Costa-Gavras, réalisateur français le plus primé, aborde dans son nouveau film un thème qui trouve chez lui une résonance singulière. Eden à l’Ouest ou le parcours d’un immigré, une odyssée que seul ce grec venu à Paris en 1956 pouvait signer avec autant de justesse et de recul. Rencontre. Avec Eden à l’Ouest où nous emmenez-vous ?
À Paris. J’ai voulu ce film comme une Odyssée. Mon personnage traverse, un peu comme Ulysse, la mer (la mienne, en l’occurrence la Méditerranée), puis les épreuves, les tempêtes. Il affronte les monstres modernes et bouscule les mythes de notre époque. À ceci près qu’Ulysse voulait retrouver son foyer et que lui, vient pour essayer d’établir le sien. Beaucoup d’hommes et de femmes sont aujourd’hui obligés de se déraciner pour aller s’enraciner ailleurs. «Partir, c’est mourir un peu» mais immigrer, c’est mourir un peu pour renaître ailleurs. C’est en cela que c’est un film sur l’enracinement ; aux antipodes d’une vision statique d’un enracinement avec l’amour de la terre, de ses montagnes, de l’odeur de l’herbe au réveil. Elias se confronte à un monde différent, inconnu et nous incite à regarder ce monde, le nôtre, avec ses yeux, un regard plus neuf, plus critique, et finalement il nous met face à nous-mêmes.