Notes de Prod. : Détrompez-vous

    en DVD le 22 Avril 2008

Entretien avec Bruno Dega et Jeanne Le Guillou

D’où vous est venue l’idée de faire une comédie sur l’infidélité ?
Jeanne Le Guillou : C’est un peu la grande question existentielle du couple aujourd’hui, non ? Comment tenir ? Durer ? Préserver le désir et l’envie ? Quels choix doit-on faire ? Quels sacrifices ? Bruno Dega : L’infidélité, c’est un vrai sujet de comédie, porteur de situations dans lesquelles tout le monde se retrouve. Détrompez-vous est un film amoral, comme la vie ! Un film avec des héros imparfaits, comme nous ! Des gens sincères et de mauvaise foi, tendres et mesquins, sublimes et minables, bouleversants et hilarants. Un film qui, on l’espère, fait du bien parce qu’on se sent moins seul.

Vous renouvelez le thème de l’adultère. On n’est pas dans un drame bourgeois avec deux cocus ridicules. La belle idée du film est qu’ils ont le beau rôle !
BD : Oui, cette comédie est l’histoire d’un homme et d’une femme qui vont tout faire pour sauver leur couple.
JLG : On se place du côté des naïfs. Mais les faibles deviennent en réalité des êtres plus forts et plus manipulateurs qu’on pouvait le penser. Et ceux qui du point de vue de la morale devraient être les méchants, sont finalement les vrais innocents de l’histoire.

Détrompez–vous n’est pas un film sur l’infidélité, c’est une histoire d’amour.
BD : Oui, on ne raconte pas une histoire de vengeance, mais l’histoire de deux personnes trompées qui ont une démarche positive. Carole et Lionel veulent récupérer le mari et la femme qu’ils aiment, et pour ça, ils décident de se battre jusqu’au bout. C’est une vraie démarche amoureuse.

Comment avez-vous composé ces couples, en vous inspirant d’aventures personnelles, en observant des amis proches ?
BD : On souhaitait que tout le monde puisse se reconnaître dans cette histoire, donc l’idée n’était pas de faire de l’auto-fiction.
JLG :En tant que scénaristes, on capte, on pique, on glane autour de nous des tas d’anecdotes dont on se sert sans même s’en rendre compte le jour où l’on se met à écrire. Parfois des copines me disent : merci de m’avoir rendu hommage ! Et la plupart du temps, je ne sais même pas que je l’ai fait !

Carole, Lionel, Lisa et Thomas ont chacun leurs bons et leurs mauvais côtés.
JLG : Ce qui nous amuse et nous intéresse, Bruno et moi, c’est d’abord de montrer les travers, les faiblesses, les petites mesquineries que l’on a tous. BD : Dans la vie, je ne connais pas de gens parfaits !
JLG : On ne voulait pas faire une énième histoire sur l’adultère, mais montrer qu’une vie de couple, c’est bien plus compliqué que cela. Celui qui est trompé n’est pas forcément la victime, et celui qui trompe pas forcément le bourreau.
BD : Pour nos deux cocus, c’est comme si la vie s’était arrêtée à la naissance de leur enfant. Ils ne sont plus dans la séduction, ils se sont enfermés dans une relation tranquille, pépère, et oublient de regarder l’autre. La première scène du film, tout le monde l’a vécue. Lionel croise sa femme à demi nue, en train de s’habiller, et bien qu’elle soit d’une beauté renversante, il ne la regarde pas, il ne lui adresse pas la parole. Et forcément, ce n’est pas sans conséquence... Lisa ne se sent plus exister en tant que femme, elle n’est plus « sublimée ». Alors elle va trouver cela ailleurs, chez Thomas qui vit le même manque...
JLG : C’est comme s’ils avaient échoué à être adultes. Comme si le fait d’être adulte, c’était d’accepter le couple dans sa banalité quotidienne, de s’en contenter. Et c’est pour cela qu’on les aime beaucoup ces amants, car ils ont encore quelque chose de pur et d’enfantin à vouloir rechercher à nouveau ces battements de cœurs d’adolescents.

Carole et Lionel se reconnaissent dans leur besoin d’amour, leur fragilité, leur douleur de cocus.
JLG : Oui. Et le fait de partager les mêmes doutes, les mêmes complexes, les rend plus forts. BD : Ils vont apprendre à s’aimer eux-mêmes pour pouvoir à nouveau être désirables.
JLG : Sans pour autant chercher à être quelqu’un d’autre. Leur amitié va les aider à s’accepter tels qu’ils sont.

Une comédie oblige à mettre en place une mécanique particulière. Comment avez-vous travaillé le scénario ?
BD : Le film n’est qu’une suite de rebondissements, de quiproquos, de jeux sur le mensonge. Ce qui m’intéresse dans la comédie, c’est quand on rit de choses qui pourraient nous faire pleurer.
JLG : On s’est amusé à pousser au maximum l’absurde et l’ironie des situations. À mettre en abîme le mensonge.
BD : Oui, comme lorsque Lisa dit à Thomas : « Je ne peux pas avoir confiance en un homme qui trompe sa femme ».
JLG : Comment avoir confiance en son amant quand on l’a vu si bien mentir pendant des mois à sa femme ? C’est la limite de la relation adultère finalement.

Sur ce film qui parle du couple, vous travaillez en duo à l’écriture et à la réalisation. Comment procédez-vous ?
JLG : Le fait d’avoir déjà travaillé ensemble pour la télévision simplifie beaucoup nos rapports. On a appris à rebondir, à réagir, à critiquer ou à enrichir ce que fait l’autre. On gagne énormément de temps.
BD : On met son égo dans la poche. Quand on tient à une idée, on argumente parce qu’elle nous tient à cœur la plupart du temps, mais si l’autre la remet en cause, on l’écoute pour en tirer profit. La fusion est totale, à tel point que je serais incapable de dire qui a eu l’idée de telle réplique ou de telle scène.
JLG : Sur le plateau, Bruno travaille avec les comédiens. Il est très physique, et leur insuffle l’énergie, le rythme, la confiance. Les acteurs ont besoin de sentir des réactions immédiates dans ses yeux, dans ses sourires. Moi je suis au retour au cadre, pour veiller aux moindres nuances, garder le recul par rapport à la narration, anticiper. On est très complémentaires, et bien évidemment, on n’hésite pas aussi à échanger nos rôles.

Peut-on dire que vous, Jeanne, vous êtes le regard féminin ?
JLG : Peut–être suis-je plus sensible à ces petites nuances qui appartiennent aux femmes, à leur façon de gérer la culpabilité et la manipulation. Carole et Lisa sont deux versions assez complémentaires de la femme. D’un côté, il y a la louve, Carole, la mère de famille candide qui va développer un tel instinct de survie lorsqu’elle se rend compte qu’elle peut tout perdre, qu’elle va devenir bien plus perverse et manipulatrice qu’elle ne le pensait. De l’autre, la femme amoureuse, Lisa, qui me fait bien rire aussi, car quand une femme est amoureuse, elle a douze ans ! Ce qu’il y a de touchant chez Lisa, c’est qu’elle a un amant sans avoir l’impression de tromper son mari. Elle s’arrange avec elle-même pour ne pas se sentir coupable. Elle aime son mari, mais sa relation avec Thomas lui permet de vivre une part secrète de désir et de féminité. De ce point de vue-là, elle a l’impression qu’elle n’enlève rien à personne !

Et vous Bruno, à l’écriture, prenez-vous plus facilement en charge la part des hommes ?
BD : Sûrement puisque j’en suis un... J’aime le côté positif de l’irresponsabilité des hommes, c’est ce qui les fait avancer. Quand face à une situation épineuse, les femmes réfléchissent, se disent, « peut-être que... », les hommes, eux, foncent sans rien anticiper, sans aucune projection quant aux conséquences.
JLG : Le ping-pong de l’écriture nous a forcé à pousser nos travers, ceux contre lesquels on lutte tous les jours. Moi j’ai poussé le curseur « femelle », et Bruno le curseur « mâle ».

Parlez-nous de votre plaisir d’avoir travaillé avec un quatuor d’acteurs aussi épatants.
JLG : François, Mathilde, Roschdy et Alice se sont tellement appropriés leur personnage, et de façon si évidente, que je ne vois pas qui auraient pu jouer ces rôles à part eux. La tendresse et l’innocence dans le regard de François Cluzet me bouleversent. Cette part d’enfance fait que le personnage de Lionel n’est jamais ridicule, mais constamment touchant et drôle. Mathilde Seigner a un peu de Lisa en elle. Elle est en train de découvrir elle aussi cette part extrêmement féminine qu’elle n’a pas eu l’occasion de développer jusqu’à présent. Elle est magnifique dans le film, belle, séduisante, sensuelle. Roschdy Zem est notre Lino Ventura. Viril, ombrageux, et en même temps, dès qu’il sourit, il s’éclaire. Alice Taglioni a souvent joué des jeunes femmes fortes, affirmées. On a voulu au contraire mettre en avant son côté tendre, doux, naïf, enfantin et drôle.
BD : La confiance est l’élément majeur dans une relation entre metteur en scène et acteurs. Et cette confiance, François, Mathilde, Roschdy et Alice nous l’ont donnée dès leur lecture du scénario. Elle s’est confirmée et renforcée avec les premières séances de travail pendant la préparation du tournage.
BD : Tous les quatre ont vu tout de suite qu’on savait exactement où on voulait les entraîner, mais qu’ils auraient aussi leur part de création. Avoir sur le plateau de tels acteurs qui vous suivent et en redemandent, c’est un bonheur total. François était constamment dans l’envie, « et si on essayait encore... ». C’est hyper jouissif d’avoir un acteur qui donne autant. Roschdy a une intelligence de jeu phénoménale, c’est un instinctif, mais ça ne l’empêche pas de bosser énormément, il est toujours lui aussi dans le désir d’aller plus loin. Alice est toujours en demande de plus de renseignements, d’indications, de nuances. Puis elle intègre tous ces ingrédients et les interprète à sa sauce qui est unique. Mathilde, c’est le contraire. Elle aime se lancer au feeling, et ensuite réajuster petit à petit, en tenant compte des nuances ou des observations qu’on lui indique.

Quelle est votre définition du couple ?
JLG : Un refuge, une prison. Un équilibre, une frustration. C’est tout en même temps. C’est ce qui nous rend plus faible, et qui nous rend plus fort.
BD : C’est la mission impossible que tout le monde souhaite réussir.

La séquence finale se prête à plusieurs interprétations. Qui est dans la voiture selon vous ?
JLG et BD :Vous n’imaginez quand même pas qu’on va vous le dire ?

Entretien avec Mathilde Seigner

Qu'est-ce qui vous a séduite dans ce premier film de Bruno Dega et Jeanne Le Guillou ?
Le scénario et les acteurs. J’ai envie de tourner avec des gens que j’aime. Mes choix viennent du cœur, intuitivement. J’ai eu un coup de cœur pour le scénario et puis je connaissais bien Jeanne et Bruno. Je trouvais le sujet original et très amusant. Je suis spectatrice avant d’être actrice. Peu importe l’importance de mon rôle, je me demande avant tout : « Est-ce que j’aimerais aller voir le film ? ».

Entretien avec François Cluzet

Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet ?
Jouer le cocu ! C’est très séduisant et plaisant de jouer le perdant en amour. Je dis bien le jouer, pas le vivre. On a tous une grande mémoire de nos ruptures... Un des points intéressants de ce scénario est que mon personnage va se révéler beaucoup plus séduisant qu’on ne l’imaginait. Au départ, on découvre un homme qui a pris un coup sur la cafetière. Sa femme le trompe, et comme toujours dans ces cas-là, il se demande pourquoi elle en préfère un autre : « Qu’est-ce qu’il a que je n’ai pas ?». Donc il fallait jouer, dans un premier temps, un type blessé, humilié, qui a perdu toute confiance en lui. Lionel va alors se rapprocher de Carole, la femme de l’amant de sa femme, la « cocue » qui elle aussi subit cette humiliation. J’aime bien l’idée de cette association de cocus !

Entretien avec Alice Taglioni

Parlez-nous de Carole, votre personnage. Comment la voyez-vous ?
Carole a gardé un côté très gamine, sans être péjoratif, et en même temps, c’est une femme mariée qui doit partager son temps entre sa petite fille et un travail qui l’occupe beaucoup. Je la trouve très généreuse d’une certaine façon, car pour sauver son couple et sa famille, elle va devoir faire beaucoup de concessions.

Entretien avec Roschdy Zem

Vous avez toujours été très sélectif dans vos choix, qu’est-ce qui vous a plu dans ce projet ?
Ce n’est pas évident d’aborder de façon originale le thème de l’adultère, le sujet a été tellement traité depuis Feydeau ! Le scénario de Détrompez-vous m’a séduit car il aborde ce thème d’une façon contemporaine, avec beaucoup de subtilité, de légèreté et sans vulgarité, ce qui est important pour moi. Dans mes choix, il y avait aussi le désir de me renouveler. Je venais de tourner des films ancrés dans des symboliques fortes, voire politiques comme Indigènes, alors cette comédie tombait à pic. Le ton de ce film, avec ses quiproquos et ses malentendus, est un exercice de style complexe, donc intéressant. Il faut à la fois jouer sincèrement les situations, avoir une vraie implication dans ses émotions, tout en veillant à garder avec ses partenaires et avec la caméra un sens du rythme propre à une pure comédie.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 47 910 entrées
  • Cumul IDF : 100 390 entrées

  • 1ère semaine France : 138 309 entrées
  • Cumul France : 314 231 entrées