavin Hood se souvient : «Quand nous avons fait nos repérages là-bas, j’ai vraiment été émerveillé par l’énergie et la palette de couleurs que l’on peut trouver dans les ruelles de cette vieille ville. Vous pouvez poser votre caméra n’importe où, l’image sera toujours merveilleuse. Cinématographiquement parlant, c’est un endroit de rêve.»
Le Maroc possède une longue tradition artisanale qui s’étend de la fabrication de tapis à celles de lampes, de mosaïques ou encore de céramiques.
Gavin Hood note : «Les Marocains sont très doués de leurs mains, ils fabriquent d’innombrables objets en métal ou en bois. Tous ceux qui ont travaillé sur le film, que ce soit à la conception des décors, des accessoires, des costumes ou au département artistique, avaient un grand sens de l’artisanat et une parfaite compréhension visuelle de l’environnement dans lequel ils vivent.» Malgré toutes les facilités disponibles sur place, le tournage au Maroc n’a pas été sans difficultés. Le producteur
Marcus Viscidi explique : «Il faut 18 heures d’avion pour aller de Los Angeles à Marrakech, alors il vaut mieux s’assurer que vous avez tout ce dont vous avez besoin avant de partir ! Avec tous les films qui nécessitent des armes, des effets spéciaux ou pyrotechniques, il faut aussi s’assurer que tout le matériel sera sur place avant d’en avoir besoin parce que tout doit être vérifié par la douane. Après les attentats du 11 septembre, il est devenu très difficile d’importer des armes n’importe où dans le monde, et encore plus au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Pour en faire venir au Maroc, il faut tout préparer des mois à l’avance afin d’obtenir l’accord du roi. Il faut présenter une liste des armes que vous allez faire venir et absolument s’y tenir ; une fois qu’elle a été validée vous ne pouvez plus faire aucune modification.» Pour le tournage au Maroc, l’équipe n’était pas seulement constituée d’Américains et de Marocains mais aussi d’Anglais, d’Italiens, d’Israéliens, d’Egyptiens, d’Algériens, d’Australiens, de Soudanais et de Sud- Africains.

Jake Gyllenhaal commente : «Evoluer sur le plateau au milieu d’autant de personnes venant de pays si différents était une expérience captivante. Tout le monde était sympathique et ouvert. Sur chacun des films que j’ai faits, l’ambiance était en grande partie définie par son réalisateur, et grâce à
Gavin Hood elle a été vraiment très bonne sur celui-ci.»
Igal Naor ajoute : «Tourner au Maroc avec une équipe comportant autant de nationalités a été une très belle aventure. En tant qu’Israélien, il y a peu d’endroits où je me sente vraiment en sécurité et durant le tournage, c’était pour moi un peu comme être à Paris ou à Londres, c’est-à-dire dans un lieu où je ne n’ai pas à me méfier de tout et de tout le monde. C’était très agréable. Je suis devenu ami avec beaucoup de musulmans. Au final, le judaïsme et l’islam se ressemblent beaucoup, et j’en suis très heureux. J’ai aussi beaucoup d’amis arabes et palestiniens en Israël. Ce devrait être comme ça partout.»
Gavin Hood conclut : «Le film parle des luttes actuelles entre les cultures, il était donc très intéressant d’avoir une équipe constituée de gens venant des quatre coins du globe. Voir tout le monde discuter de ces conflits et apprendre en même temps à se connaître et à s’apprécier était vraiment fantastique. Partout, les gens veulent toujours parler des différences entre les cultures et oublient de parler de ce que nous avons en commun. C’est dommage ! J’espère que ce film saura leur rappeler que malgré les différences, nous sommes d’abord tous des êtres humains riches d’émotions, faillibles et fragiles.