ELEPHANT se termine, là où BOWLING FOR COLUMBINE, le formidable documentaire de
Michael Moore sur la violence américaine, commence…
ELEPHANT suit différents personnages impliqués dans l’atroce fusillade du lycée de Columbine. Cependant, à aucun moment, il n’est question de Bowling ! On sait pourtant que les deux tueurs étaient allés faire un bowling qui avait servi au titre du film de
Michael Moore.
Depuis l’invisible GERRY,
Gus Van Sant, le génial réalisateur de MY OWN PRIVATE IDAHO, WILL HUNTING ou encore A LA RENCONTRE DE FORRESTER semble revenir à un cinéma plus indépendant et plus expérimental. Ainsi, pour ELEPHANT, il utilise des astuces narratives ; il raconte la même histoire vue de différents points de vue (un petit peu à la manière de PULP FICTION) : les deux tueurs, des victimes.
Le réalisateur se permet aussi de faire des plans extrêmement longs et fixes. Un plan du stade de foot dure près de deux minutes et nous montre les différents personnages rentrer et sortir du champ de la caméra. Il utilise même des ralentis ou des plans accélérés.
A l’instar de
Larry Clark, le réalisateur de BULLY et de KIDS, la fureur en moins, Van Sant s’intéresse à la jeunesse américaine. Il utilise de la musique classique et non des groupes de punk californien. Le film est implacable et presque clinique. Aucun point de vue n’est adopté, aucun jugement à la différence du documentaire de
Michael Moore. Rien n’explique les actes des deux ados. La vision d’ELEPHANT procure donc un véritable malaise. Mais le film serait il aussi fort s’il se basait sur une histoire inventée et non sur l’un des plus horribles massacre avec le 11 Septembre qu’est connu l’Amérique ? Et peut on se permettre d’expérimenter sur la réalité ?
Matthieu Perrin, Cannes 2003