Notes de Prod. : Don Giovanni, naissance d'un opéra

Don Giovanni, naissance d'un opéra : note d'intention du réalisateur

Il y a quelques temps, j’ai reçu, par l’intermédiaire du producteur Andrès Vicente Gomez, un scénario sur un personnage qui m’était alors inconnu. Il racontait la vie de Lorenzo Da Ponte. La vie mouvementée de Lorenzo Da Ponte, et en particulier ses relations avec Mozart et Casanova, sont autant d’éléments qui permettent de construire une histoire fascinante. Tout, dans la vie de Da Ponte, ressemble à un roman d’aventures : on dirait qu’une succession d’événements l’emporte, ici et là, dans un voyage interminable qui commence à Venise, passe par Vienne et Londres, pour se terminer avec sa mort à New York à près de 90 ans.

Juif converti, il fut baptisé à l’âge de 10 ans et plus tard ordonné prêtre. Ami de Casanova, poète et pamphlétaire, critiquant la corruption de l’Eglise et de la ville de Venise à travers ses vers, libertin, coureur de jupons et joueur, il fut expulsé de Venise par l’Inquisition, condamné à un exil qui le conduisit à Vienne. C’est là qu’il collabora en tant que libbretiste aux opéras de Salieri, Martin y Soler, et surtout Mozart avec “Les Noces de Figaro”, “Cosi Fan Tutte” et “Don Giovanni”.
C’est ainsi que je décidai de modifier le scénario original, car devant la difficulté de réaliser un film sur l’intégralité de la vie de Lorenzo Da Ponte, il m’a semblé plus approprié et plus intéressant de me concentrer sur l’histoire de la création de l’opéraDon Giovanni” ; ce qui a également permis un jeu de miroir entre la vie de Lorenzo Da Ponte et le personnage de Don Giovanni.

On a dit beaucoup sur Don Giovanni, et les adaptations en ont été nombreuses, aussi bien au théâtre qu’à l’opéra, mais certainement aucune n’aura été aussi intense, attirante, divertissante et inspirée que le “Don Giovanni” issu de l’étroite collaboration entre Lorenzo Da Ponte, Wolfgang Amadeus Mozart et Casanova. On raconte, et il y a lieu de croire qu’il en fut ainsi, nous l’avons repris dans notre film, que Casanova, résidant alors à Prague, collabora d’une certaine manière à ce “Don Giovanni”.
Trois personnages charismatiques et extraordinaires se sont rencontrés pour réaliser l’une des oeuvres les plus inspirées du répertoire lyrique. Je suis sûr qu’aussi bien Da Ponte que Mozart ou Casanova prenaient plaisir à discuter de la personnalité de ce Don Giovanni qui tenait un peu de chacun d'eux. Ils étaient conscients que dans la société viennoise, habituée à occulter et idéaliser le sexe, traiter d’un tel personnage, aussi terrestre et physique, serait extrêmement délicat, et ils devaient discuter, voire se disputer sur la manière de voir le personnage et comment transcrire, à travers un texte inspiré et une musique sublime, ce jeu si délicat entre l'ironie, l'humour et le drame qui donna naissance à l'opéraDon Giovanni“.

Don Giovanni n’est pas seulement ici un séducteur avide, mais une représentation, une métaphore de l’amour libre et du désir libéré des conventions. Don Giovanni est aussi un aventurier qui aime le risque, un homme amoral, sans scrupules, manipulateur, maître dans l’art de la séduction et obsédé par le jeu de l’amour.
Dans notre histoire, qui s’inspire librement des faits historiques, Lorenzo Da Ponte, pécheur, coureur de jupons et libbretiste, est amoureux d’une femme qui apparaît un jour mystérieusement à Venise et ressurgit plus tard à Vienne. Et si dans l’opéra de Don Giovanni, l’amour n’apparaît pas comme un sentiment spirituel et platonique (mais seulement pour le jeu, le risque et le sexe), dans notre film, la femme aimée transforme la vie de Lorenzo Da Ponte, l’obligeant à repenser le personnage de Don Giovanni, qu’il a tant contribué à créer.
Don Juan est originaire d’Espagne mais a très vite fait le tour du monde. C’est un mythe universel comme Faust, Don Quichotte ou Carmen. Tous ces personnages, Don Juan en tête, qui vivent à la limite de la passion ou de la folie, sont prêts à suivre leurs convictions jusqu’au sacrifice et à la mort. Il est étonnant combien les personnages passionnés de “Carmen” et “Don Giovanni”, pourtant si différents, ont en commun : tous deux aiment librement, tous deux refusent d’être assujettis aux normes sociales, tous deux acceptent, sans renoncer à leurs convictions, le destin mortel auquel ils sont prédestinés. La différence réside dans le ton, car “Don Giovanni” est un drame résolument drôle et ironique ; peut-être était-ce la manière la plus intelligente de se confronter au mythe “excessif” de Don Giovanni, sans négliger les moments dramatiques de la mort du Commandeur et le châtiment infernal de la fin de l’opéra.

Que dire de mes collaborateurs ? Ce film est un film choral, auquel chacun a généreusement apporté son talent. Il aurait été impossible de réaliser ce “Don Giovanni, naissance d'un opéra” sans Vittorio Stroraro. Ensemble, nous avons déjà réalisé cinq films et tout ce que je peux dire c'est que travailler avec lui est stimulant et enrichissant - je ne sais pas si travailler est le mot exact - il serait peut-être préférable de dire que, par les miracles du destin, notre collaboration et amitié nous ont rapprochés comme des frères. Dans Don Giovanni, naissance d'un opéra, Vittorio et moi avons profité de nos expériences sur nos précédentes comédies musicales FLAMENCO et TANGO, mais surtout GOYA.
J’ai toujours été fasciné par le Diorama, ce spectacle du 19ème siècle où étaient représentés, au moyen d’un jeu habile de rideaux avec des peintures très réalistes, des scènes formant des villes, des panoramas lointains et pittoresques, des événements historiques, etc.., tout cela en grandes dimensions et dans des espaces spacieux dédiés à ce besoin. Nous avons fait dans Don Giovanni, naissance d'un opéra, quelque chose de semblable en utilisant les avancées techniques que nous possédons aujourd’hui.

Toute la mise en scène du film est apparente, artificielle, composée de photographies agrandies et accrochées comme des rideaux dans le studio, reconstituant les rues, places, maisons et palais de Venise et Vienne. Un travail pour lequel nous avons fait appel à des experts qualifiés capables de donner vie à nos idées. A cela s’est ajouté un choix minutieux - et très créatif - des costumes, du maquillage et des coiffures.
Grâce aux acteurs, en majeure partie jeunes et peu connus, et aux excellents chanteurs qui jouent également dans le film, notre travail fut plaisant et amusant.

Nos musiciens, Noccola Tescari et Roque Baños, ont supervisé sur place les scènes où apparaissent les chanteurs. Je voudrais remercier tout particulièrement Niccola Tescari qui a enregistré, pour les besoins du film, les musiques de Vivaldi et l’opéra Don Giovanni de Mozart, et qui nous a accompagné avec tant de sagesse pendant le tournage du film. Pour terminer, je remercierais les producteurs, Andrès Vicente Gomez pour le tournage en Espagne de la partie du film située à Venise, et surtout Andrea Ochipinti pour la partie viennoise, tournée intégralement dans les studios de Laurentis à Rome. C’est grâce à eux que Don Giovanni, naissance d'un opéra est arrivé à bon port.
Merci à tous ceux qui ont fait que Don Giovanni, naissance d'un opéra soit devenu une réalité.

Carlos Saura, réalisateur de Don Giovanni, naissance d'un opéra

Don Giovanni, naissance d'un opéra : Synopsis long

Venise, 1763. Dans une église bondée de fidèles, un baptême se prépare. Dans la foule, Giacomo Casanova observe les quatre juifs prêts à être baptisés. Parmi eux, un jeune homme, Emanuele Conegliano, semble hésiter à sauter le pas. L’évêque, qui a remarqué l'intérêt d’Emanuele pour les textes de la Divine Comédie de DANTE, finit de le convaincre en lui promettant l'accès à toute sa bibliothèque. Une fois baptisé, le jeune homme devient Lorenzo Da Ponte… Lorenzo est ordonné prêtre mais son amitié avec Casanova le maintient dans ses habitudes libertines.