Nous tenions à ce que le film soit fidèle au magnifique roman de Coetzee, en dépeignant l’Afrique du Sud comme une société complexe qui doit faire face au contrecoup de l’apartheid. Ce point de vue est perceptible à travers l’intrigue, mais plus particulièrement encore dans la relation très forte entre David et sa fille Lucy. Leur tragédie intime fait écho aux réactions très divisées suscitées par l’événement atroce qui est la clé de voûte du film. Dans un paysage somptueux de montagnes et de vallées, nos personnages sont en plein désarroi et se demandent s’ils peuvent aller de l’avant.
Le cadre spectaculaire qui les environne fait partie intégrante de leur trajectoire personnelle. Une trajectoire qui reflète une Afrique du Sud à la fois moderne et traditionnelle.
Les enjeux éthiques de
Disgrace sont d’une grande subtilité, ce qui se retrouve dans le jeu tout en nuance des comédiens qui doivent affronter de nombreux dilemmes. Du coup, le spectateur est constamment décontenancé par les non-dits qui se jouent entre les personnages.
Malgré tout, il s’agit bien de l’Afrique et, d’ailleurs, la présence charnelle de l’Afrique habite le film, et tout particulièrement le cadre majestueux de la ferme de Lucy. A mon sens, il est essentiel de rendre compte de la puissance et de la beauté de cet univers naturel si nous voulons comprendre pourquoi, envers et contre tout, Lucy décide de ne pas partir. Les Sud-Africains sont quotidiennement confrontés à des choix semblables : il fallait que l’on explique, dans
Disgrace, pourquoi ils décident parfois de rester sur place, et non pas seulement pourquoi ils décident de partir...