Le montage et la musiqueLe tournage terminé, John Patrick Shanley a demandé au chef monteur nommé à l’Oscar Dylan Tichenor un prémontage… qui l’a pris par surprise. Il explique : « Quand vous êtes scénariste de votre film, quelque part, vous l’avez déjà monté dans votre tête. Mais quand j’ai vu ce qu’avait fait Dylan dès le premier montage, j’ai été très impressionné parce que c’était bien supérieur à ce que j’avais envisagé. Dylan a su agencer les images en conservant toute la musicalité du scénario. Nous avons très bien travaillé ensemble parce qu’il a un talent exceptionnel pour communiquer. »
Howard Shore a ensuite rejoint John Patrick Shanley pour composer la musique du film. Il a écrit une musique qui vient subtilement étayer la narration et renforcer la richesse émotionnelle de l’histoire. Le réalisateur commente : « Howard a relevé ce qui était sans doute l’un des plus grands défis du film. Je lui ai demandé de créer une musique qui laisserait au public l’espace nécessaire pour ressentir des émotions puissantes sans leur dire exactement lesquelles ressentir. C’était vraiment un challenge, mais Howard a signé un chef-d’œuvre en se comportant comme un juré qui envisage tous les éléments de l’histoire sans porter de jugement, sans rien conclure de définitif. »
Howard Shore se souvient de ses premières sessions de travail avec John Patrick Shanley. « Nous avons parlé de développer musicalement l’arc émotionnel du film, de refléter les relations thématiques entre les personnages à travers la musique, et aussi de faire passer la notion de l’ancien qui cède la place au nouveau. Pour moi, il s’agissait de créer une musique qui reflète les sentiments présents dans l’écriture de John. En composant, j’avais le sentiment de me glisser dans son sillage, de transformer ses idées en sons. »
John Patrick Shanley et Howard Shore se sont orientés vers une musique d’un minimalisme vrai et vibrant qui fait écho au style visuel du film. Le compositeur observe : « Nous avons choisi une approche « musique de chambre » synchrone avec la photo, la palette de couleurs, la lumière, le montage. L’idée maîtresse de John qui sous-tend tout le film était de ne jamais négliger aucune force pour raconter l’histoire, et c’était vrai aussi de la musique. C’était passionnant de travailler avec lui. Il avait des idées si fortes qu’elles ont rendu les compositions plus puissantes encore. »Notes de productionIntroduction
« Que faites-vous lorsque vous n’avez aucune certitude ? »
Le père Flynn
« Le doute est inconfortable. Tous ceux qui ont déjà attendu des résultats médicaux, se sont angoissés pour un examen ou ont espéré un appel près d’un téléphone silencieux, le savent bien. C’est une démangeaison psychologique, et on meurt d’envie de gratter jusqu’à atteindre la certitude. Mais c’est aussi souvent le premier pas vers une plus grande sagesse spirituelle ou morale, une compassion plus profonde, ou une libération par rapport à un dogme restrictif. La crise bouleversante que va affronter sœur Aloysius est celle à laquelle chacun de nous doit faire face un jour, lorsque l’on découvre que le monde n’est pas aussi ordonné qu’on le pensait. » Les acteursPour choisir ses acteurs, John Patrick Shanley aurait pu facilement se tourner vers les comédiens qui avaient joué la pièce au théâtre, mais il a préféré redémarrer autre chose avec des acteurs capables d’apporter un regard neuf et inattendu, une perspective différente sur les personnages. « Je n’ai jamais cherché à recréer simplement l’expérience théâtrale sous forme de film, et il était hors de question pour moi de juste donner un petit coup de neuf au formidable travail du metteur en scène de la pièce, Doug Hughes, et de dire que c’était mon film. Je voulais faire quelque chose de complètement différent, une œuvre nouvelle, et rassembler une distribution d’acteurs de cinéma créatifs et intelligents. »Le style visuelPour ouvrir l’horizon de Doute en passant de l’univers étroit de la scène à celui de l’écran, plus large, plus fluide et dynamique, John Patrick Shanley avait une vision stylistique bien précise, à la fois minimaliste et visuellement attractive. « Je voulais que l’environnement autour des personnages soit austère, et pourtant vivant, afin que dans ce cadre, leur humanité apparaisse soulignée. L’environnement du film est devenu un moyen de renforcer le drame, la tension, les émotions. La sonnerie d’un téléphone qu’on ne décroche pas devient comme le naufrage du Titanic pour sœur James, et le père Flynn ajustant les stores vénitiens dans le bureau de sœur Aloysius devient un moyen de parer l’attaque de la religieuse. Le moindre mouvement de caméra devait être justifié, il devait contribuer à la narration ou à édifier le portrait des personnages. Tout, dans l’esthétique de ce film, existe comme un reflet de ce que disent, pensent et ressentent les personnages. » |
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