Notes de Prod. : Dialogue avec mon jardinier

    en DVD le 06 Décembre 2007

Entretien avec Jean-Pierre Darrousin

Sa première rencontre avec Daniel Auteuil et un tout nouveau rôle

Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec Daniel Auteuil ?
C’était justement pour Dialogue Avec Mon Jardinier, Jean Becker nous avait invités à manger tous les deux. Avant ça, on s’était vaguement croisés une fois dans les couloirs du Fouquet’s et on s’était salués poliment.

Autant dire qu’on ne se connaissait pas du tout. De travailler avec lui, surtout sur cette histoire-là qui se concentre autour de deux personnages, c’est bien évidemment ce qui m’a attiré dans ce projet. Mais pas seulement. J’ai trouvé que c’était assez gonflé de faire un film comme ça, aussi minimaliste, juste sur la rencontre de deux personnes et sur leurs échanges.

Et puis, ce jardinier, c’est un personnage qui m’attirait. Il me faisait penser à mon père.

De quelle manière?
Sa manière de parler, c’était mon père ! Toutes ses expressions populaires, à la fois un peu surannées et très imagées, ce langage vraiment typique de gens qui sont restés attachés à la terre, qui vivent dans cette éducation-là, dans cette authenticité-là, éveillaient un écho chez moi... Mon père était étameur mais il était issu d’un milieu paysan.
Comme le jardinier du film, il savait tout faire.

Que Jean Becker ait d’abord pensé à Jacques Villeret pour interpréter le jardinier ne vous a pas fait hésiter ?
Non. Parce que je sentais bien le personnage, parce que je voyais bien comment moi, je pourrai le jouer. Et puis, ce qu’il me proposait,c’était le jardinier, pas Jacques Villeret.

En même temps, il a bien fallu une semaine à Jean pour réaliser que ce n’était pas avec Villeret qu’il travaillait mais avec moi ! Cette première semaine a été assez difficile pour tout le monde. Je pense que Jean était angoissé, il se demandait sans doute ce qu’allait donner ce film où tout reposait sur les dialogues entre
deux personnages.
Il était brusque, un peu colérique. Cela nous a déstabilisés, Daniel et moi. Mais comme on s’est très bien entendus tout de suite, on s’est serrés les coudes, on a travaillé ensemble sur le texte... Parce qu’il y avait quand même beaucoup de texte à apprendre, à moudre...

Les craintes de Darrousin pendant le tournage

C’est ce que vous appréhendiez le plus, le texte ?
Oui. Et donc la mémoire ! C’est presque un texte de théâtre. C’est un dialogue très écrit, avec un vocabulaire très précis, et il n’est pas question d’en changer une virgule - même si je me suis quelques fois amusé à rajouter quelques images ou quelques expressions de mon cru ! Au théâtre, lorsqu’on joue le texte, on l’a déjà répété cent fois ! On a eu le temps d’en saisir les nuances, d’en explorer les
détours.
Là, c’était comme si on ne pouvait pas dépasser le stade des premières répétitions au théâtre. Il fallait franchir ce double obstacle des mots à retenir et des situations à explorer. Il fallait assimiler le texte de façon à ce qu’il soit simplement parlé, et surtout pas joué...

Avez-vous ressenti le besoin à un moment de vous reporter au livre de Cueco ?
Non. Je déteste faire ça. Ce que j’ai à jouer n’est pas le livre mais le scénario. Le livre, c’est une autre vision, c’est parfois un autre point de vue.
Dans le dossier de presse de mon film, Le Pressentiment, j’avais utilisé une phrase de Jacques Becker où il dit que lorsqu’on fait l’adaptation d’un roman, à force de l’aimer, à force de le travailler, on finit par oublier que c’est quelqu’un d’autre qui l’a écrit ! On se l’est tellement approprié que c’est finalement
une autre œuvre. Seul l’adaptateur peut savoir encore d’où elle vient, mais quand on est acteur, on n’a pas à savoir d’où ça vient.

Il m’est arrivé en revanche de lire bien longtemps après un film le livre qui l’a inspiré. Mais là, il n’y a plus d’enjeu...

Ses sentiments sur le jardinier

Qu’est-ce qui vous touche le plus chez le jardinier ?
C’est un personnage qui ne triche pas, qui est en prise directe avec le réel, qui a trouvé du sens à sa vie - ce que recherche justement le personnage du peintre qui, lui, est dans un désert affectif.
Le jardinier sait que le sillon qu’il a tracé est droit. Il peut se regarder dans la glace. Il a toujours été honnête, loyal, il n’a fait de mal à personne. C’est un être profondément moral. Il a servi sa vie, et à partir du moment où il a servi sa vie, sa vie a servi à quelque chose. C’est ça qui est touchant humainement - et profondément exemplaire.

Cette histoire, finalement, c’est l’histoire de la disparition d’un juste. C’est ce qui fait qu’on est bouleversé à
la fin du film, parce que les gens comme lui sont rares. Je l’aime bien ce personnage, avec son allure, ses chaussures, ses pantalons, sa mobylette... J’aimais bien me déguiser en lui.

La relation Darrousin/Auteuil

En quoi vous complétez-vous avec Daniel Auteuil ?
J’ai la sensation qu’on a à peu près la même approche du métier, qu’on est à peu près de la même famille d’acteurs. On est assez timides et réservés. On est respectueux de notre travail et du personnage à faire vivre. On est avant tout des caméléons, des éponges de différents archétypes d’humanité qu’on peut croiser dans la vie.
Et puis aussi, il y a une fragilité, une vulnérabilité... Et un petit côté comme ça, expérimental. Le souci d’être dans la recherche, d’avancer sans que les choses soient acquises. Je me retrouve assez quand je le vois travailler.

Et comme partenaire, quel est son principal atout ?
Sa simplicité et sa droiture. Son intelligence du réel enjeu de la rencontre. La capacité qu’il a de savoir mettre en espace cette chose indicible et palpable, mystérieuse et intime, qui se noue entre ces deux personnages.
Son aptitude à comprendre tout de suite quel est l’objet de la scène sans avoir besoin de se disperser dans des états d’âme sur le fait d’y arriver ou pas.

Le fait de savoir que simplement en disant le texte et en écoutant son partenaire, il commence à se passer
quelque chose - c’est ce que j’appelle la simplicité et la droiture. Le fait aussi de ne pas faire peser sa vulnérabilité sur les autres, ne pas user l’énergie des autres avec ses propres angoisses - c’est extrêmement appréciable et... pas si courant que ça.

A popos de Jean Becker

Et Jean Becker, comment le définiriez-vous sur le tournage ?
C’est une force de la nature. C’est son énergie qui circule sur le plateau. Ses emballements, ses doutes, ses angoisses, son exigence, sa volonté... Tout ça est exposé, mis à nu.
C’est un spectateur presque enfantin : on sent immédiatement sa réjouissance ou sa déception. Il ne travestit pas du tout ce qu’il pense, il ne se cache pas derrière des faux-semblants. Il est direct. Pas étonnant qu’il ait fait de la boxe. Il prend des coups, il en redonne. Il y a un vrai échange.

En fait, le tournage ressemblait un peu à une partie de tennis où, avec Daniel, on formait une entité à tous les deux et c’était cette personne-là, faite de nous deux, qui jouait avec lui en face. Avec des coups réussis, des coups ratés...
Il y avait un plaisir, une jubilation à jouer ce jeu-là. Il y avait quelque chose d’enfantin dans cette énergie. C’était vraiment comme de s’abandonner dans le jeu, de se prendre pour des cow-boys et des Indiens et d’y aller !

Là où il a réussi son truc, Jean, et c’est ce que j’aime beaucoup au cinéma, c’est que le film a su capter l’espace qui existe entre ces deux personnes, la vibration qu’il y a entre le peintre et le jardinier. On n’est pas dans la performance de chaque acteur, on est vraiment dans ce qu’il y a entre eux.

Qu’est-ce qui, selon vous, touche Jean Becker dans la rencontre de ce peintre avec son jardinier ?
Il a rencontré beaucoup de gens, c’est quelqu’un de très poreux, de très sensible, il est aux aguets... Quand son père fait Le Trou, ce sont des corps qui vivent. Il cherche à filmer ce mystère-là : pourquoi les gens se mélangent dans la vie.

Le sujet, ici, c’est ça aussi. Pourquoi ces deux types se découvrent tout à coup une complicité ? Pourquoi un
artiste intellectuel, parisien, esthète est touché soudain par cet homme simple ? Justement parce que quelque chose résonne en lui. Jean qui est très nostalgique, qui est très imprégné du cinéma de son père, par les gens qu’il a rencontrés à cette époque-là cherche à comprendre ce qu’il y avait de plus vrai dans cette société qui n’était pas basée sur la consommation, pourquoi les gens étaient plus dans le travail que dans l’argent, pourquoi ils étaient plus dans le souci de servir leurs vies que dans l’attente que leurs vies ne les
servent... Jean est exactement au carrefour mais avec ce sentiment de tout ce qu’on a perdu à cause de ces impératifs de performance, de représentation, de reconnaissance...

C’est un thème universel, les anciens et les modernes. Il y a même quelque chose de tchékovien là-dedans, dans cette interrogation sur comment meurt l’ancien monde...

Petite confidence

Aujourd’hui, avec le recul, quelles sont vos scènes préférées ?
La scène où le peintre fume un pétard et que le jardinier le regarde... La scène où je mange un hareng dans le jardin. Les scènes au Louvre, à l’hôpital. Ce moment dans les haricots avec la musique de Mozart - j’ai senti là un moment de plénitude de jeu.
La scène de la pêche, on a vraiment eu du plaisir à la tourner. Jean voulait toutes les lumières du jour. On est restés 12 heures sur la barque, de 8h du matin à 8h du soir ! Sans bouger, sans même aller pisser. On n’a rien dit, rien demandé, on nous lançait des sandwiches. On était juste nous deux, Daniel et moi. Entre les prises, on discutait.
On a passé un vrai moment de pêcheur. Mais ce moment-là a vraiment scellé aussi quelque chose entre
nous...

Entretien avec Jean Becker

Tout sur l'adaptation

Qu’est-ce qui, en lisant le livre d’Henri Cueco, vous a donné envie d’en faire un film ?
J’ai tout de suite été frappé par la façon qu’avait le jardinier de parler, de s’exprimer, par des réflexions très particulières. C’est d’ailleurs sûrement ce qui avait frappé Cueco quand il avait rencontré cet homme et qui lui avait donné l’envie d’écrire le livre - pour qu’il en reste une trace. Ce jardinier est un être singulier, assez exceptionnel. Il a une vue sur les choses de la vie tout à fait spontanée et naïve, et pourtant juste et profonde. Ce n’est pas Monsieur Tout Le Monde. Ses dialogues, tels que les a restitués Cueco, sont formidables d’étrangeté et de bon sens à la fois.

Entretien avec Daniel Auteuil

La rencontre avec Jean Becker et la découverte de son rôle

Connaissiez-vous Jean Becker avant Dialogue Avec Mon Jardinier ?
Non. J’avais une tendresse particulière pour ses premiers films avec Belmondo : Un Nommé La Rocca, Echappement Libre, Tendre Voyou... Mais on ne s’était jamais rencontrés. J’ai donc été surpris de recevoir le scénario de Dialogue avec mon Jardinier.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 86 356 entrées
  • Cumul IDF : 268 093 entrées

  • 1ère semaine France : 321 480 entrées
  • Cumul France : 1 367 086 entrées