le polar est-il un genre que vous affectionnez particulièrement ?
Au cinéma, je suis plutôt histoires d’amour, comédie ou aventure. Je ne connais pas bien le polar. Il y a certesquelques films de ce genre dans lesquels j’ai tourné : Barocco de Téchiné, La Lune dans le caniveau de Beineix. Mais, plus que des vrais polars, ce sont des films de situations, d’ambiances. Le vrai polar, c’est différent. Même Police de Pialat, au fond c’était plus un reportage sur ce qui se passait dans ces années-là, dans ce métier où il y avait à l’époque des types un peu «enrhumants». Mais je pense que la police a beaucoup changé, y compris celle que raconte
Olivier Marchal dans MR 73.
Qu’ont apporté des gens comme Olivier Marchal au polar ?
Dans son 36 Quai des Orfèvres, on est davantage dans une lutte contre des gens bornés, comme il y en a dans toutes les administrations - mais quand on fait un métier pareil, ça donne une autre dimension. Olivier a fait de grands films sur la police vue de l’intérieur. J’ai peu connu la police, mais disons que ce n’est pas un monde très intéressant quand on filme simplement leur boulot.
Diriez-vous qu’aujourd’hui la police est représentée de manière moins manichéenne au cinéma ?
Non. Il n’y a jamais eu de films avec d’un côté les bons et de l’autre les mauvais flics. Tout le monde est pourri je crois, même les flics... Avant, au cinéma, on ne voyait pas «un flic pourri» mais un flic qui prend ses petits avantages. La différence, c’est que dans les films de Marchal et dans DIAMANT 13 de Béat, on voit ces mecs brûlés, perdus. Ça, c’est intéressant, on est dans la littérature. Mon polar préféré, c’est Le Comte de Monte Cristo, Jean Valjean ! On n’est pas dans le réel, on essaie de rentrer au cœur des choses par le prisme de la fiction. La traque d’un serial killer vue uniquement à travers le boulot de la police, c’est tellement chiant qu’on a envie de se casser. Aujourd’hui, les réalisateurs cherchent à reproduire le réel de manière artificielle. Par exemple dans 24 heures chrono, c’est le temps réel qui est intéressant ; ce que l’on y raconte, tout le monde s’en fout. Les séries télévisées sont dans une fausse réalité. Ce qui me plait dans les films de Marchal, dans Diamant 13, c’est cette exploration des non-dits par l’imagination.