Quel est le thème de votre film ?
Celui de la séparation et du sentiment d’abandon qui en découle. Léa et Marc sont demi-frère, demi-sœur. Leur histoire devient incestueuse... Ils tentent d’effacer la séparation, d’effacer le vide. Pour cela, tous les moyens sont bons, y compris en mélangeant leurs chairs.
D’où peut venir ce vide ?
Marc et Léa ont subi, dans leur enfance, une séparation violente et cruelle qui les a marqués au fer rouge. Plus tard, ils se retrouvent et décident de vivre en complète autarcie, loin du monde et de ses règles, pensant ainsi mieux se retrouver.
Est-il juste de dire que le troisième personnage est la maison dans laquelle ils s’enferment ?
La maison dans laquelle Marc et Léa s’isolent est en proie à des vents violents. La maison est comme un bateau, perdu dans la tempête. Tout échappe à leur contrôle. Ils ne maîtrisent plus rien et c’est précisément ce no man’s land qu’ils sont venus chercher. Mais au bout du compte, le rejet des valeurs, des repères, les conduira à un sentiment de violence.
Ils iront jusqu’à tuer...
Ils sont à la quête du déséquilibre. Ils ont voulu sceller leur amour d’une manière indestructible, pour que la société en garde une trace. Le meurtre est pour eux comme un PACS. Ils s’unissent pour le meilleur et surtout pour le pire et scellent leur union par le sang. Une fois arrêtés, ils avouent ce crime ensemble, ils en partagent la responsabilité devant les hommes. Dès lors, leur lien devient indestructible et crée leur union éternelle devant la société. Cet acte doit les unir à jamais. C’est leur manière de réparer la séparation traumatisante de leur enfance.
C’est assez sombre comme regard...
Ce film, c’est un cri, je l’ai fait avec sincérité. J’avais besoin de ce film brut. C’est pourquoi, tout y est simplifié, sans détours... y compris dans les dialogues. Parfois, je trouve qu’au cinéma les dialogues ne sont qu’un accessoire superflu. Ce qui compte dans un film, c’est le mouvement, le corps. D’une certaine manière, le cinéma le plus pur, c’est le muet.
Quelle est la part d’autobiographie dans cette histoire ?
Leur parcours est une voie que j’aurais pu prendre. Mais les quelques valeurs que l’on m’a inculquées m’ont permis de prendre un autre chemin.
Ecorchés parle d’une jeunesse sans repères. Selon vous, quels sont les moyens pour l’aider ?
La violence naît d’un abandon, d’une perte. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes sans repères tentent d’imposer à la société leurs valeurs par la violence. C’est une manière pour eux de trouver leurs marques. Évidemment, c’est un égarement mais c’est leur soupape. Cette violence va les repositionner, même si cela doit être comme des assassins. L’important pour eux est de montrer qu’ils existent, de se situer quelque part. Rien ne pourra enrayer la violence chez les jeunes, à moins de leur redonner des repères solides.
Vous êtes une jeune réalisatrice. A-t-il été particulièrement difficile de monter ce projet ?
Quand on croit ferme à ce que l’on fait, on finit toujours par convaincre les autres. J’ai réalisé
Ecorchés à 27 ans, c’était le bon moment pour que je fasse ce film.
Ecorchés ressemble à mon état d’esprit de l’époque. Aujourd’hui, j’ai presque 31ans, j’ai grandi.
Comment s’est fait votre rencontre avec le cinéma ?
À l’âge de 16 ans, je vivais seule. J’étais plutôt mal dans ma tête, suite à une succession d’«accidents de la vie» depuis mon enfance. Un soir, j’ai découvert le Cinéma de minuit sur FR3. Dès lors, je n’ai plus raté aucune diffusion. À l’époque, la DASS me donnait de quoi vivre; cet argent je ’ai dépensé en grande partie pour les salles de cinéma. Depuis ces années, c’est le cinéma qui a guidé ma vie.
Quelles sont vos références cinématographiques ?
Kubrick, Pialat, Bresson, Louis Malle, Visconti, Buñel... et d’autres.
Quels sont les films qui vous ont marqués ?
Des centaines ! En passant par
Noblesse Oblige à
2001: L’odyssÉe De L’espace. J’ai vu récemment
Thérèse d’Alain Cavalier, ce film m’a bouleversée. J’aime le cinéma qui me procure des émotions et qui m’aide à grandir.
Le dernier film DVD que vous avez acheté ?
Un documentaire de Depardon sur le monde des paysans. Et
20 Jours Sans Guerre, d’un cinéaste russe.