Dans son dernier film, Double Take, l’artiste et cinéaste
Johan Grimonprez explore des thèmes qui lui sont familiers : comment la télévision manipule les foules; effraie et brouille la frontière entre réalité et fiction. Encore une fois, au centre de l’œuvre, une silhouette se dessine,
Alfred Hitchcock. Ce film est en quelque sorte la suite du court métrage de Grimonprez, Looking For Alfred, qui joue de la même façon sur le thème de la duplicité, en décortiquant les apparitions d’Hitchcock dans ses propres films, et se demandant ce qui se passerait si Hitchcock venait à rencontrer... Hitchcock. A la différence que dans ce projet-ci, l’enjeu augmente considérablement. Retour au début des années 60. C’est l’époque de la crise de Cuba, mais également une période où la rivalité entre cinéma et télévision est des plus féroces. Les cinémas mettent la clé sous la
porte car le petit écran vole leurs spectateurs. Hollywood change de visage. Hitchcock a déjà réalisé Psycho avec une équipe de télévision. Il est sur le point de commencer le tournage des Oiseaux. À la même époque, il se construit une image différente en tant que personnalité de la télé, avec
Alfred Hitchcock Presents. La guerre froide s’intensifie. Les spectateurs américains ont vu le leader soviétique Nikita Khrouchtchev et le vice-président américain Richard Nixon lors de leur étrange débat à la télévision un entretien qui ressemblerait aujourd’hui à une parodie d’interview sur le plateau d’une émission de Steve Allen ou du Milton Berle Show. Les deux politiciens plaisantent. D’une certaine manière, chacun est également le double de l’autre. Malgré leur conversation d’apparence triviale, la menace est palpable. Ce sont les représentants de deux puissances mondiales prêts à employer les grands moyens.