Tout sur l'adaptation
Qu’est-ce qui, en lisant le livre d’Henri Cueco, vous a donné envie d’en faire un film ?
J’ai tout de suite été frappé par la façon qu’avait le jardinier de parler, de s’exprimer, par des réflexions très particulières. C’est d’ailleurs sûrement ce qui avait frappé Cueco quand il avait rencontré cet homme et qui lui avait donné l’envie d’écrire le livre - pour qu’il en reste une trace. Ce jardinier est un être singulier, assez exceptionnel. Il a une vue sur les choses de la vie tout à fait spontanée et naïve, et pourtant juste et profonde. Ce n’est pas Monsieur Tout Le Monde. Ses dialogues, tels que les a restitués Cueco, sont formidables d’étrangeté et de bon sens à la fois.
Quelle était la principale difficulté de l’adaptation ?
Il fallait quasiment inventer de toutes pièces le personnage du peintre qui, dans le livre, n’existe que pour renvoyer la balle au jardinier. J’ai commencé à écrire le scénario tout seul et puis, assez vite, j’ai ressenti le besoin de me faire aider par quelqu’un. Et j’ai tout naturellement pensé à
Jean Cosmos parce qu’on s’était très bien entendus lorsqu’on a travaillé ensemble sur l’adaptation d’
Effroyables Jardins, mais aussi parce que sa fille est peintre et qu’elle l’a sûrement bien aidé pour développer ce personnage. Il fallait trouver le juste équilibre entre les deux, ne pas affaiblir le jardinier tout en donnant assez de vie et de consistance au peintre.
Vous n’avez pas demandé à Henri Cueco de travailler à l’adaptation ?
Non, pas plus que je n’ai utilisé ses dessins ou ses peintures. C’est, je crois, pour mieux m’approprier le sujet. Je n’avais pas non plus demandé à Michel Quint de participer à l’adaptation d’
Effroyables Jardins. Il n’y avait qu’avec Sébastien Japrisot où ça ne me gênait pas qu’il travaille sur ses adaptations, on se connaissait tellement bien... Et si Cueco est crédité au générique pour les dialogues, c’est parce qu’on a utilisé beaucoup de dialogues du livre tels quels. De la même manière qu’on a gardé par exemple tel quel le personnage de la femme du jardinier.
Après avoir travaillé avec
Jean Cosmos, j’ai aussi fait appel à mon copain
Jacques Monnet et également, pour un dernier petit coup de pouce, sans même le créditer, à François D’Epenoux qui a écrit
Deux jours à tuer dont est tiré mon prochain film. Je ne refuse aucune bonne volonté. Ce qui m’importe, comme toujours, c’est de mettre tous les atouts de mon côté pour que le scénario soit le mieux possible !
Explication du choix du casting
Connaissant votre complicité avec Jacques Villeret, on se dit que vous aviez dû penser à lui à la lecture du livre pour le rôle du jardinier...
En effet, c’est même pour lui que j’ai commencé à écrire le scénario. J’avais presque fini la toute première version lorsqu’il est mort. J’ai failli abandonner, et puis j’aimais vraiment trop ce jardinier. J’ai alors cherché qui pouvait aussi dégager cette espèce de gentillesse, de naïveté qu’avait Jacques. J’ai toujours trouvé que Jean-pierre Darroussin, avec un physique très différent, avait quelque chose de la même nature.
Lorsque j’avais vu Un Air De Famille, j’avais été frappé par cette manière qu’il avait d’observer les autres, avec un regard bienveillant... Je lui ai fait lire le scénario sans lui cacher qu’il avait été commencé pour Jacques et il a accepté tout de suite. Notre travail a ensuite été très différent de ce qu’il aurait été avec Jacques. Ne serait-ce que parce qu’on ne se connaissait pas mais il a donné au personnage un naturel, une
simplicité et une vraie profondeur.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de confier le rôle du peintre à Daniel Auteuil ?
Une sorte d’intuition. J’aimais bien l’idée de le retrouver dans une histoire très simple et je savais qu’interprété par lui, ce personnage de clown blanc qu’est le peintre prendrait aussi toute sa profondeur.
La grande qualité de Daniel, c’est d’avoir une parfaite compréhension d’une situation. Il pige tout de suite. Un clin d’œil, un regard, et il a compris. C’est un acteur d’une sobriété remarquable et qui trouve toujours le ton juste.
En quoi diriez-vous qu’ils se complètent bien ?
Ils sont à la fois très proches et très différents mais c’est vrai qu’ils se complètent très bien !
Chacun, à sa manière, sait faire passer de l’émotion. Il y a chez eux la même subtilité, la même simplicité, la même évidence. En plus, Jean-Pierre et Daniel qui étaient, je crois, sincèrement heureux de travailler ensemble pour la première fois, ont tout de suite établi entre eux une vraie complicité qui a nourri les rapports de leurs personnages.
Cela se voit dans les regards, dans la manière qu’ils ont de s’écouter l’un l’autre... Franchement, je ne pouvais pas rêver meilleur duo. Ils sont allés au-delà de mes espérances.
Le secret de la mise en scène
Comment définiriez-vous vos principes de mise en scène dans Dialogue Avec Mon Jardinier ?
Ils sont simples. Je filme à deux caméras et avec plusieurs valeurs de plan : gros plans, plans moyens, plans larges. À la fois pour avoir le maximum de possibilités au montage et parce que dans un film comme celui-ci,
la mise en scène ne doit pas, à mon sens, se faire remarquer. On doit juste regarder les personnages, être avec eux, près d’eux.
Un retour aux sources
L'Ete Meurtrier, Les Enfants Du Marais, Effroyables Jardins, Dialogue Avec Mon Jardinier... Il y a dans vos films comme une nostalgie de la vie à la campagne alors que vous n’êtes pas un enfant de la campagne...
Un petit peu quand même. Et ça ressort maintenant... En effet, quand la guerre a éclaté et que mon père a été fait prisonnier, on est partis vivre à la campagne. J’avais 7 ans, j’étais dans une ferme et je vivais comme les fils des gens qui nous hébergeaient.
Puis, mon père est revenu de captivité et il a tourné Goupil Mains Rouges. Une histoire qui se passait dans un univers de paysans. On est allés habiter alors à Saint Léonard des Bois, encore à la campagne ! Et pendant la première partie de ma carrière, j’ai occulté ces souvenirs, ces réminiscences de la province. Je crois que c’est de travailler sur L'Ete Meurtrier avec Sébastien Japrisot qui m’a redonné goût à ça.
Je me suis dit : «Je me sens bien là-dedans, à raconter des histoires avec des gens simples et authentiques». Et aujourd’hui, c’est comme si c’était important pour moi de renouer avec mes souvenirs d’enfance...