Vous avez toujours été très sélectif dans vos choix, qu’est-ce qui vous a plu dans ce projet ?
Ce n’est pas évident d’aborder de façon originale le thème de l’adultère, le sujet a été tellement traité depuis Feydeau ! Le scénario de Détrompez-vous m’a séduit car il aborde ce thème d’une façon contemporaine, avec beaucoup de subtilité, de légèreté et sans vulgarité, ce qui est important pour moi. Dans mes choix, il y avait aussi le désir de me renouveler. Je venais de tourner des films ancrés dans des symboliques fortes, voire politiques comme Indigènes, alors cette comédie tombait à pic. Le ton de ce film, avec ses quiproquos et ses malentendus, est un exercice de style complexe, donc intéressant. Il faut à la fois jouer sincèrement les situations, avoir une vraie implication dans ses émotions, tout en veillant à garder avec ses partenaires et avec la caméra un sens du rythme propre à une pure comédie.
Détrompez-vous est aussi un film sur l’amour.
C’est une histoire d’amour avant tout, même si le film tourne autour du thème de l’adultère. Tous les sentiments amoureux qui traversent cette histoire sont très importants. Il fallait que le spectateur puisse à la fois rire et s’apitoyer sur le couple des « cocus », mais aussi se projeter sur le couple des « volages ». Lisa et Thomas ne sont pas des personnages négatifs. Le danger aurait été de faire de Thomas un « beauf », attiré seulement par le sexe. Entre Thomas et Lisa, ce n’est pas qu’une simple histoire de cul, c’est une véritable histoire d’amour. D’ailleurs quand ils sont confrontés à un risque de rupture, ils éprouvent une profonde tristesse. Le film aborde une question essentielle sur l’infidélité : « Qu’est-ce qu’une relation avec un ou une autre partenaire peut réellement apporter quand on est déjà en couple ? Est-elle complémentaire ? ». On dit aujourd’hui que le couple est en péril, mais on peut dire aussi qu’il est de plus en plus libre. Ce film pose des questions sur tous ces points de vue.
Thomas a une épouse ravissante, comment expliquez-vous son envie d’aller voir ailleurs ?
C’est important que Carole, l’épouse de Thomas, soit interprétée par une actrice aussi ravissante qu’
Alice Taglioni, parce que Thomas n’a jamais cessé d’aimer profondément sa femme. C’est pour cela que Thomas n’a pas vraiment l’impression de la tromper, en tout cas c’est ce que je me suis raconté pour interpréter le personnage. Pour lui, il n’y a plus de challenge dans son histoire avec sa femme, son couple fonctionne sur l’acquis. Alors il a besoin de remettre en cause cet amour qu’ils ont l’un pour l’autre. Pour certains, c’est une façon de mettre du piquant dans la relation et d’aimer davantage la personne avec qui ils vivent.
Thomas n’ose pourtant pas avouer à sa femme qu’il a une aventure...
Faut-il tout se dire dans un couple ? Je ne pense pas. On doit cultiver son jardin secret. Ce serait assez horrible qu’une femme soit complice de l’aventure extra conjugale de son mari, on serait quasiment dans l’échangisme ! Le mensonge peut aussi être une forme de respect envers l’autre, pour ne pas blesser. Si l’aventure se prolonge, c’est différent, le mensonge devient malsain parce qu’on trompe l’autre sur ses propres sentiments.
Mentir, c’est tout un art. Thomas a une imagination fertile, il invente des stratagèmes rocambolesques, et il s’emmêle dans les mensonges, dans la mauvaise foi.
La mauvaise foi, je connais bien cette expression ! La mauvaise foi est un noble défaut. C’est aussi une façon de se dévoiler. Il y a quelque chose d’assez touchant lorsqu’on est pris en flagrant délit de mensonge. En tout cas pour un acteur, le mensonge est toujours un travail très intéressant. Faut-il jouer le type qui ment, et donc rendre le spectateur complice de son jeu ? Ou alors, paraître le plus sincère possible ? Il y a deux versions : il y a le type qui bégaye, qui panique, qui confond tout, et puis il y a aussi un type plein d’assurance qui va même jusqu’à engueuler l’autre pour camoufler son mensonge.
Quelle est votre définition du couple ?
Le maître mot, c’est l’harmonie. Et c’est ce qu’il y a de plus dur à mettre en œuvre au sein d’un couple...
On vous a rarement vu dans une comédie. Vous semblez avoir pris un vrai plaisir avec ce film.
Oui, car dans ce genre de vaudeville, on peut lâcher les fauves ! Tout est permis. Là j’ai décidé de laisser libre cours à l’inspiration, et à tout ce que j’ai pu enfouir jusqu’à présent dans le jeu et derrière la sobriété de mes personnages. Je suis toujours très flatté et surpris qu’on me propose ce genre de personnage. Je suis un homme très pudique, mais si le metteur en scène trouve la façon de me faire dépasser mes limites, je veux bien mettre cette pudeur en péril.
Bruno Dega et
Jeanne Le Guillou ont une complicité hors du commun. Rien n’est laissé au hasard. Je leur ai fait confiance à la mise en scène et je me suis rassuré dans leurs yeux.
Un film choral offre l’avantage de faire de vraies rencontres.
J’ai éprouvé beaucoup de fierté à travailler avec un acteur comme
François Cluzet, il est le plus expérimenté d’entre nous, et il garde en permanence un œil bienveillant sur ses partenaires. J’aime bien ça.
Mathilde Seigner a elle aussi cette même générosité, doublée d’une drôlerie irrésistible. Elle a besoin, comme moi, d’exorciser ses peurs et ses craintes par le rire. Elle sait aussi glisser des mots tendres. On avait travaillé ensemble il y a une dizaine d’années, et j’ai retrouvé la Mathilde que j’ai connue encore plus mature.
Alice Taglioni a toutes les qualités d’une grande actrice, un jeu subtil et le ton juste en toutes circonstances. Le fait de tourner isolés sur une île nous a tous rapprochés, nous étions plus soudés. Après les temps de concentration sur le tournage, l’ambiance était détendue et propice à la rigolade.